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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 14:13

 

 

Médiapart

|  Par Jérôme Hourdeaux

 

 

 

Le quotidien britannique révèle que le gouvernement a exercé des pressions pour obtenir la destruction des disques durs sur lesquels étaient stockés les documents sur PRISM. Dimanche, la police a saisi le matériel informatique de l'un de ses collaborateurs, travaillant avec des journalistes en contact direct avec l'ex-employé de la NSA.

 

Si les États-Unis ont décidé de se montrer intraitables avec Edward Snowden, la Grande-Bretagne n'hésite pas, elle, à s'attaquer au quotidien The Guardian, l'un des premiers à avoir relayé les révélations sur le programme d'espionnage PRISM, ainsi qu'à ceux ayant travaillé directement avec l'ex-employé de la NSA.

 

Edward Snowden 
Edward Snowden© Reuters

On savait déjà que les différentes agences gouvernementales s’intéressaient de très près à certains outils d’anonymisation utilisés par les whistleblowers. Au début du mois d’août, le site Lavabit, proposant un service d’e-mails chiffrés utilisé par Edward Snowden, avait ainsi préféré se saborder plutôt que d’obéir à une injonction de la justice, lui ordonnant de dévoiler certaines informations.

On apprend maintenant que ses plus proches collaborateurs sont eux aussi dans la ligne de mire des services de renseignement. Dans un éditorial publié lundi 19 août, Alan Rusbriger, rédacteur en chef du Guardian, explique ainsi comment il a été contraint, sous la menace des autorités britanniques, de détruire les disques durs contenant les documents transmis par Edward Snowden. Peu après la publication des premières révélations sur PRISM, le quotidien, qui a été l’un des principaux récipiendaires des documents, a été contacté « par un très haut responsable du gouvernement affirmant qu’il représentait l’opinion du premier ministre ». Celui-ci aurait notamment exigé la destruction des documents. Cette demande aurait été réitérée lors de plusieurs autres rencontres avec des représentants du gouvernement qui ont fait passer au Guardian le message suivant : « Vous vous êtes bien amusés. Maintenant nous voulons que vous nous rendiez le machin », raconte Alan Rusbriger.

Le quotidien aurait finalement accepté de détruire des disques durs sur lesquels étaient stockés les documents, après avoir été menacé de poursuites judiciaires. Une destruction qui s’est déroulée le mois dernier dans les sous-sols du Guardian, sous la surveillance de deux experts du GCHQ, l’homologue britannique de la NSA. « Whitehall était satisfait, mais cette détermination contre un élément symbolique du dossier a montré le peu de compréhension du gouvernement de l’ère du digital », poursuit cependant Alan Rusbridger qui avait en effet pris la précaution de copier les disques dont les informations sont, précisent-ils, toujours en cours d’analyse dans plusieurs endroits du monde.

Selon le journaliste du Guardian Ewen MacAskill, le gouvernement britannique aurait admis avoir lancé cette opération, approuvée par David Cameron lui même et le justifie en « affirmant que des terroristes auraient pu pirater leur système informatique ». Le Belfast Telegraph, de son côté, affirme même que c'est le premier ministre britannique lui même qui a donné l'ordre d'avertir le Guardian.

La révélation de cet épisode n’est pas le fruit du hasard et sonne comme une riposte, ou un avertissement, du Guardian aux autorités britanniques, et américaines. Alan Rusbridger a en effet choisi de rendre publique cette information au lendemain d’un autre incident, impliquant cette fois les plus proches collaborateurs d’Edward Snowden, grâce auxquels l’informaticien a été capable de joindre les journaux du monde entier : la réalisatrice Laura Poitras, le journaliste Glenn Greenwald et le conjoint de celui-ci David Miranda.

Dimanche, ce dernier a en effet été retenu durant neuf heures par la police britannique à l’aéroport d’Heathrow à Londres dans le cadre de la loi antiterroriste britannique Terrorism Act 2000, un texte controversé qui autorise la police à retenir, fouiller et interroger hors du cadre légal traditionnel les personnes se trouvant aux frontières et zones aéroportuaires. « J’ai été retenu dans une pièce avec six agents… qui m’ont questionné au sujet de tout, toute ma vie », a raconté le jeune homme à sa sortie. Les policiers ont en outre confisqué son ordinateur, son téléphone portable, des cartes mémoires, des DVD…

S’il n’écrit pas directement dans The Guardian, David Miranda n’en reste pas moins un des hommes de confiance du quotidien britannique. Ce dernier avait d’ailleurs payé son billet d’avion et le jeune homme était, au moment de son arrestation, de retour d’un voyage effectué pour le compte du journal. Dans son éditorial, Alan Rusbriger insiste sur le fait que, bien qu’il n’ait pas de carte de presse, David Miranda « joue un rôle estimable en aidant son partenaire à faire son travail journalistique ».

« L'assurance » de WikiLeaks

L’affaire fait depuis scandale en Grande-Bretagne où certains dénoncent un détournement des lois antiterroristes. Le président du comité des affaires intérieures du Parlement, Keith Vaz, a officiellement écrit à la direction de la police pour savoir notamment qui avait donné l’ordre, que certains soupçonnent d’être venu directement de la Maison Blanche.

Le porte-parole de la Maison Blanche John Earnest a bien confirmé que les autorités américaines avaient reçu une « alerte » de la police londonienne les prévenant qu’elle comptait placer David Miranda en détention. Mais Washington insiste sur le fait qu’il s’agit là d’une initiative uniquement britannique. « Cela a été une décision prise par le gouvernement britannique sans l’implication et sans demande de la part du gouvernement des États-Unis. C’est aussi simple que ça », a assuré John Earnest.

 

Glenn Greenwald accueille David Miranda à son arrivée au Brésil 
Glenn Greenwald accueille David Miranda à son arrivée au Brésil© Reuters

Cette arrestation montre surtout à quel point le réseau d’Edward Snowden est actuellement sous surveillance, et ce dans le monde entier. Car David Miranda n’était en fait qu’en transit à Londres. Ce ressortissant brésilien revenait en effet de Berlin où il avait rencontré Laura Poitras, la première personne contactée par Edward Snowden, et rentrait au Brésil où il vit avec son conjoint Glenn Greenwald.

L’interception de ce messager démontre donc un espionnage des plus proches collaborateurs du whistleblower américain, qu’ils vivent au Brésil ou en Allemagne. Laura Poitras est de plus sans doute le personnage central de cette affaire. Comme le raconte un récent portrait du New York Times, cette réalisatrice de documentaires a été celle qui a récupéré les documents d’Edward Snowden. Et c'est elle qui a organisé leur diffusion avec son ami, blogueur et collaborateur du Guardian, Glenn Greenwald.

En ciblant David Miranda, les policiers tentent donc tout simplement de couper court à toute nouvelle révélation. Selon Glenn Greenwald, cité par le Washington Post, durant son interrogatoire son compagnon a d'ailleurs été questionné à propos « des affaires sur lesquelles nous travaillons en ce moment ». « Ils ont principalement demandé à David des détails sur le travail que Laura Poitras, le Guardian et moi menons sur les histoires de la NSA, ainsi que des informations complètes sur moi et Laura », explique le journaliste. « Ils l’ont également questionné sur le Brésil, la situation politique au Brésil, et ses amis et sa famille. »

Glenn Greenwald a refusé de préciser si David Miranda était en possession de documents confidentiels et si ceux-ci étaient tombés entre les mains des policiers. Mais, de toute manière, le journaliste assure que l’ensemble des données que transportait son conjoint était protégé. « Désormais, nous chiffrons automatiquement et systématiquement tous les documents et travaux que nous transportons – et pas juste pour les histoires sur la NSA », explique-t-il par mail au site de Forbes. « Donc tout ce qu’il avait – pour son usage personnel et n’importe quoi d’autre – était lourdement chiffré, et je ne m’inquiète pas du tout. Ils ne pourront pas le casser. »

Le journaliste a également réagi dans un éditorial publié sur le site du Guardian et dans lequel il semble avertir les autorités. « Si les gouvernements américain et britannique croient que de telles tactiques vont nous détourner ou nous dissuader de continuer à enquêter de manière agressive sur ce que ces documents révèlent, ils se font des illusions », affirme-t-il. « Cela n’aurait que l’effet inverse : nous enhardir encore plus. » De son côté, David Miranda a décidé de contre-attaquer sur le plan judiciaire. Mardi 20 août, son avocat, Gwendolen Morgan, a annoncé son intention de poursuivre la police britannique, dénonçant un « total abus de pouvoir ».  Me Morgan a également envoyé une lettre de protestation officielle au gouvernement britannique, demandant des explications sur la procédure subie par son client ainsi que la restitution de ses biens.

Mais la riposte la plus efficace est peut-être venue d’Internet. Car, mardi, WikiLeaks a mis en ligne ce qui pourrait bien être « l’assurance vie » d’Edward Snowden et de ses proches. « La destruction du disque dur Snowden du Guardian montre clairement qu’il est nécessaire pour WikiLeaks de distribuer des fichiers d’assurances », affirme simplement l’organisation dans un message posté sur Facebook, suivi de trois liens vers des fichiers chiffrés.

Les internautes sont bien entendus invités à télécharger ces trois fichiers, assurant ainsi leur dissémination. Il ne resterait plus à WikiLeaks qu’à rendre publique la clef de déchiffrage pour dévoiler ce qui est peut-être de nouveaux documents confidentiels. En 2010, à la suite des révélations du soldat Bradley Manning, WikiLeaks avait déjà mis en ligne un fichier « assurance », impossible à déchiffrer, et sans donner le moindre détail sur son contenu. Comme une épée de Damoclès, un avertissement aux services de renseignement...

 

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