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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 23:14
NEW YORK, 17 NOVEMBRE Quelques jours après l’évacuation par la police de Zuccotti Park, les manifestants continuent leurs protestations dans le Financial district du sud de Manhattan.
Andrew Burton / Getty Images

 

Essai

Pourquoi les Indignés gagneront
Il existe un chemin qui part de l’avenue Bourguiba, à Tunis, vers Zuccotti Park, à New York. Il raconte une colère dans de nombreux endroits du monde, au-delà des manifestants: ce changement des consciences influencera fortement les temps à venir.

Sa barbe grise lui donne un faux air de l’acteur Jeff Bridges. Il s’appelle Jim Gerritsen, il a 56 ans, il s’avance. Il est dans un petit square de l’avenue C. Maintenant, on appelle plutôt cette artère Loisaida Avenue, dans ce Lower East Side hispanique de New York. Ici, jusqu’aux années 90, se situait le coeur sanglant de l’Alphabet City, haut lieu de la criminalité de la ville.

Cela demeure décrépi et populaire, mais il y a aussi cette énergie heureuse de la lisière urbaine, les bistrots latinos arrosant le quidam à la caïpirinha trop tassée, juste en dehors de la folie du centre de Manhattan. C’est le 4 décembre, et il fait étrangement doux, à peine une fraîcheur de début d’hiver, ciel de plomb brouillardeux, bruine à venir, et ils sont 500 ou 1000, guère plus, dans ce parc, à écouter Jim.

C’EST PEUT-ÊTRE À 1848 QUE RESSEMBLE 2011. LA RÉBELLION PA RISIENNE AMENA UNE DÉMOCRATIE RÉPUBLICAINE EN FRANCE, MAIS INSPIRA RAPIDEMENT TOUTE L’EUROPE.

La manifestation s’appelle Occupy Food, occuper la nourriture. Un «event» de plus organisé en coordination avec Occupy Wall Street, le mouvement des Indignés de New York, lancé à la fin de l’été dernier. Il s’agit ce dimanche de montrer la solidarité du monde paysan avec les protestataires de Zuccotti Park. Ce sont surtout des agriculteurs bios qui sont venus, des ennemis déclarés de Monsanto et des géants de l’agroalimentaire. Ils arrivent de la vallée de l’Hudson, mais aussi de l’Iowa ou de plus loin encore.

Quand Jim vient devant le micro, il dit: «Ils ont cassé l’Amérique», le silence alors se fait. «Ils»: Jim y fourre aussi bien la finance de Manhattan sud que la cupidité générale, ou les consommateurs prisonniers de leurs habitudes, et qui ne savent plus distinguer le maïs transgénique – il en agite un morne épi dans la main – d’une laitue fraîche. Jim continue: «Je suis paysan depuis trente-cinq ans. J’en suis fier. J’aime ce que je fais, là-bas dans le Maine, chez moi. Et aujourd’hui, c’est la première fois de ma vie que je mets les pieds à New York City.» Une émotion forte vient, des gens applaudissent, l’attention est totale.

Alors Jim continue, il parle de la cruauté des marchés et de la perte d’autonomie des fermiers. Il parle de n’être bientôt plus rien, ruiné par la moissonneusebatteuse des grandes industries. Jim Gerritsen termine en regardant droit dans la foule les jeunes gars d’Occupy Wall Street: «Je suis venu vous dire que les fermiers d’Amérique sont avec vous.» Il est ovationné.

La petite foule se met en marche, pour descendre vers Zuccotti Park. Le trajet prendra une heure. Les manifestants ont plutôt l’air d’une grosse escouade de fermières et de fermiers un peu babas que d’une horde sauvage en colère. Ils agitent des panneaux pour de la nourriture saine, c’est bon enfant, on défile en passant par les trottoirs, avec les policiers à scooter à côté.

Ce qui étonne cependant, ce sont les gens dans la rue, ou ces commerçants qui sortent devant leur échoppe, saluent, encouragent, filment avec leur portable, jubilent, lèvent le poing parfois. Mais plus Wall Street approche, plus l’ambiance peu à peu se tend. De la défiance apparaît, palpable, épaisse comme les manteaux de marque des traders en plein shopping du bas de la ville, paquets de Noël sur les bras, et qui font non avec leur tête en guise de sarcasme. Il y a désormais plusieurs dizaines de policiers, les voitures à feux bleus, aux côtés des manifestants.

«MAIS L’ÉDEN EST EN FLAMMES.» Bob Dylan, «Changing of the Guards»

En allant par ces rues, avec eux, je me suis souvenu de l’avenue Bourguiba, à Tunis, en janvier dernier, où marchaient alors des milliers de personnes. Là aussi il faisait doux, une fin d’hiver d’Afrique du Nord, cette fois. Le président Ben Ali venait de quitter le pays, mais les manifestations continuaient contre le RCD, le vieux parti du despote «dégagé», afin que la machine du pouvoir soit dissoute. Des gens émanaient une joie de fête mêlée encore de fureur.

Il y avait des fleurs dans la bouche du canon des tanks, au carrefour: bien sûr que ça ressemblait à un cliché niais de fraternité, mais c’était très beau, quand même. La médina sublime était fermée, sombre et inquiétante de vide sinueux. Walid m’y avait emmené boire le thé dans le seul café ouvert, avec une télé repassant les manifs en boucle, devant laquelle se pressaient quelques habi tués. Il voulait parler du basculement de son pays, de son drôle d’ahurissement joyeux devant ce qui se passait.

Qu’allait-il devenir, lui qui arrondissait l’ordinaire en essayant de pousser les touristes vers des boutiques de mauvais parfums? En même temps il disait sa fierté, déjà, tout de suite, le sentiment que son pays pouvait montrer un chemin. Il n’avait pas vraiment fait la révolution, Walid. Il était de ceux qui l’avaient plutôt regardée passer dans la rue. Mais, comme une force, elle l’avait emporté, c’est-à-dire pris, au sens de l’émotion forte. Il avait peur, mais il savait que c’était maintenant moins des flics ou des soldats que de lui-même. Et qu’il était possible désormais de transformer cette impuissance en courage.

Les Indignés ont sans doute trouvé une partie de leur raison d’exister là, en Tunisie. Dans la colère née de l’immolation désespérée de Mohamed Bouazizi, marchand de fruits et légumes. Et s’il fallait un jour écrire une paradoxale histoire heureuse de la mondialisation, de l’ironie des allers-retours qu’elle permet parfois entre les mondes, un chapitre aurait l’odeur entêtante du jasmin.

Car la Tunisie, en bougeant, tombant, en faisant tomber un despote, en abattant aussi le cynisme occidental qui se plut longtemps à regarder en sceptique les trublions tunisiens, a déclenché unmouvement. Pas seulement celui d’un printemps des pays alentour, d’une contagion des révoltes ou violences. Mais aussi celui d’une pensée du changement qui a irradié au-delà, vers l’Espagne ou la Grèce, les Etats-Unis ensuite, peut-être la Russie maintenant.

Dans les dernières heures avant de repartir de Tunis, j’avais l’habituel sentiment des échotiers de passage: celui de les laisser un peu en plan. Ils allaient devoir se débrouiller comme ils pourraient avec leur révolution. Et il n’y avait pourtant qu’à écouter et à voir les passants, parole libérée, pour sentir que rien ne serait facile, qu’il allait falloir inventer des funambulismes entre le pragmatisme, les amertumes revanchardes et les envies de démocratie. Oui, il y aurait un retour des islamistes, mais ils ne sont pas tous extrémistes, l’infinie palette des nuances serait nécessaire. Mais les Tunisiens avaient ouvert une brèche énorme.

Rue de Marseille, encore un café avec Nadhir, voisin sur le zinc, et c’est à ce moment que la radio a passé Changing of the Guards et que ça m’a bouleversé, ce «mais l’éden est en flammes» craché par la voix de Patti Smith, qui continuait: «La paix viendra, avec tranquillité et splendeur sur les roues de feu. Mais sans aucune récompense quand ses fausses idoles tomberont.» J’ai entrepris d’expliquer vaguement la chanson à Nadhir, mais il riait seulement, en criant «Vive la Tunisie!».

«LE DIEU QUI M’A FAITE M’A FAIT COURBER LA TÊTE. ET JE SENS QUE JE TOMBE.» Natacha Atlas, «Mon amie la rose»

Que s’est-il passé, après? Un incroyable effet domino. On peut expliquer cela par un pourrissement similaire et général des situations, ces potentats divers et leurs tentations dynastiques, le désespoir des jeunesses arabes, la réprese sion imbécile et la captation des richesses par les familles au pouvoir.

Tout est vrai, et fut accéléré sans doute par l’internet, les réseaux sociaux et les portables. Mais c’est pourtant d’abord dans les têtes que la révolte s’est propagée. Les héros égyptiens de la place Tahrir ont eu des contacts avec les Tunisiens: ils voulaient savoir comment s’y prendre, imprimer un tract, organiser la non-violence ou arrêter un char, et peutêtre un chameau.

Ensuite, le Yémen, l’Algérie, la Libye, la Syrie. Dès l’été, à Madrid, Puerta del Sol, Los Indignados sont de plus en plus nombreux: au total, sur 46 millions d’Espagnols, plus de 6 millions ont participé à l’une ou l’autre manifestation dans le pays durant l’été. Dix jours après l’Espagne, ils sont 100 000, un dimanche étouffant, sur la place Syntagma, à Athènes. On croit, comme partout, à une simple éruption passagère.

Le dimanche suivant, les Indignés grecs sont un demimillion. En août, à Londres, c’est Tottenham qui s’embrase, puis d’autres villes, ailleurs, Tel-Aviv aussi, où plus de 400 000 personnes défilent. On entend parler, à la fin août, de ces New-Yorkais qui se réunissent dans un petit square du bas de la ville, Zuccotti Park.

Quelque chose les réunit, malgré la diversité des situations et les différen ces, énormes, que ce soit du point de vue social, économique ou politique. Quelque chose de l’ordre de l’impasse du fonctionnement financier, de la captation des richesses par quelques-uns: lorsqu’un anthropologiste, David Graeber, invente l’expression «Nous sommes les 99%», il fait plus que poser un slogan.

Il souligne qu’à l’arrivée, il n’y a guère de différence entre un clan familial qui s’enrichit aux dépens du peuple en Tunisie et une minuscule ploutocratie (le mot est de Paul Krugman, Nobel d’économie, dans le New York Times) de Wall Street, représentant moins de 1% de la population états-unienne, qui spécule et engrange toute la richesse produite par le pays. La comparaison est choquante? Alors c’est que tout n’est pas perdu. Et qu’il faut changer de fonctionnement.

La nouveauté des mouvements d’aujourd’hui réside précisément dans une inhabituelle solidarité se créant entre des étudiants chômeurs tunisiens, les foules d’Europe, des banlieusards d’Oakland, des Frères égyptiens, des employés moscovites ou des fermiers du Maine. Ils parlent tous d’autre chose, vraiment? Ou ne serait-ce pas, justement, qu’ils évoquent exactement la même histoire?

Partout, ils sont proportionnellement plutôt jeunes, bien éduqués, souvent issus de la classe moyenne. Partout, les protestations commencent comme des histoires particulières, sans encouragements des oppositions politiques en place, voire même une gêne de leur part, un dénigrement par les dissidences installées, dépassées rapidement par l’ampleur des choses et bien incapables de récupérer le mouvement une fois lancé.

A quand faut-il remonter pour sentir pareilles situations, avec pareille internationalisation des protestations. 1989 et l’effondrement du soviétisme? Pas vraiment: il s’agissait plus prosaïquement de la fin d’un empire usé. Alors 1968 et les mouvements étudiants? Ça ne fonctionne pas non plus. Car il était question alors de contre-culture, et ce n’est pas du tout ce dont parlent les foules d’aujourd’hui.

Elles savent d’abord ce qu’elles ne veulent pas: la corruption générale, l’opacité oligarchique en cours, l’injustice obscène de l’enrichissement permanent des déjà riches, détaxés de mille manières et sans aucune solidarité avec des populations s’appauvrissant. L’ascenseur social n’est pas seulement bloqué: il est carrément en chute libre, d’Athènes à New York.

C’est peut-être davantage à 1848 que ressemble 2011. La parisienne rébellion amena une démocratie républicaine en France, mais inspira rapidement toute l’Europe. Des foules descendirent dans la rue à Venise, à Vienne, à Milan ou à Berlin. Il y eut même une démonstration de solidarité démocratique qui descendit Broadway et s’arrêta à peu près où se trouve désormais le Financial district de New York. Ça ne vous rappelle rien?

Entendons-nous: les Indignés du monde d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec un Grand Soir de plus. Il y aura des usures, des effilochages, des fatigues, des retours en arrière. Ceux qui meurent à nouveau sur Tahrir, au Caire, en sont les premiers exemples. «On est bien peu de chose, et mon amie la rose me l’a dit ce matin», chantait Natacha Atlas, l’Egyptienne.

«D’ABORD, NOUS PRENONS MANHATTAN, PUIS NOUS PRENONS BERLIN.» Leonard Cohen, «First we take Manhattan»

Que vont devenir ces mouvements? A Zuccotti Park, Will, l’un des jeunes gens chargés du groupe communication (oui, les Indignés ont désormais des attachés de presse) explique une organisation très éclatée. Les protestataires d’Occupy Wall Street ne peuvent plus camper et dormir sur place, mais cela n’empêche pas les réunions, plusieurs fois par semaine.

On vote à main levée. Il y a bien une vague structure, mais sans hiérarchie forte: plutôt des groupes de travail, chargés aussi bien de la subsistance et des repas pour ceux qui sont sur place, que de mettre sur pied une manifestation sur tel ou tel thème, ou de réfléchir aux actions futures.

Je lui demande où ils se situent, idéologiquement, il reconnaît que ça part un peu dans tous les sens, allant de l’écologie pure et dure à la taxe Tobin sur les transactions financières. Mais ce ne sont pas des gauchistes ou de vieux anarchistes: Will, moins de 30 ans, raconte qu’il travaille dans le marketing, dans l’environnemental, et il n’a rien d’un naïf, ni d’un chômeur révolté ou d’un doux rêveur.

D’autres sont employés de banque, ou vendent des pizzas à Brooklyn, étudient le droit ou la communication. Ou alors sont fermiers dans le Maine, comme Jim. Ils me répètent tous que Wall Street dysfonctionne absolument et emprisonne la démocratie. Et que malgré l’inertie, malgré la propension du système financier à vouloir tout recommencer comme avant, les gens comprennent de plus en plus qu’il est possible d’agir en citoyen.

IL Y A DES INDIGNÉS QUI RESTENT CHEZ EUX, MAIS N’EN PENSENT PAS MOINS: LES INFILTRÉS. ILS SONT DES CENTAINES DE MILLIONS.

Ce sera en 2012, mais aussi en 2013, 2014. Cela prendra dix ans peut-être, mais ce n’est plus une utopie. Ils connaissent aussi mieux le monde que les caricatures que l’on fait souvent des Américains. Je leur rappelle la Puerta del Sol et Syntagma, et ils se disent habités d’un sentiment de responsabilité: ici, à quelques pas de Wall Street, existe un genre de ligne de front.

Car s’approcher de la Bourse new-yorkaise n’est pourtant guère aisé, désormais, pour les passants et les curieux venus voir le canyon urbain du western financier moderne. Le ventre de la Bête est protégé par des barrières, surveillé par de nombreux policiers en guérites. On peut faire des photos, mais à cinquante mètres, sous le regard d’une statue de George Washington semblant regarder avec une drôle de mine ce que les hedge funds ont fait de son espérance.

Sur le site du New York Times existe aussi un graphique interactif qui permet de mesurer sa solidarité avec divers buts et méthodes d’Occupy Wall Street. L’inégalité des revenus, la taille des banques, l’attitude du Congrès, etc., sont disséquées sur abscisse et ordonnée. On constate une incroyable adéquation entre une large majorité de l’opinion publique et les protestataires. Des sondages sérieux évaluent aujourd’hui entre 50 et 60% le soutien de la population américaine à Occupy Wall Street. Aucun mouvement de protestation sociale dans le pays n’avait recueilli autant de sympathie, aussi vite.

Ils ne sont pas tous dans la rue, évidemment. Pas plus là-bas qu’ici. Ou à Moscou, où les foules inédites et courageuses qui défient Vladimir Poutine sont habitées d’une même étincelle – la fin de la peur – et s’avancent pour les mêmes idées – la fin de la corruption et de l’oligarchie. Mais il n’y a pas de fin de l’Histoire, comme le croyait autrefois Francis Fukuyama. Il y a plutôt des Indignés de deux sortes, souligne le Français Martin Hirsch. Ceux qui manifestent et ceux qui restent chez eux, mais n’en pensent pas moins: il les nomme les Infiltrés, ils sont des centaines de millions.

Ils ne sont pas sûrs que tout cela va servir à quelque chose, le désabusement est encore si fort. Ils voient cependant qu’il n’est pas toujours impensable d’enrayer la tragédie des hommes. Ils en feront peut-être une solidarité à leur manière, en 2012 et dans les temps qui viennent. Ou bien trouveront un courage dans un refrain, First we take Manhattan, parce que les chansons disent toujours la vérité. Celle allant de Tunis à New York s’est éclairée comme une révolte, mais d’abord une lucidité, une urgence, une chance de partage aussi: voilà pourquoi les Indignés gagneront.


 

De la place Tahrir à Athènes ou New York, les Indignés ont leurs inspirateurs et déjà leurs héros

Ecrivains, penseurs, figures politiques, philosophiques ou économiques: le terreau d’idées que représentent les mouvements de protestation actuels est porté par des personnages venus de tous horizons.

Martin Luther King Des people de la rébellion globalisée, allant de Gandhi au Christ en passant par Marley ou le Che, King, assassiné en 1968 à 39 ans, apparaît comme la figure la moins éloignée des protestataires actuels. L’été dernier, sur la place Syntagma, à Athènes, une banderole afficha par exemple «Let freedom ring» (Que la liberté retentisse): la citation fait référence au discours célèbre de King au moment de la lutte pour les droits civiques.

Stéphane Hessel A 94 ans, le patriarche du XIVe arrondissement de Paris se défend d’être un modèle, un leader, ou un déclencheur. Mais si le terme d’Indignés a fait pareille carrière, il le doit tout de même en partie au triomphe d’Indignez-vous, opuscule d’une trentaine de pages, écoulé à 4 millions d’exemplaires après 38 traductions dans le monde. L’optimisme de Hessel a été un tournant: plutôt qu’annoncer la catastrophe, il incite à imaginer un possible.

Joseph Stiglitz Prix Nobel en 2001, l’Américain, 68 ans, est l’un des rares économistes à dire les maladies du système financier depuis une dizaine d’années. Cela longtemps sous les ricanements. Mais La grande désillusion, en 2001, et surtout Quand le capitalisme perd la tête, en 2003, étaient des ouvrages en plein dans le mille. Et pour comprendre ce qui s’est passé, pour entrevoir un avenir, Le triomphe de la cupidité, paru en 2010, est une bible.

Peter Sloterdijk Philosophe allemand de 64 ans, cette figure de la pensée contemporaine jette en 2009 un pavé dans la mare de l’impuissance générale érigé en doxa: Tu dois changer ta vie devient un best-seller, alors que ce volume de 700 pages exigeantes tente de renouer un lien humaniste entre la philosophie, une meilleure conscience des problèmes mondiaux et un dépassement de soi… par l’exercice physique. Les Indignés doivent avoir la forme, et tout sera possible.

Mohamed Bouazizi Il avait 26 ans. Il était marchand de fruits et légumes à Sidi Bouzid, au sud de Tunis. Il subissait l’humiliation par les policiers et l’administration, les amendes, et confiscations. Le 17 décembre 2010, il s’immole par le feu devant le siège du gouvernorat. Des manifestations éclatent, Bouazizi meurt le 4 janvier. Le printemps arabe commence là, dans le feu qui consuma l’espérance de ce jeune homme, devenu icône et héros..

David Graeber Anthropologiste et anarchiste américain, Graeber, 50 ans, a été professeur à Yale, puis à l’Université de Londres. Son parcours d’activiste politique est passé par la protestation contre le Forum économique de Davos, à New York, en 2002. Il fit partie du noyau dont découla Occupy Wall Street, organisant des réunions dès août dernier. On lui doit notamment la paternité du désormais fameux We are the 99 percent.

Paul Krugman A 58 ans, il est l’un des grands faiseurs d’opinion de la presse américaine, grâce notamment à ses chroniques dans le New York Times. Prix Nobel d’économie en 2008, Krugman a souvent écrit sa compréhension pour les manifestants de New York et, par exemple, souligné dans un article fameux, La panique des ploutocrates, les réactions hystériques qu’ils provoquaient au sein de Wall Street.

Kalle Lasn Ex-publicitaire né à Tallin, en Estonie, en 1942, Lasn a ensuite émigré à Vancouver où il est devenu l’éditeur d’Adbusters, lancé en 1989: un magazine d’activistes opposés à la société de consommation et au capitalisme. Le journal tire aujourd’hui, sans publicité ni sponsor, aux alentours de 120 000 exemplaires. Lasn fut le premier à utiliser une expression devenue logo, et presque une marque, en appelant à «Occupy Wall Street».

Aliaa Elmahdy Il y a quelques semaines, cette jeune fille de 20 ans, étudiante en communication au Caire, se photographie nue, et met le cliché en ligne. A quelques jours des élections, elle entend dénoncer l’hypocrisie autour du corps de la femme dans le monde musulman, revendiquer sa liberté et sa sexualité. Scandale et menaces de mort s’ensuivent, elle vit depuis dans la clandestinité. Mais le monde entier sait que le courage porte désormais en Egypte ce prénom: Aliaa.





Par Christophe Passer - Mis en ligne le 21.12.2011 à 15:09

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Les indignés d'ici et d'ailleurs
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