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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 15:17

 

Rue89 - Témoignage 27/02/2012 à 09h57

Raphaël P. | Etudiant grec en France

Je suis un cas classique, un Grec de plus qui a quitté son pays à la recherche de meilleures conditions de vie. Un Grec de plus qui, en plein désespoir, est parti vers une destination, avec l'espoir que « là », il serait mieux.

Depuis longtemps, j'avais décidé de partir. J'avais, dès le début, choisi la France, en la connaissant le mieux possible pour un non-habitant de ce pays, un observateur extérieur et récepteur de l'image qu'elle donne. Je croyais depuis toujours que la France pouvait bien me donner le sol pour m'enseigner, me faire évoluer, créer et exister artistiquement, comme elle l'avait fait d'ailleurs toujours au cours de sa longue histoire.

Paris était, par excellence, le refuge artistique, la cité qui abritait et nourrissait chaque artiste paria, exilé ou auto-exilé. Romantique ? Sans doute.

Sans honte, l'Etat s'attaque aux Grecs

J'ai abandonné mes études en biologie sans en obtenir le diplôme et je me suis installé à Athènes, pour me consacrer exclusivement à l'art. C'était là, en février 2010, quand cette crise a clairement éclaté. C'était là où les premières grandes protestations ont commencé, même si elles étaient moins signifiantes comparées à celles qu'on voit actuellement.

C'était là où apparemment et sans honte la police, donc l'Etat, s'attaquait aux citoyens, nettement ou déguisée en « anarchiste » et c'était là où –discrètement- elle nous bloquait dans la station du métro la plus centrale, pour nous étouffer avec des armes chimiques, qu'on appelait encore conventionnellement des « fumigènes et lacrymogènes ».

C'était là, aussi, où j'ai vu de mes propres yeux une banque du centre-ville, au centre de ma ville, brûler, attaquée par ces « anarchistes » et trois personnes être tuées (l'une d'entre elles était une femme enceinte). Et c'était exactement à ce moment-là, en retournant chez moi entouré de ma ville enflammée et amputée, en ruines, que j'ai décidé qu'il était l'heure pour moi de quitter mon pays natal.

« Votre pays n'est plus assez fiable »

Néanmoins, en raison de difficultés personnelles mais aussi techniques, mon départ n'a pas eu lieu que le 25 septembre 2011, après avoir été admis au département de l'histoire de l'art de Dijon. Enfin, j'avais la chance de faire des études qui m'intéressaient et vivre – et travailler, bien sûr – dans le pays que j'aimais tant !

Pour l'argent dont j'avais besoin pour cette nouvelle démarche, j'ai emprunté un petit capital, vu que je savais de toute façon que les offres de travail en France étaient plus que nombreuses. Et moi, pour accélérer l'afflux d'argent dans mon budget, j'étais franchement déterminé à exercer n'importe quel métier. Et je suis venu.

Et tout d'un coup, un visa et un permis de séjour m'ont été demandés, malgré le fait que mon pays reste un membre – un des plus anciens – de l'Union européenne et de la zone euro. Et on m'a demandé des justificatifs supplémentaires comme garanties pour louer un appartement, parce que « vous voyez, votre pays n'est plus assez fiable » – pour reproduire fidèlement les paroles de l'employée de l'agence immobilière.

Et j'ai commencé à envoyer des CV et des lettres de motivation – d'ailleurs, j'étais motivé ! – à tous les postes que je trouvais. Littéralement.

Si j'ai envoyé des CV faux ? Bien sûr. Je n'ai jamais travaillé comme valet de chambre ou comme réceptionniste, mais je te rassure, je suis absolument apte à nettoyer et aménager une chambre et à utiliser des logiciels de réservation. J'ai juste besoin d'une formation extrêmement courte.

Je cherche un coin de la planète où je pourrai vivre

Les réponses se faisaient attendre, c'était normal. J'ai continué à envoyer des CV, mes choix se multipliaient : plongeur, employé au marché de légumes, vendeur de poisson et de charcuterie dans un supermarché, équipier polyvalent partout – honnêtement sans sous-estimer aucun de ces métiers.

Aucune réponse, sauf un appel pour un entretien par une entreprise de restauration rapide, qui – après avoir eu comme pivot la crise grecque et son impact sur l'économie occidentale – a abouti sur une promesse d'embauche (on m'a même donné des directions pour trouver le bâtiment où je signerais mon contrat de durée indéterminée). Celle-ci, toutefois, ne s'est apparemment jamais réalisée.

En essayant de sauvegarder mon budget, j'ai quitté Dijon. En conséquence, j'ai aussi quitté mes études – pour la seconde fois. Je me trouve actuellement dans le Sud de la France, accueilli par des amis et en attente de réponse aux CV que je continue à envoyer. Les réponses, quand il en existe, continuent à être négatives.

Et moi, je recherche quotidiennement sur quel point de cette planète je pourrai m'installer, pour que je puisse donner tout ce que j'ai à donner. Et c'est cela qui me ronge les entrailles : je sais que je peux tout faire.

 

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