Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 16:33

 

Le Monde - 08 février 2012

Les six associés de Fibrosud, deuxième du nom. © Elodie Ratsimbazafy

Les six associés de Fibrosud, deuxième du nom. © Elodie Ratsimbazafy

 

Ce sont les nouveaux patrons de Fibrosud. Ils nous accueillent dans une salle de réunion qui ressemble à n'importe quelle autre. Ils sont six et ont décidé, en décembre 2011, de racheter les outils de travail pour ne pas laisser tomber un site qui, ils en sont certains et entendent le prouver, est rentable. Leur boulot, c'est d'assurer "la réparation et de la maintenance de tout ce qui est derrière une ligne téléphonique : fax, terminal de paiement, box Internet, etc.", comme le raconte François Perabo, responsable de la qualité et de la sécurité, l'un des six cadres qui relancent l'activité.

 

Dans la zone d'activité des Avants, à Saint-Mathieu-de-Tréviers, au pied du Pic-Saint-Loup (Fibrosud à droite). © Elodie Ratsimbazafy

Dans la zone d'activité des Avants, à Saint-Mathieu-de-Tréviers, au pied du Pic-Saint-Loup (Fibrosud à droite). © Elodie Ratsimbazafy

 

Leur entreprise de Saint-Mathieu-de-Tréviers, près du Pic-Saint-Loup et de ses vignes, est à une vingtaine de kilomètres de Montpellier, dans une région où les industries n'ont jamais été légion. Ils l'ont baptisée Fibrosud. Pour la deuxième fois. La première, c'était en 1986, à ses débuts. A l'époque, on y réparait les premiers téléphones à touches et les Minitel. La PME a changé de nom en 2000 quand elle a été rachetée par le groupe Anovo, le leader européen de la maintenance électronique. Alors que nous discutons à l'étage, on toque à la porte : les nouvelles enseignes sont arrivées ; elles seront bientôt accrochées à la tôle bleue du bâtiment pour rendre concret ce retour aux sources, ce retour à la case "PME locale", comme ils disent.

Ils ne voulaient pas "aller à l'abattoir sans relever la tête" quand le groupe Anovo a été placé en liquidation judiciaire, en août 2011. Le repreneur désigné par le tribunal de commerce est le fonds de pension Butler Capital Partners (BCP). Pour le nouveau propriétaire, il n'était plus question d'activité industrielle sur ce site de 3 000 m². Exit donc 80 % de l'effectif ; seules 9 personnes étaient reprises pour leurs connaissances pointues, utiles pour un important contrat traité sur un autre site du groupe.

 

Dans les ateliers de Fibrosud. © Elodie Ratsimbazafy

Dans les ateliers de Fibrosud. © Elodie Ratsimbazafy

 

En quelques semaines, explique Jean-Christophe Estoudre, les six cadres ont "négocié pour sauver un maximum d'emplois". Opération complexe pour quelques salariés qui ne pèsent pas lourd face à un fonds de pension qui n'est pas là pour faire dans le détail. Pourtant, reconnaît Emmanuel Brossard, désormais le président et directeur de Fibrosud, BCP "a fait preuve d'un esprit entrepreunarial" en reconnaissant qu'"il y avait des compétences sur ce petit site". "Ils sont durs en négociation, mais ils ont plutôt vu d'un bon œil que les cadres relancent l'activité ici", ajoute-t-il.

Lors des négociations avec BCP, les élus de la région, de gauche comme de droite, ont intercédé en leur faveur auprès du cabinet du ministre de l'industrie, Eric Besson. Ils savent que son chef de cabinet a rencontré les dirigeants de BCP, mais ignorent si cela a servi à quelque chose. Toujours est-il qu'ils ont arraché un accord qui prévoit le rachat de l'outil de travail pour une bouchée de pain, la jouissance gratuite des locaux pendant un an et quelques contrats.

 

De g. à d. de haut en bas : Michel Maggi, responsable de production ; Jean-Christophe Estoudre, expert technique ADSL ; Carlos De Freitas, expert en matériel de réception de vidéo ; Emmanuel Brossard, président-directeur ; Marlène Taurines, responsable de la logistique et des opérations ; François Perabo, responsable qualité et sécurité. © E.R.

De g. à d. de haut en bas : Michel Maggi, responsable de production ; Jean-Christophe Estoudre, expert technique ADSL ; Carlos De Freitas, expert en matériel de réception de vidéo ; Emmanuel Brossard, président-directeur ; Marlène Taurines, responsable de la logistique et des opérations ; François Perabo, responsable qualité et sécurité. © E.R.

 

Le petit groupe est volubile. Ils semblent ravis d'avoir gagné une première bataille. Désormais donc, dans le grand bâtiment, se côtoient les 9 personnes reprises par BCP, et une petite vingtaine qui compose Fibrosud. Ainsi, Jean-Christophe Estoudre et Carlos De Freitas font partie des deux structures, ce qui est "admis et acté" dans le protocole. Marlène Taurines, Michel Maggi, Emmanuel Brossard et François Perabo se consacrent à plein temps à la relance de l'activité de l'entreprise.

En décembre, les six cadres sont devenus des associés de la société par actions simplifiée Fibrosud, deuxième du nom. Ils ont envisagé, un temps, à l'instar des marins de SeaFrance, de créer une SCOP (société coopérative et participative), mais l'opération est juridiquement complexe et il fallait agir vite "pour assurer une continuité de service et éviter que les clients partent à la concurrence", selon les mots de Carlos De Freitas, l'expert en matériel de réception de vidéo. Ils ont mis chacun 1 400 euros au capital. Ils ne se versent pas de salaire et ont profité du contrat de sécurisation professionnelle proposé par Pôle emploi, auprès de qui ils ont trouvé de "très bons conseils"… à partir du moment où ils ont réussi à les joindre. En clair, le dispositif leur permet de toucher leurs allocations chômage tout en travaillant "bénévolement" à leur nouvelle entreprise.

 

Remplacement d'une puce défectueuse sur un décodeur. © Elodie Ratsimbazafy

Remplacement d'une puce défectueuse sur un décodeur. © Elodie Ratsimbazafy

 

Il est midi et les employés quittent un à un leur poste de travail pour aller déjeuner. En ce moment, on réceptionne des box Internet défectueuses, on diagnostique les pannes, on répare ce qui peut l'être avant de les renvoyer à leur expéditeur. Les six associés, vêtus de la blouse blanche réglementaire, nous font faire le tour des postes, expliquent avec fierté l'organisation des tâches, la manière dont leur service de recherche et développement a aidé les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) à améliorer leur service client pour limiter les fausses pannes – ces appareils que l'on croit défectueux alors qu'ils sont seulement mal utilisés. Ces conseils ont permis aux FAI de diminuer leurs coûts. On pourrait croire que l'entreprise se tire une balle dans le pied en faisant diminuer le volume de travail, mais, assure Marlène Taurines, "c'est en leur donnant ce genre d'expertise qu'on leur prouve notre compétitivité par rapport aux pays de l'Est". 

Car c'est là tout l'enjeu. Pour gagner les contrats, ils doivent démontrer que faire appel à des sous-traitants français n'est pas forcément plus cher que de délocaliser la maintenance à l'autre bout de l'Europe ou du monde. "Croire qu'on sauvera la France en fermant les frontières est une ânerie, martèle Jean-Christophe Estoudre. Il faut que les entreprises françaises démontrent qu'elles peuvent être compétitives." Autour du repas, les associés opinent du chef ; chacun estime que la France peut tirer son épingle du jeu en la jouant finement, en criant haut et fort que l'expertise d'une PME, sa souplesse et ses investissements en recherche et développement (R&D) sont des atouts majeurs. D'ailleurs, insiste Emmanuel Brossard, "le renchérissement des matières premières et les barrières douanières" qui se dressent autour de la Chine finiront par leur donner raison.

 

En fin de chaîne, les box subissent un dernier contrôle qualité avant d'être renvoyées à l'expéditeur. © Elodie Ratsimbazafy

En fin de chaîne, les box subissent un dernier contrôle qualité avant d'être renvoyées à l'expéditeur. © Elodie Ratsimbazafy

 

En cette période de campagne électorale, le protectionnisme ou le "made in France" sont au cœur du débat. "Pourquoi l'Allemagne réussit mieux que nous ? Les Allemands ont réussi à créer et à maintenir un important réseau de PME", estime Emmanuel Brossard. L'avenir de l'entreprise est envisageable s'ils réussissent "à se lier avec les PME de la région, qui reste très dynamique en matière de nouvelles technologies", affirme Marlène Taurines, qui assure une part de la prospection commerciale. "Certains acteurs du numérique ont la volonté de revenir ici", renchérit Jean-Christophe Estoudre, avant de préciser : "C'est sûr que la Chine, c'est moins cher, mais c'est hyper compliqué." Ils devront aussi convaincre les gros groupes – leurs clients du temps d'Anovo – qu'ils ont les épaules assez solides pour de gros contrats et qu'ils sont capables de faire évoluer leur métier comme ils le font depuis vingt-cinq ans.

"On a juste le temps de se faire de nouveaux clients", admet le président qui sait, comme ses associés, que ce n'est qu'un sursis qu'ils ont réussi à s'offrir et que la suite reste incertaine. Dans un an, il leur faudra payer un loyer, des charges et des salaires. Quel que soit le sort qui leur est réservé, ils sont certains de ne pas regretter d'avoir tout tenté pour sauver leur boulot et celui des autres. "On ne voulait pas subir la crise sans rien faire", conclut Marlène Taurines.

 

Fibrosud s'inscrit aussi dans une filière de recyclage des composants. © Elodie Ratsimbazafy

Fibrosud s'inscrit aussi dans une filière de recyclage des composants. © Elodie Ratsimbazafy

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • : Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
  • Contact

Texte Libre

INFO IMPORTANTE

 

DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

OVERBLOG NOUS IMPOSE ET PLACE DES PUBS

SUR NOTRE BLOG

CELA VA A L'ENCONTRE DE NOTRE ETHIQUE ET DE NOS CHOIX


NE CLIQUEZ PAS SUR CES PUBS !

Recherche

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



  Th-o indign-(1)

55

9b22