Samedi 27 octobre 2012 6 27 /10 /Oct /2012 19:57

 

 

Les juges du tribunal de L'Aquila ont-ils vraiment perdu la raison ? Ce lundi, ils ont condamné à six ans de réclusion cinq scientifiques de la commission italienne « grands risques », chargée d’évaluer les dangers liés aux tremblement de terre, pour « homicide par imprudence »...

 

 

 

Les scientifiques de L’Aquila compétents mais un peu trop soumis au pouvoir

Flora Zanichelli - Journaliste
Publié le 26/10/2012 à 11h27

 

 


Le procès des scientifiques à L’Aquila, le 22 octobre 2012 (FILIPPO MONTEFORTE/AFP)

 

Les juges italiens du tribunal de L’Aquila ont-ils vraiment perdu la raison ? Ce lundi, ils ont condamné à six ans de réclusion cinq scientifiques de la commission italienne « grands risques », chargée d’évaluer les dangers liés aux tremblement de terre, pour « homicide par imprudence », suite au séisme de l’Aquila (2009).

Deux membres de la Protection civile italienne ont aussi été condamnés.

De nombreux scientifiques dans le monde ont été atterrés, déconcertés, choqués – un tremblement de terre ne pouvant pas se prévoir.

Mais les cinq scientifiques ont-ils vraiment été condamnés parce qu’ils n’avaient pas prévu le tremblement de terre ? Eh bien non !

Rassurer les habitants alarmés

A la lecture de la sentence, on s’aperçoit que la motivation des juges n’est pas de condamner des scientifiques «  pour ne pas avoir prévu le tremblement de terre  ».

Non, ce qui a perdu les scientifiques, c’est d’avoir répondu à l’exigence toute politique de rassurer les habitants du chef-lieu des Abbruzzes, alarmés par une longue séquence de secousses et des premiers dommages causés à des édifices, notamment une école.

Dans le procès-verbal, rapporte le Fatto quotidiano, il est écrit  :

«  Le but n’est pas de condamner les accusés pour ne pas avoir prévu la secousse destructive du 6 avril 2009 ou pour ne pas avoir lancé des alarmes de fortes secousses imminentes ou pour ne pas avoir ordonné l’évacuation de la ville. […] La science ne dispose pas actuellement de connaissance ou instruments pour prévoir les tremblements de terre.  »

Et :

« Sont imputés tous les membres de la Commission nationale pour la prévision et la prévention des grands risques réunis à L’Aquila en date du 31 mars 2009 avec l’objectif de fournir aux citoyens des Abbruzzes toutes les informations disponibles à la communauté scientifique sur l’activité sismique des deux dernières semaines ; pour négligence, imprudence et inexpérience. »

Peu avant le séisme, des signaux inquiétants

Ces scientifiques ont été condamnés car ils auraient omis de citer les dangers et risques liés à l’activité sismique du territoire, une activité sismique qui s’était considérablement accentuée ces derniers jours, au point d’alerter plusieurs géologues présents sur le terrain.

Antonio Moretti, sismologue de profession, enseigne à l’université de l’Aquila :

«  [Peu avant le séisme] la communauté sismologue étions inquiets car il y avait des secousses toujours plus profondes et toujours au même endroit. 

Avec quelques collègues, nous avons averti l’adjointe à la Protection civile de la région Daniela Stati pour lui dire que nous étions disponibles afin de discuter de la situation mais elle n’a pas donné de suivi.

Quand la réunion de la commission grands risques s’est tenue et que nous avons entendu les paroles de nos confrères, rassurantes, nous nous sommes dits : mais on est en train de devenir fous ? Il y a un grand risque de catastrophe et on pense à rassurer les gens ? »

Des écoutes compromettantes

Le procès qui a conduit à la condamnation de ces scientifiques n’est pas un procès de compétences. Tous sont éminemment reconnus dans leur domaines. Ce procès condamne les relations entre scientifiques et politiques.

Leurs déclarations ont répondu à une opération com’ orchestrée par le chef de la Protection civile. Selon des écoutes téléphoniques diffusées par Repubblica TV, une semaine avant la catastrophe, le chef de la protection civile italienne, Guido Bertolaso, avait appelé l’adjointe à la protection civile de la région, Daniela Stati, pour instituer la réunion de la commission grands risques.

Voici ce qu’il lui avait dit  :

«  De Bernardis [vice-président de la Protection civile], va t’appeler pour organiser une réunion à L’Aquila au sujet du “ buzz ” sismique.

Comme ça on fera taire les imbéciles, calmer les suppositions, préoccupations... Dis à tes employés que lorsqu’ils doivent préparer leurs communiqués, ils doivent voir avec mon bureau de presse.

Moi, je ne viens pas mais les stars du tremblement de terre en Italie seront là.

C’est une opération médiatique tu as compris  ? Comme ça, ces supers experts des séismes diront  : c’est une situation normale, ce sont des phénomènes qui se vérifient, mieux vaut 100 secousses de niveau 4 sur Richter plus que rien du tout car ces 100 secousses servent à libérer l’énergie et que donc il n’y aura jamais la secousse, celle qui fait mal.  »

Selon Antonio Moretti :

« Les scientifiques ont dit beaucoup de choses qui n’avaient pas de sens. Comme cette histoire de secousses qui servent à libérer l’énergie. C’est faux. »

Une semaine plus tard exactement, le séisme de l’Aquila d’une magnitude de 6,3 sur Richter faisait 350 morts et 1 500 blessés.

Le procès manqué des politiques

Le procès de lundi a surtout laissé un goût d’inachevé. Antonio Moretti est amer.

« Cette condamnation est une honte car aux yeux de l’opinion publique, elle fait des scientifiques les coupables de cette tragédie. Des boucs-émissaires.

Bien sûr, ils ont commis une erreur en participant à cette commission et en tenant des discours approximatifs. Mais c’est là leur seule faute. La peine est très lourde.

En revanche, ce n’était pas à eux d’agir, de prendre une décision. Cela relève de la compétence des politiques. Bref, les responsabilités doivent être partagées. »

Joël Dyon, attaché de presse de l’Institut de physique du globe (le lieu où travaillent les sismologues français), précise :

« Le problème de cette commission grands risques, c’est qu’elle était composée de sismologues et membres de la protection civile, qui seraient en quelque sorte juges et partie. »

Antonio Moretti ajoute :

« Parmi les personnes invitées à participer à la commission “grands risques”, il y avait des vulcanologues, physiciens et même un médecin, bref autant de personnes qui n’étaient pas en mesure d’évaluer les dangers liés à un séisme. Tout du moins pas aussi bien qu’un sismologue ou géologue. »

Une nécessité de croiser les compétences soulignée par la Société géologique italienne :

«  Les sismologues ne peuvent pas à eux seuls défendre le pays  : ils ne réussiront pas à interpréter les données, car il lui manque la connaissance de l’histoire géologique du territoire. »

Dur d’ignorer les risques

Les politiques pouvaient difficilement ignorer les risques. Sans compter que la situation sismique de la Péninsule avait déjà fait l’objet d’un rapport ultra détaillé publié en 2000.

Le rapport Barberi, du nom de l’ancien chef de la Protection civile, était la plus grande étude jamais réalisée concernant la vulnérabilité sismique du pays.

Réalisé à la fin des années 90, il regroupait le travail de techniciens chargés de vérifier l’état de milliers de constructions publiques. Tous les maires en avaient obtenu une copie. Nombre de monuments de l’Aquila qui se sont écroulés étaient listés dans ce rapport.

Dans ledit document, Barberi concluait  :

« Ces données doivent constituer une ligne directrice constante pour trouver des solutions aux problèmes complexes liés à la sécurité du territoire concerné par le risque sismique. Tous les organismes intéressés doivent en prendre la responsabilité. »

L’Aquila meurt une seconde fois

Aujourd’hui, la ville de l’Aquila est toujours en chantier. Nombreux sont ceux qui s’inquiètent de la non-reconstruction du centre historique de la ville, privant les habitants d’un lieu de rencontre et de possible vie commune.

Ici, 37 000 personnes vivent toujours grâce aux aides d’Etat, faute de mieux. Les travaux s’éternisent et l’espoir de voir un jour la ville refaite à neuf s’est envolé en fumée.

Aucune date n’a été fixée concernant la fin des travaux, contrairement à ce qu’avait promis Silvio Berlusconi, qui a depuis démissionné. Et la politique de rigueur du gouvernement Mario Monti n’a pas pour priorité l’aide aux victimes de tremblement de terre.

Non reprise en main de la situation, la population laissée à son triste : aujourd’hui, L’Aquila est juste en train de mourir une seconde fois.

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Informations diverses
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