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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 14:10

| Par Pierre Puchot


Le Caire, de notre envoyé spécial

Place Tahrir, dans la nuit de mardi à mercredi.  
Place Tahrir, dans la nuit de mardi à mercredi.© (P.Puchot)

Ils sont toujours là, par dizaines de milliers, et cette nuit la place Tahrir a des airs de cour des miracles. On y trouve tous les milieux, tous les âges : des familles au complet, des personnes âgées, des handicapés, des vendeurs de maïs, de mouchoirs, de thé... Mardi soir, plusieurs heures après le discours du maréchal Tantaoui, qui a tenté de mettre fin à quatre jours d'émeutes qui ont fait plus de trente morts, il y a encore beaucoup de monde, davantage qu'en juillet, date des dernières manifestations de masse.

Le chef militaire, représentant du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige de fait le pays depuis la chute de Moubarak, a annoncé quelques concessions aux manifestants et, en particulier, l'organisation d'une élection présidentielle «avant la fin juin 2012». Il a aussi précisé que l'armée était prête à organiser un référendum sur le transfert du pouvoir aux civils. «L'armée ne veut pas le pouvoir», a-t-il assuré.

Celui qui a été durant vingt ans l'un des principaux ministres de l'ancien président Hosni Moubarak a également confirmé la tenue des élections législatives à partir du 28 novembre. Ces élections doivent s'échelonner sur plusieurs semaines tant leur organisation se révèle complexe. Ces annonces du maréchal Tantaoui ont été faites juste après l'annonce de la démission du gouvernement nommé en mars et conduit par Essam Charaf. Dans la journée, des consultations ont eu lieu entre le commandement militaire et les différentes forces politiques, dont les Frères musulmans. Mohamed El-Baradei, prix Nobel de la paix en 2005 et opposant à Moubarak, ferait figure de favori pour remplacer M. Charaf au poste de premier ministre.

Mais le discours du maréchal Tantaoui n'a aucunement désamorcé la colère des manifestants de la place Tahrir. Plusieurs milliers d'Egyptiens se sont entassés ici, certains depuis plusieurs jours, à même le sol, parfois munis de couvertures. Du haut de son promontoire, Nassim lance une barre chocolatée en guise de bienvenue dans ce qu'il considère être désormais la «nouvelle révolution égyptienne».

Emmitouflé dans une lourde couverture orange et noir, le jeune homme désigne sa jambe enserrée dans un bandage : «J'ai reçu ça en cadeau cette semaine : je courais, ma jambe a été à moitié écrasée par une moto pendant que la police attaquait. Je suis là avec mon frère, on ne bougera d'ici.» 

A quelques pas d'eux, Hassan, 82 ans, se tient droit, immobile, assis sur sa chaise. Il n'était pas là pour les premières manifestations, mais craint désormais pour ses enfants, pour sa famille, redoute que les espoirs qui les portent depuis des mois ne s'évanouissent tout à fait.  Passé minuit, les couples et les familles se font rares, ce sont davantage les jeunes qui continuent de déambuler, et de commenter le discours du jour.

Lotfi travaille habituellement dans un hôtel à Charm El-Cheikh. La saison touristique n'a pas été bonne, et depuis la fin septembre, il est au Caire, où réside sa famille : «On a perdu sur tous les plans : économique, politique, et au niveau de la justice. Personne ne gouverne, et le conseil de l'armée fait ce qu'il veut. On a vu, depuis quatre jours, ce dont ils sont capables. Ils nous tirent dessus, ils nous asphyxient, ils nous tuent. Il n'y a rien de plus à dire, les choses sont simples : il faut nous débarrasser de ces gens-là.»

Place Tahrir, dans la nuit de mardi à mercredi.
Place Tahrir, dans la nuit de mardi à mercredi.© (P.Puchot)


«Mourir à petit feu»

 

Place Tahrir, dans la nuit de mardi à mercredi.  
Place Tahrir, dans la nuit de mardi à mercredi.© (P.Puchot)

Il y a ceux, aussi, qui restent pour porter secours aux blessés. Hicham, 41 ans, pharmacien, distribue des bandages et du sérum physiologique: « Tantaoui se moque de nous, il nous prend pour ses chiens, éructe-t-il. Qu'a-t-il dit aujourd'hui ? Que le pouvoir demeurerait encore pour plusieurs mois entre ses mains. Nous n'en voulons plus, et nous n'avons que faire de l'annonce d'un nouveau président : nous avons simplement droit à un gouvernement qui nous représente, qui fasse appliquer la justice, et les objectifs de cette révolution que les militaires font mourir à petit feu.»

Dans l'avenue Mohamed-Mahmoud, où se tient la police anti-émeute, une détonation, puis un mouvement de foule, et une nouvelle vague de gaz... Dans les rues adjacentes, les manifestants entrent et sortent du brouillard, se tenant les yeux et la bouche, couverte d'un petit masque blanc ou d'un masque à gaz. Sur la place, les manifestants refluent, puis reprennent leur position.

Ici, vingt jeunes défilent en hurlant à tue-tête, réclament justice pour leur frère, l'un des martyrs tués quelques jours plus tôt, dont ils exhibent le portrait. Là, un petit groupe discutent autour d'un cheikh. A côté d'eux, trois jeunes « islamistes » (largement minoritaires sur la place) veillent à ce que rien ne vienne perturber l'échange. Au milieu de la place, sur le terre-plein, dans des tentes faites de bâches en plastique et de draps blancs, des bénévoles soignent et donnent à manger à ceux que les jours passés au milieu des effluves de gaz lacrymogène ont complètement épuisé.

Parfois, une ambulance traverse la place, emportant un blessé. «Vous voyez, explique Nassima, 25 ans, les analystes de ce pays expliquent que l'armée est le dernier recours, car il n'y a plus rien qui tient debout dans ce pays. Ils craignent le chaos. Mais regardez : nous y sommes, dans ce chaos, et il faut maintenant reconstruire sur les bases de cette révolution. C'est ce que le conseil de l'armée devait faire, nous permettre d'avoir une nouvelle constitution. On a voté pour cela. Mais depuis, rien : on attend toujours qu'il nous rende justice.»

Place Tahrir, dans la nuit de mardi à mercredi.  
Place Tahrir, dans la nuit de mardi à mercredi.© (P.Puchot)

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