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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 16:00

 

 

Source : www.mediapart.fr

Le lobby réactionnaire sévit aussi en Europe

|  Par Ludovic Lamant

 

 

 

À l'automne, ils étaient parvenus à enterrer un texte sur le droit à l'avortement. Les mêmes, à commencer par les troupes françaises de La Manif pour tous, font aujourd'hui campagne contre un rapport sur les droits LGBT, soumis au vote mardi à Strasbourg. À l'approche des européennes, certains élus de droite se montrent de plus en plus sensibles aux pressions.

Actualisation mardi midi:

Le rapport Lunacek a été adopté mardi midi à 394 voix pour, 176 voix contre et 72 abstentions. Côté français, une partie des élus UMP et UDI s'est opposée au texte, tandis qu'une autre s'est abstenue. Nous reviendrons sur ce vote dans un article séparé, d'ici la fin d'après-midi. Lire le communiqué du parlement.

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De notre envoyé spécial à Bruxelles

Après avoir vidé de son contenu un texte sur le droit à l'avortement en décembre, les ultra-conservateurs vont-ils engranger une nouvelle victoire, mardi au parlement de Strasbourg? Cette fois, l'objet de leur colère est un rapport d'initiative (non contraignant) qui propose d'élaborer une « feuille de route » pour lutter contre l'homophobie dans l'Union. Mais, sauf grosse surprise, le « rapport Lunacek », du nom d'une eurodéputée autrichienne écolo, Ulrike Lunacek, qui l'a co-rédigé, devrait être adopté en séance plénière. 

Aux côtés de la procréation médicalement assistée (PMA) ou de l'enseignement de la « théorie du genre », ce texte était devenu l'un des épouvantails brandis par la Manif pour tous, pour mobiliser ses troupes, en amont de la mobilisation de dimanche. C'est « un projet anti-famille au niveau de l'Union européenne », affirmait, dans Le Figaro, l'un des porte-parole de ce mouvement, s'inquiétant d'un « agenda global pour faire reconnaître les droits fondamentaux des personnes LGBT ». Une pétition en ligne contre le rapport Lunacek avait quasiment atteint, lundi soir, la barre des 200 000 signataires. 

À l'origine, le texte paraissait pourtant très consensuel (lire la version française ici). Il propose d'établir un plan d'action, à l'échelle de l'UE, pour protéger les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres de discriminations liées à leur orientation sexuelle. Sur le modèle des « feuilles de route » qui existent déjà à l'encontre de discriminations liées, par exemple, au sexe (« stratégie pour l'égalité homme-femme ») ou à l'origine ethnique (« stratégie d'intégration des Roms », par exemple).


Ulrike Lunacek, eurodéputée autrichienne du groupe des Verts, est rapporteur du texte. © Reuters. 
Ulrike Lunacek, eurodéputée autrichienne du groupe des Verts, est rapporteur du texte. © Reuters.

Il revient à la commission européenne de prendre ce genre d'initiative. En mai 2013, onze États membres ont fait connaître leur soutien à cette démarche, dont la France, l'Italie, l'Autriche ou encore les Pays-Bas (lire la lettre en anglais, que l'Allemagne n'a pas signée). Mais Viviane Reding, la commissaire chargée du dossier, plutôt bien disposée, en général, sur ces questions, avait alors estimé qu'il ne s'agissait pas d'une priorité à ses yeux.

Face au blocage de l'exécutif de José Manuel Barroso, des parlementaires ont choisi de mettre la pression, via ce rapport d'initiative. De l'avis de bon nombre d'observateurs, la copie est prudente. Elle liste une série de mesures contre les discriminations dans le secteur de la santé, de l'éducation ou encore au travail. Mais elle prend soin de respecter le sacro-saint principe de « subsidiarité », laissant aux États membres leur marge de manœuvre en la matière. Et ne s'aventure pas, par exemple, sur le terrain politiquement sensible du « mariage pour tous ».


 

Conséquence de cette prudence assumée : le projet de rapport a été adopté à une très large majorité, lors d'un vote en commission des libertés civiles, en décembre – 40 voix pour, deux contre, six abstentions. Les cinq premiers groupes du parlement (la droite du PPE, les socialistes et démocrates, les libéraux, les Verts et la gauche de la GUE) l'ont soutenu en bloc, ce jour-là. L'adoption du rapport, en séance plénière mardi à Strasbourg, devrait donc être une formalité.

Mais entre-temps, des conservateurs de tous bords, mêlant extrémistes religieux et militants anti-avortement, ont mobilisé contre ce texte, qui, selon eux, introduit « une nouvelle définition de l'identité humaine », basée, non plus sur l'« identité sexuée », mais sur l'orientation sexuelle, et plaide pour l'« enseignement de l'identité de genre » à l'école. Ils ont inondé, semble-t-il, les boîtes mail de leurs élus – des milliers de courriels ont été envoyés durant le seul week-end dernier, aux eurodéputés français. « J'ai reçu des tombereaux de mails, qui ne sont pas signés par des organisations, comme c'est souvent le cas d'habitude, mais par des individus, qui ont suivi des procédures très précises, copiant-collant des messages types », raconte Sylvie Guillaume, une eurodéputée socialiste qui votera en faveur du texte, lors de la séance de mardi.

Le précédent du rapport Estrela

À l'approche des élections européennes de mai, certains s'interrogent sur la stratégie des élus du parti populaire européen (PPE, droite, premier groupe de l'hémicycle). Il n'est pas exclu que des élus PPE d'Italie ou de Pologne, mais aussi quelques eurodéputés français de l'UMP, votent mardi contre le rapport. Après la mobilisation dominicale de la Manif pour tous, la tension est montée d'un cran dans les rangs de la droite française.

Sollicitée par Mediapart, l'eurodéputée Véronique Mathieu (UMP), qui s'est prononcée pour le texte lors du vote en commission, a préféré ne pas répondre à nos questions, dans l'attente d'une réunion clé de la délégation française du PPE, mardi matin à Strasbourg. « Les opposants au rapport cherchent à désinformer les élus comme le public, pour constituer un bloc d'opposition, dans le contexte des élections européennes », résume Bruno Selun, qui dirige l'inter-groupe du parlement européen sur les questions LGBT.  

L'affaire est suivie avec d'autant plus d'attention, qu'il existe un précédent spectaculaire : le torpillage en règle, à l'automne, du rapport Estrela, du nom de sa rapporteure socialiste portugaise, Edite Estrela. Il s'agissait là encore d'un rapport d'initiative, qui réclamait en particulier un accès généralisé, pour les femmes, à la contraception et à des services d'avortement sûrs. Lors de débats houleux à Strasbourg, Edite Estrela fut huée, et Bruno Gollnisch (FN) très applaudi. Après un report de deux mois du vote, sur pression des conservateurs britanniques et polonais, c'est finalement une majorité serrée (334 contre 327) qui l'a emporté à la session de décembre, pour un texte réduit à une peau de chagrin affirmant… la primauté des États sur ces questions. Et c'en fut fini du rapport Estrela.  

Le rapport Lunacek pourrait-il connaître le même sort funeste que le rapport de sa collègue socialiste ? Bruno Selun, de l'inter-groupe sur les questions LGBT, n'y croit pas : « Le rapport Estrela visait la lune : il parlait d'avortement pour tous, d'accès à la PMA, etc. Edite Estrela l'a écrit de bout en bout, sans jouer le jeu des compromis avec les autres groupes. Le travail sur le rapport Lunacek a été beaucoup plus collectif, en impliquant les cinq groupes politiques qui soutiennent la démarche. C'est donc un texte beaucoup plus consensuel », estime-t-il.

« Le débat sur le rapport Estrela ne s'est pas concentré sur le contenu du texte, mais sur le fait de savoir s'il revenait à l'Europe, ou pas, de se prononcer sur ces questions, explique la socialiste Sylvie Guillaume. Dans le cas du rapport Lunacek, c'est différent : son auteur a fait très attention à préciser ce que peut faire l'Europe, et ce qu'il revient aux États. C'est bien mieux ficelé. » Il faudrait donc se garder de rapprocher ces deux textes.

En attendant, Philippe de Villiers a déposé, pour le groupe EFD (Europe Libertés Démocratie), un amendement qui sera soumis au vote mardi, qui tente de reproduire le « coup » du rapport Estrela. Il s'en tient à quelques lignes : « Le parlement européen appelle (les parties concernées) à œuvrer dans le cadre de leurs compétences respectives, en faveur de la pleine jouissance de l'ensemble des droits fondamentaux pour tous les citoyens. » Difficile de dire, en l'état, combien d'élus se risqueront à le voter, mais des élus français de l'UMP pourraient soutenir la motion.

Ces chantiers s'ouvrent à Strasbourg alors que l'Espagne débat d'une proposition de loi anti-IVG du gouvernement Rajoy, que les mobilisations en défense de l'IVG, en réaction, surgissent en Espagne comme en France, et que l'exécutif français reporte son projet de loi sur la famille, sous la pression de la Manif pour tous. Ces débats sociétaux bouillonnants s'annoncent comme l'un des pivots des élections à venir – une petite surprise, pour ceux qui s'attendaient à ce que la gestion de la crise économique, et la lutte contre le chômage en Europe, accaparent toutes les discussions de la campagne électorale.

Pour l'eurodéputée néerlandaise Sophia In't Veld, du groupe des libéraux (auquel est rattaché le Modem, de François Bayrou), il y aurait même dans ces contestations réactionnaires matière à se réjouir, y compris pour le camp progressiste : « Cet activisme conservateur montre clairement que l'UE n'est plus une simple union douanière ou exclusivement un marché intérieur. Cela montre que le débat sur la dimension éthique des politiques de l'Union a véritablement débuté. »

 

 

 

 

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 


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