Vendredi 12 octobre 2012 5 12 /10 /Oct /2012 19:54

 

 

LE MONDE | 12.10.2012 à 10h37 • Mis à jour le 12.10.2012 à 14h20

Par Gérard Davet et Fabrice Lhomme

 
Les juges d'instruction de Bordeaux ont interrogé Philippe Courroye sur ses liens avec Nicolas Sarkozy.

Le procès-verbal pourrait faire date. Une journée entière, l'un des magistrats les plus célèbres de France, Philippe Courroye, a dû répondre aux questions insistantes, parfois même humiliantes, de deux de ses collègues : les juges d'instruction de Bordeaux l'ont contraint à s'expliquer sur sa conduite de la procédure Bettencourt et sur ses liens avec l'ex-chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy.

Interrogé en qualité de témoin, le 2 octobre, par Cécile Ramonatxo et Valérie Noël, qui enquêtent avec Jean-Michel Gentil sur les abus de faiblesse commis au préjudice de Liliane Bettencourt, M. Courroye, procureur de Nanterre entre 2007 et 2012, a été sommé de rendre des comptes. L'ex-juge d'instruction n'a guère apprécié... Après avoir déploré d'avoir été convoqué via "une citation à comparaître par huissier", alors qu'il aurait été "plus courtois et plus simple de [le] contacter directement", M. Courroye a lâché : "Je ne suis pas là pour justifier la position du parquet de Nanterre sur telle ou telle décision au jour le jour." C'est pourtant précisément ce qu'il lui a fallu faire.

Celui qui est, depuis août, avocat général à la cour d'appel de Paris a d'abord dû s'expliquer sur ses liens avec M. Sarkozy. "Je connais Nicolas Sarkozy depuis une douzaine d'années, j'ai fait sa connaissance à titre privé par des relations communes", a-t-il indiqué. "Je le vois depuis une à trois fois par an pour évoquer des sujets généraux et institutionnels. Ce sont des rencontres privées. (...) Je ne dirais pas que nous avons des relations amicales, mais personnelles. Pour moi, l'amitié correspond à la définition d'Aristote, 'une seule âme en deux corps', ce qui n'est pas le cas de figure", a-t-il ajouté.

Il y a aussi ses relations avec Patrick Ouart et Jean-Pierre Picca, conseillers justice de M. Sarkozy à l'Elysée entre 2007 et 2012... Les juges lui expliquent avoir "constaté que différents événements ou certaines phases de 'l'affaire Bettencourt' se superposaient ou concordaient avec des contacts ou des réunions" entre lui-même et MM. Ouart et Picca, voire Me Thierry Herzog, l'avocat de l'ancien président.

"Il n'a jamais été question de cette affaire dans mes rencontres avec M. Sarkozy, M. Ouart ou M. Picca", a contesté l'ancien procureur. Il a par ailleurs mis en doute, à plusieurs reprises, l'existence de visites à l'Elysée pourtant répertoriées sur les agendas présidentiels sous les initiales 'Ph C' : "Je ne sais pas si je suis le 'Ph C' qui figure sur l'agenda, il y en a peut-être d'autres." Piqué, l'orgueilleux magistrat s'est défendu par antiphrases: "Vous n'imaginez pas M. Nicolas Sarkozy ou M. Ouart m'interroger sur des affaires que je pouvais traiter.Vous m'imaginez encore moins moi-même répondant à des questions sur ces affaires ou prenant des 'instructions'. Le penser serait même outrageant." Cela semble pourtant le cas, à en croire les questions des juges.

 

"JE NE SUIS PAS LE SEUL HAUT MAGISTRAT QUE LE PRÉSIDENT A DÉCORÉ"

"Mes relations avec Nicolas Sarkozy n'ont jamais porté sur aucune affaire que je traitais", a protesté M. Courroye, ajoutant même spontanément : "Je vais être plus précis, M. Nicolas Sarkozy ne m'a jamais parlé du financement de sa campagne et je ne lui en ai jamais parlé." Pourtant, les juges semblent postuler que l'attitude du parquet de Nanterre a évolué dans la gestion du dossier Bettencourt à partir du moment où celui-ci a menacé d'éclabousser M. Sarkozy. Elles notent ainsi cruellement, à propos de son attitude dans la procédure, en juin 2009 : "A cette époque-là, il semble que vous agissiez de votre initiative." Encore plus sévères, elles stigmatisent le peu d'entrain manifesté par le parquet à partir de juin 2010 (et la révélation des enregistrements pirates effectués chez Liliane Bettencourt) pour suivre la piste du financement politique illicite, notamment les retraits en espèces pour plusieurs millions d'euros effectués à Genève via le gestionnaire de fortune de Mme Bettencourt, Patrice de Maistre.

"Nous sommes étonnées que ces remises de fonds effectuées par Me René Merkt [un notaire] à Liliane Bettencourt à la demande de Patrice de Maistre n'apparaissent pas dans les investigations que vous avez effectuées en Suisse. (...) Comment expliquez-vous que vous ayez 'omis', 'occulté', ces remises d'argent ?", ont ainsi lancé les juges. "Je suis surpris de ce que vous dites parce que je crois que si, au contraire, il y a une phase rapide et concrète, ce sont les investigations que j'ai effectuées en Suisse", a plaidé M. Courroye.

Les questions suivantes, évoquant un nouveau rendez-vous – "à l'évidence discret" notent les juges – avec M. Sarkozy, en septembre 2010, sont lourdes de sous-entendus: "Comment se fait-il que le procureur de Nanterre se déplace en personne [à Genève] dans le cadre d'une affaire qui une fois encore et en tout cas à ce stade et en façade ne concerne que des particuliers ? Pourquoi ce rendez-vous avec Nicolas Sarkozy avant votre départ pour la Suisse ?" "Je suis allé moi-même en Suisse parce que je connaissais le magistrat suisse et cela pouvait faire aller les choses plus vite", s'est défendu le magistrat, contraint de s'expliquer aussi sur sa décoration le 24 avril 2009 de l'ordre national du Mérite. "Qui vous a remis cette distinction ?", ont lancé les juges. "Le président de la République", a-t-il lâché.

Ce jour-là, Nicolas Sarkozy l'avait présenté comme son "ami" et avait déclaré : "On nous reproche de nous connaître, mais cela ne l'a pas empêché de faire son métier ni moi le mien." Aux juges, M. Courroye a tenu à préciser : "Je ne suis pas le seul haut magistrat que le président a décoré. J'ai souvenir qu'il a décoré des hauts magistrats du siège ainsi qu'une collègue de l'instruction."

Gérard Davet et Fabrice Lhomme

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Informations diverses
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