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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 16:52

 

Anne-Sophie Novel
Ecolo-Info
Rue89 - Publié le 24/11/2011 à 05h26

 

Doit-on attendre quelque chose du mouvement des Indignés en France ? A voir les activistes qui cherchent à s'ériger entre les tours de la Défense, il est légitime d'en douter.

Océane participe au mouvement des indignés à Strasbourg. Elle m'a confié :

« Ce qui me dérange, c'est la beauté et la difficulté du parcours démocratique. Tout le monde veut parler, et il y a un tel besoin d'expression qu'on n'arrive pas à agir encore. C'est surtout une prise de conscience… »

A l'écouter, on comprend vite que les Indignés rejettent en masse toute affiliation à un mouvement associatif, syndicaliste ou politique. La résistance s'exprime en revendiquant le pouvoir pour le peuple. Un positionnement que me confirme Catherine, Indignée parisienne :

« Ce qui revient tout le temps en assemblée générale (AG) c'est ceci : le mouvement est horizontal, sans leader, sans appartenance politique, loin des associations ou des syndicats. Les Indignés c'est les 99% contre le 1% (slogan lancé par occupywallstreet, repris partout désormais).

La prise de parole par le peuple est omniprésente. Un micro ouvert en permanence, avec des temps de parole d'environ trois minutes, gérés sur liste d'attente. On met l'écoute au premier plan : personne ne coupe la parole, le public assis communique avec des gestes (les mains en l'air faisant les marionnettes signifient je suis d'accord ; les bras croisés en l'air, pas d'accord, etc.), parfois des huées (souvent pour souligner un rapport contre les 1%, le CAC40 ou même les forces de l'ordre). »

Pour elle, les revendications sont claires : on en appelle à une « réelle démocratie », à l'image des « indignados », tout en utilisant des modes d'action non violents – en témoignent l'usage de cœurs rouges omniprésents chez les Indignés français, utilisés pour accompagner la chanson « Qu'est-ce qui vous fait battre le cœur ». Le message principal ? Nous ne paierons pas votre crise.

Manque de relais dans les médias

Le hic, selon Catherine, vient du manque de médiatisation de leur rassemblement :

« Bien que les Indignés soient over équipés (livestream permanent, youtube, Facebook, Twitter) ils manquent de visibilité, ça ne passe pas dans les média, ça ne passe pas dans la population française. On espère que ça va déboucher sur une prise de conscience des Français. Mais ça... Le mouvement a besoin du soutien des média en premier lieu (quand on ne connaît pas on ne peut pas adhérer), puis ce serait bien qu'il y ait plus de monde là-bas. »

Mais alors, pourquoi les français et les médias ne s'y intéressent pas plus ?

Pour Sébastien Porte, journaliste indépendant, co-auteur avec le photographe Cyril Cavalié d'un ouvrage sur les nouveaux militants, Un nouvel art de militer (Editions Alternatives), plusieurs éléments permettent d'expliquer ce manque de relais médiatiques, en commençant par un contexte économique et social relativement plus clément en France :

« L'état de la crise est un premier élément d'analyse : à la différence de la Grèce ou de l'Espagne, la crise n'a pas encore poussé les génération à un degré de désespérance suffisamment élevé au point de les rendre solidaires. Chez les Indignés français, je sens une certaine jeunesse, pas forcément représentative de toute une génération qui pourrait se sentir menacée, exclue… Le nombre d'étudiants qui retrouvent un boulot est plus élevé en France. »

Pourquoi ça prend moins en France

Les français sont également plus méfiants, ils refusent toute récupération politique, syndicale ou associative :

« En Espagne, les syndicats et partis politiques “surfent” sur le mouvement des Indignés et huit millions d'Espagnols ont participé aux mouvements organisés par les Indignés. Les partis là bas ont pris en compte les revendications. En France la rupture est plus nette entre ce mouvement et mouvement type syndicats et partis. »

La raison ? Elle est culturelle.

« Le mouvement des Indignés tient d'une tradition libertaire qui a fait son bonhomme de chemin ces dernières années, après les forums sociaux notamment. Cette tendance retrouve un nouveau souffle avec le message envoyé par les révolutions arabes : deux pays ont prouvé la capacité de déstabilisation d'un mouvement citoyen…

Aussi est-il est normal que le rassemblement fonctionne mieux en Espagne, berceau des mouvements anarchistes. Aux Etats-Unis, la culture politique diffère aussi de la culture française : la désobéissance fait partie des outils légitimes d'expression, les associations et les lobbies ont une place différente dans l'espace publique. La France est ancrée dans une tradition républicaine qui ne permet pas au mouvement des Indignés de raisonner de la même manière… »

Dans les faits, cela explique pourquoi les partis politiques français ne se rapprochent pas du mouvement. A New-York au contraire, les Indignés et les syndicalistes ont organisé une marche commune et les partis politiques ont pris en compte les revendications.

Dis moi quel est ton mode opératoire, je te dirai qui tu es

Une différence qui se retrouve aussi dans les modes opératoires. Si le mouvement des Indignés se caractérise par l'absence de chef, le soin apporté à la mise en scène, le symbole (notamment au niveau du lieu d'occupation), les accessoires, les dimensions festives, ludique et spectaculaires… il demeure que les camps n'occupent pas les lieux et l'espace médiatique de la même manière.

En France, il est quasiment impossible aux Indignés de s'imposer dans la durée. D'après Catherine, sur l'esplanade de la Défense, les forces policières françaises ont reçu pour consigne de confisquer les bâches et les tentes.

Pour Sébastien Porte, ce mode opératoire reste toutefois exogène à notre culture :

« C'est plus américain de prendre place dans l'espace public. Reconstituer une micro société, c'est une évocation des phalanstères d'une certaine manière. C'est une micro société en carton reconstituée, qui forme la force du mouvement et lui permet de s'inscrire en dehors du système global. C'est une façon d'exprimer une forme de solidarité, de montrer qu'on est ensemble contre les autres, qu'on forme un groupe. Cela fait plus penser aux anarchistes espagnols et aux groupes anar il y a un siècle qu'à la culture française où l'on forme un corps social, avec notre vision républicaine où l'on permet moins le parcellement des actions. »

Marcher sur de longues distances relève également plus de la culture politique américaine, souligne le journaliste :

« Le mouvement des Indignés à Wall Street rappelle les marches pour la paix, pour les droits civiques. On se créé “ en troupeaux ” affinitaires, comme le disent les militants. »

Et que penser du rôle des réseaux sociaux ?

« C'est une nouveauté, mais j'ai du mal à apporter beaucoup d'importance à cela. La volonté d'action domine malgré tout, et dans ces conditions, on arrive toujours à communiquer.

Il me semble qu'Internet n'est pas décisif chez les Indignés : leur mouvement prouve au contraire que l'action politique ne peut exister que physiquement, sur le terrain. Leur rassemblement montre que nous sommes revenus à des formes plus incarnées d'action politique. Les réseaux sociaux ont un rôle dans l'efficacité de l'organisation, mais n'influent pas le sens politique de l'action, qui est plus traditionnel et révolutionnaire Au final, le vrai sens politique réside toujours dans la présence physique. »

Flou artistique

Pour autant, les revendications restent floues, à commencer par le nom même du rassemblement. Pour Sébastien Porte :

« L'ouvrage de Stéphane Hessel a permis de dégager un vocable qui échappe à notre vieux lexique marqué par l'idéologie du XXe siècle : être indigné, ce n'est pas la même chose que d'être rebelle, faire la révolution. Tout le monde peut être animé par le sentiment d'indignation. En mettant en avant ce mot, on enlève la dimension idéologique - qui pourrait faire peur et l'on rend acceptable la contestation politique en faisant référence à un état d'âme que tout le monde peut ressentir. A tout moment on est indigné par des choses. Cela participe donc au flou universaliste autour de leur revendication. »

La régulation des institutions financières pourrait être un dénominateur commun, mais nous restons loin des « Symbol Issue Groups », ces collectifs constitués autour d'une revendication précise (tels Jeudi Noir ou le collectif des déboulonneurs par exemple). Ici, on appelle de ses vœux une évolution de la société plus globale dans un mouvement qui participe au débat public :

« C'est un élément de plus dont doivent tenir compte les citoyens, les politique, cela fait un bruit de fond qui peut permettre de tirer le gouvernail dans un sens ou dans l'autre. Ce type d'action sans programme précis est malgré tout voué à l'échec… plus les revendications sont précises, plus on doit hiérarchiser l'organisation et prendre le risque »

Pour l'instant les Indignés se libèrent autour d'un mot d'ordre qui n'existe pas vraiment…

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Les indignés d'ici et d'ailleurs
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