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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 18:54

 

 

Médiapart

|  Par Philippe Riès

 

 

Coup de chaleur politique à Lisbonne, où la prime de risque sur la dette s'envole et la bourse s'effondre après deux démissions de ministres mettant en péril la coalition gouvernementale. Gros problème pour l'UE, la BCE et le FMI si le “bon élève” de l'austérité devient rebelle.

 

« Nous sommes entre les mains d’un groupe d’irresponsables. » Cette sortie du vétéran Diogo Freitas do Amaral, fondateur du parti démocrate-chrétien CDS-PP au centre de la crise politique en développement, résume bien le sentiment populaire portugais. Et celui des marchés. Le coût de cette irresponsabilité ? En 48 heures, plus de 200 points de base (2 %) sur la dette publique à dix ans, qui culminait en séance mercredi à 8,17 %, au plus haut depuis novembre 2008. Autrement dit, l’effacement en deux jours des huit mois de détente obtenus principalement par l’intervention de la Banque centrale européenne. Entraînée par les valeurs financières, la bourse de Lisbonne a chuté lourdement (–5,3 %). Les autres places européennes et l'euro ont accusé le coup. Berlin a répété sa « confiance » dans l’accomplissement des réformes par le Portugal et l’eurogroupe a rappelé le gouvernement à ses engagements.

Flash-back. Tout commence lundi 2 juillet avec la démission, de sa propre initiative, du ministre des finances Vitor Gaspar. Le gouvernement de coalition de centre droit perd alors non seulement son numéro deux (et même véritable numéro un pour nombre d’analystes), le maître d’œuvre du programme de redressement géré depuis deux ans avec la troïka UE-FMI-BCE mais aussi sa principale interface avec les institutions européennes, avec Berlin, la capitale incontournable, et sa caution sur les marchés financiers. Mais le choix de sa remplaçante, la secrétaire au Trésor Maria Luis de Albuquerque, bras droit de Gaspar, est destiné à amortir le choc. Choix salué notamment par Wolfgang Schaüble, le ministre allemand des finances. 

Mais mardi 3 juillet, au moment même où la nouvelle ministre est investie au palais de Belem, siège de la présidence de la République, Paulo Portas, ministre d’État et des affaires étrangères, le nouveau « numéro deux » du gouvernement, absent de la cérémonie, annonce dans un communiqué sa décision « irrévocable » de démissionner à son tour. Motif : le président du CDS-PP, invoquant ses désaccords connus avec la ligne politique incarnée par Gaspar, affirme que « sa décision personnelle de quitter le gouvernement  permettait d’ouvrir un cycle politique et économique différent » et regrette le choix du premier ministre Pedro Passos-Coelho de la « simple continuité au ministère des finances ». « Je respecte mais je désapprouve », écrit Portas.

Dans une déclaration télévisée le soir même, le chef du gouvernement annonce qu’il a été « surpris », comme le reste du pays, par l’annonce de son partenaire à la tête de la coalition, ajoute qu’il refuse cette démission, et qu'il ne la présentera pas au président de la République. Lui-même n’a aucune intention de démissionner, « n’abandonnera pas (son) pays » et s’envole le lendemain pour Berlin, où il doit participer à la conférence organisée par la chancelière Angela Merkel sur le chômage des jeunes dans l’Union européenne.

Où l’on apprend que Paulo Portas a pris seul sa décision, sans consulter ses collègues CDS-PP au sein du gouvernement, ni les instances dirigeantes du parti, réunies la veille quand il connaissait déjà le choix de Maria Luis de Albuquerque pour remplacer Gaspar. Où l’on apprend qu’ayant enregistré l’opposition de son partenaire, le chef du gouvernement n’a pas trouvé le temps de lui parler avant de l’informer du caractère définitif de son choix pour la succession de Gaspar.

Avec le « Dr. Durao » à la tête de la Commission européenne depuis 2004, les Européens ont pu expérimenter ce mélange d’opportunisme et d’autoritarisme qui fait le charme des « élites » politiques portugaises. L’irresponsabilité et l’arrivisme y sont aussi des valeurs largement partagées. En quittant précipitamment sa charge de premier ministre à Lisbonne pour Bruxelles avec armes et bagages en 2004, José Manuel Durao Barroso avait confié le gouvernement à son ami Pedro Santana Lopes, plus connu pour sa fréquentation assidue des boîtes de nuit et sa gestion désastreuse à la mairie de Lisbonne que pour ses compétences. Un gouvernement calamiteux auquel le président de la République de l’époque, Jorge Sampaio, devait donner très vite le coup de grâce en dissolvant l’assemblée de la République et en convoquant des législatives anticipées.

Son successeur Anibal Cavaco Silva défendait encore le 2 juillet une lecture différente de la constitution, estimant que ce sont les parlementaires seuls qui peuvent décider si le pays est en crise politique et mettant au défi les partis d’une opposition disparate de faire voter une motion de défiance afin de chasser Passos Coelho du pouvoir. Le PSD dispose, sans les 24 députés du CDS-PP, d’une majorité relative confortable dans la chambre unique du parlement portugais. Cavaco Silva recevra le 4 juillet le chef du gouvernement de retour de Berlin et les dirigeants de tous les partis représentés à l’assemblée de la République.

Des élections législatives anticipées alors que les Portugais vont se rendre aux urnes en septembre pour les municipales ? Même si l’opposition, certains éléments du CDS-PP et la grande majorité des analystes politiques y voient la seule issue possible, l’écrivain populaire et commentateur vedette Miguel Sousa Tavares, récemment menacé de poursuite pour avoir traité Cavaco Silva de « clown », estime qu’elles ne changeraient rien. « Nous remplacerions un jeune apparatchik par un autre jeune apparatchik, tout aussi mal préparé pour gouverner », estime-t-il.

Le « bon élève » de l'austérité deviendrait trublion ?

Dirigé par le bien falot José Antonio Seguro, le PS est confronté mois après mois aux révélations sur l’ampleur du désastre que fut la gestion économique de « l’ingénieur » (à la mode de Bretagne) José Socrates pendant les sept années d’exercice du pouvoir qui se termineront au printemps 2011 par l’appel au secours lancé à la communauté internationale et la signature du « mémorandum » avec la troïka. Après les ruineux « PPP » (partenariats publics privés), les « swaps » souscrits par les entreprises publiques et qui vont coûter au bout du compte plusieurs centaines de millions d’euros au contribuable. Toutes opérations destinées, comme en Grèce, à placer hors bilan une partie des engagements de l’État afin de dissimuler l’envolée de la dépense publique sous les gouvernements Socrates.

« Rien n’est plus troublant pour un enseignant rigoureux que de voir l’élève modèle se transformer en trublion », écrivent le 3 juillet les analystes de Gavekal devant le danger de voir le bon élève de la « périphérie » de la zone euro rejeter la discipline imposée par ses créanciers. La vérité, c’est que le bon élève, outre une structure économique peu compétitive qui a mal encaissé d’abord l’emballement précédant l’entrée dans l’euro puis le retournement dès le début des années 2000 et enfin le choc de la crise financière globale, est aussi handicapé par un système institutionnel et politique déficient. Depuis la grande mobilisation, pionnière en Europe, de la « geraçao a rasca » en 2011 aux énormes manifestations de mars 2013, organisées à l’écart des structures politiques et syndicales traditionnelles, la rue portugaise ne cesse de le proclamer, sans avoir suscité de solution alternative. Moins qu’une « hellénisation » du Portugal, avec la déroute des partis établis, c’est plutôt une abstention massive qui pourrait marquer des élections anticipées. 

Dans sa très politique lettre de démission (lire ici) Vitor Gaspar pointe du doigt la décision des magistrats du Tribunal constitutionnel (juges et parties au demeurant, en tant que fonctionnaires publics) de s’opposer à des dispositions essentielles du budget 2013, dont la suppression du 13e mois des agents de l’État. Jugement conduisant à compenser les recettes perdues par de nouvelles hausses d’impôt. Avec une rare franchise, Gaspar y reconnaît que les échecs répétés à tenir les objectifs de réduction du déficit en raison de la chute de la demande interne ont ruiné sa propre crédibilité. Y compris auprès des organisations patronales qui ont demandé elles aussi un changement d’orientation, principalement en matière fiscale. Un seul exemple : le passage brutal de la TVA sur la restauration du taux réduit de 6 % au taux « normal » de 23 % a provoqué un « choc fiscal » dévastateur sur un secteur au rôle décisif dans un pays à la vocation touristique affirmée. Une nouvelle confirmation in vivo de la loi de Lafer qui veut que « trop d’impôt tue l’impôt ».

Après avoir fait face à l’urgence de regagner la confiance des investisseurs étrangers, objectif partiellement atteint avec l’appui décisif de la BCE, la fin du programme d’ajustement et le refinancement sur les marchés financiers étant prévu pour le printemps 2014, le Portugal devait s’attaquer à la structure même de la dépense publique par un programme d’économies permanentes de quelque 4 milliards d’euros par an discuté avec ses créanciers. Ce que disait implicitement la démission de Gaspar, c’est que ni la classe politique ni certains de ses collègues au gouvernement n’y sont prêts. Ce que confirme la démission « surprise » de Paulo Portas. L’excédent primaire (avant service de la dette) dans l’exécution budgétaire réalisé pour la première fois depuis la révolution des œillets en 1974 et le surplus des comptes courants répondaient au premier impératif. À Berlin, Passos Coelho a persisté à discerner « les premiers signes » d’une reprise économique au deuxième trimestre 2013. Efforts que « l’instabilité politique » pourrait ruiner, selon lui.

Bruxelles, Berlin et Francfort, dont les responsabilités dans la mauvaise gestion de la crise européenne ont été débattues par ailleurs, sont désormais confrontés à la perspective de voir l’élève modèle devenir à son tour un foyer de contamination. Avec la nécessité de mettre en place un second plan de secours si la défiance des créanciers privés interdit le retour sur les marchés financiers dans moins d’un an. En absence de stabilisation de la situation politique, le huitième examen du programme d’ajustement par la troïka s’annonce problématique.

Les besoins de refinancement de la dette publique portugaise étant couverts pour 2013, la zone euro peut sans doute brinquebaler jusqu’aux élections générales allemandes réputées cruciales, en septembre. Mais ce n’était sans doute pas l’été à Lisbonne, envahie de soleil et de touristes, dont rêvait Angela Merkel. À moins que le coup de chaleur qui a saisi la classe politique lisboète ne se dissipe très vite, sous la pression des marchés et des partenaires européens. La commission exécutive du CDS-PP a d'ailleurs maintenu ses deux autres ministres au gouvernement et confié à Portas le soin de “renégocier” l'accord de coalition avec Passos-Coelho. Le drame annoncé tourne à la telenovela.

 

 

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