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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 13:26

Le Monde - 08 décembre 2011

Mon premier numérise des photos de familles. Ma deuxième nettoie les bureaux. Mon troisième recycle les CD. Mon tout crée de l'emploi dans un quartier populaire où le taux de chômage dépasse les 15 %*.

De gauche à droite : Edouard Haag (Kubosphere), Ndella Diakhate (Nett'Bio), Denis David (Coldisk). © Elodie Ratsimbazafy

De gauche à droite : Edouard Haag (Kubosphere), Ndella Diakhate (Nett'Bio), Denis David (Coldisk).

Edouard Haag, Ndella Diakhate et Denis David ont choisi d'installer leur petites entreprises dans la pépinière de la cité des 4 000 de La Courneuve. La structure a pour vocation d'aider les créateurs d'entreprise, en les accompagnant sur le plan technique (marketing, comptabilité, ...) comme dans la recherche de financements. Les 25 entreprises qui y sont hébergées pour une durée maximale de quatre ans bénéficient également de la proximité du RER B — deux stations pour gagner le centre de Paris — et des exonérations fiscales (sur les charges sociales et l'impôt sur les bénéfices notamment) qu'offre la zone franche urbaine qui couvre tout le quartier. En retour, celles qui comptent plus de trois salariés doivent embaucher 1/3 de leurs effectifs parmi les habitants de la zone urbaine sensible.

Mais ce ne fut une contrainte pour aucun de nos trois entrepreneurs : l'entreprise d'Edouard Haag ne compte que 2 salariés, celle de Denis David, un seul, mais ces trois employés vivent aux 4000. Quant à Ndella Diakhate, la totalité de son personnel vit dans les quartiers populaires de la communauté d'agglomération.

"Un jeune entrepreneur a aussi envie d'apporter quelque chose à la société"

La première fois qu'il est arrivé aux 4000, Édouard Haag a eu la même réaction qu'Annie 40 ans plus tôt : "J'ai ouvert de grands yeux ! Ayant grandi dans un village en Alsace, je n'étais pas habitué à voir de grandes barres HLM." C'était en octobre 2010, il venait alors rencontrer l'équipe de la pépinière d'entreprises pour exposer son projet : "Kubosphere", un nouveau genre de site de partage de photos, qui propose également de numériser les photos papier de ses clients.  

Kubosphere propose de numériser tous travaux photographiques argentiques (photos papier, négatifs, diapositives). © Elodie Ratsimbazafy

Kubosphere propose de numériser les travaux photographiques argentiques (photos papier, négatifs, diapositives).

"Après avoir visité plusieurs pépinières en Île-de-France, à Issy-les-Moulineaux, Sèvres ou Paris, c'est pour La Courneuve qu'on a eu le coup de cœur ! Plusieurs intérêts ont convergé, économiques pour la société, et puis des intérêts peut-être plus spirituels : quand on est jeune entrepreneur, on a aussi envie de s'engager, d'apporter quelque chose à la société". Il s'est rapidement affranchi de la mauvaise réputation du quartier. "Quand on n'y est jamais allé, on a une image un peu construite par les médias, de voitures qui brûlent, de jeunes cagoulés qui veulent vous voler... Ce n'est pas ça, la Courneuve !"

Lancée en janvier "avec un petit scanner dans un coin", l'activité de numérisation connaît un vif succès, si bien que le site de partage est repoussé à 2012. Dès avril, Édouard embauche un premier salarié : Abdel, qui vit au Mail, juste derrière la pépinière. "Ça peut paraître discriminant mais le fait qu'il habite juste à côté a été un critère de sélection. Je trouve malsain de passer trop de temps dans les transports en commun, et en plus la proximité permet plus de flexibilité en cas de besoin." Il y a trois semaines, Édouard a embauché un deuxième salarié, Arphine, également du Mail.

"Si nos clients nous choisissent, c'est qu'ils épousent nos valeurs"

Nett'Bio, l'entreprise de nettoyage de Ndella Diakhaté est installée dans le bureau d'en face. Née au Sénégal, la jeune femme a grandi dans une "autre banlieue", dans le Val-de-Marne. Faire le ménage dans les bureaux, elle sait ce que c'est : c'est comme ça qu'elle a financé son école de commerce. Elle a délibérément installée sa société dans un quartier populaire. "C'est là que vivent la plupart des salariés de ce secteur. Au moins, nous sommes près d'eux, ils peuvent passer, savent où me trouver. Cela crée du lien" explique-t-elle. Tous ses employés habitent dans la communauté d'agglomération, deux aux 4000. Elle accueille également régulièrement des lycéens, comme Sriram, et Joris, en Bac Pro comptabilité qui partagent son bureau ce matin-là : "Je sais combien cela peut-être difficile pour les jeunes de ces quartiers de trouver ces stages en entreprise."

Ndella Diakhate

Ndella Diakhate

Ndella a choisi d'inscrire son entreprise dans une démarche de respect de l'environnement : tous les produits d'entretien qu'utilisent ses employés ont le label écologique européen. Mais son entreprise a une autre particularité : celle d'avoir une réflexion sur les conditions de travail dans ce métier difficile, où l'on commence souvent aux aurores, avant l'ouverture des bureaux, et où l'on finit tard le soir, après leur fermeture. "Chez nous, les salariés ont des horaires de journée. Je trouve que c'est essentiel de leur permettre d'avoir une vie de famille. Pour eux c'est une motivation supplémentaire de travailler chez nous. Et pour nos clients aussi : s'ils nous choisissent c'est qu'ils épousent nos valeurs, parce que justement nous portons quelque chose de plus que les grandes entreprises du nettoyage" explique Ndella.

A Nett'Bio, les produits d'entretien sont écologiques, et très concentrés, d'où un dosage méticuleux (à g.) ; les produits sont répartis selon un code couleur (au centre), accompagné de pictogrammes au dos des bouteilles (à dr.), destinés aux salariés qui ne savent pas forcément lire. © Elodie Ratsimbazafy

A Nett'Bio, les produits d'entretien sont écologiques et très concentrés, d'où un dosage méticuleux (à g.) ; les produits sont répartis dans les bouteilles selon un code couleur (au centre), et différencié par des pictogrammes (à dr.), destinés aux salariés qui ne sauraient pas ou mal lire.

Quand elle devra quitter la pépinière, elle espère pouvoir installer son entreprise dans les environs. De nouvelles embauches sont prévues dans les années à venir. Début novembre, elle a été récompensé du prix "Créatrices d'avenir" dans la catégorie "entreprendre dans nos quartiers" pour sa démarche "sociétale et environnementale". Elle avait reçu en 2010 le prix "France Initatives".

"Je veux redonner de l'importance à l'humain"

L'activité de Denis David commence à peine : ses machines ne sont pas encore arrivées ! Pourtant, il a déjà recruté un salarié, à mi-temps pour le moment, en attendant d'accroître sa charge de travail. Soucieux de la préservation de l'environnement, il a fait un jour un constat simple : il n'existait aucune filière pour recycler les CD et DVD, lesquels nous vous le rappelons, ne sont pas les bienvenus dans les poubelles à plastique. "Pourtant, entre le disque et la boîte, c'est 90 à 100 % de plastique recyclable" explique-t-il. Qu'à cela ne tienne, il fait une étude de marché, et décide d'inventer la filière en France en créant Coldisk.

Installée au rez-de-chaussée de la pépinière, Coldisk collecte CD, DVD et boîtiers pour les recycler. © Elodie Ratsimbazafy

Installée au rez-de-chaussée de la pépinière, Coldisk collecte CD, DVD et boîtiers pour les recycler.

Né dans un village de la banlieue nantaise, il a découvert les zones urbaines sensibles par le biais de ses études d'urbanisme. Il a eu envie de dépasser le "fantasme" qui entoure ces quartiers, travaillant plusieurs années sur le quartier de la dalle, à Argenteuil (Val d'Oise). Quand il crée son entreprise, il choisit de la placer dans le champ de l'économie sociale et solidaire. Il organise toute sa filière dans le respect de l'environnement et pour favoriser le développement des entreprises locales : il commande la fabrication de ses boîtes à collecter les CD au menuisier installé dans l'atelier voisin du sien. Parallèlement, il signe un partenariat avec l'association Jade pour accueillir des salariés en démarche d'insertion. "C'est l'idée que je me fais de ce qu'est une entreprise du XXIe siècle, explique-t-il tranquillement, de sa voix douce. Je veux redonner de l'importance à l'humain. Gagner beaucoup d'argent n'est pas ma priorité n°1".

Avant de partir au recyclage, les matériaux sont triés. © Elodie Ratsimbazafy

Avant de partir au recyclage, les matériaux sont triés. © Elodie Ratsimbazafy

D'ici 2 ans, ce sont 10 à 20 personnes qu'il pourrait employer s'il trouve assez de clients. Canal +, Alsthom, ont déjà commencé à travailler avec lui.

Mais si les collectivités locales le suivent et établissent des contrats durables avec lui, comme elles le font avec les mastodontes Véolia ou Derichebourg pour le ramassage des ordures ménagères, c'est une manne importante d'emplois qui pourraient s'ouvrir dans ces quartiers. "Je discute avec beaucoup de médiathèques qui d'un côté jettent beaucoup de CD, et de l'autre en achètent énormément. Nous leur disons : travaillez avec nous, laissez-nous collecter vos CD et vous fournir des boîtes de CD recyclées. Vous ferez des économies, en argent et en énergie. Et vous créerez de la plus-value : du travail sur vos territoires qui en manquent" développe-t-il. "L'Etat dépense tant d'argent pour payer le chômage. Pourquoi ne pas investir dans une filière verte qui génèrerait des emplois ?"

Il se dit parfois que la pépinière est un peu une bulle dans le quartier, qu'il faudrait plus de lien avec les habitants qui n'y sont pas salariés. "Mais en même temps, ce dont ont d'abord besoin les gens ici c'est de boulot ! Et c'est cela qu'on apporte".

Denis David accueille un livreur qui lui apporte une palette de 600 kilos de CD. La livraison se fait à l'arrière de la pépinière, entre le

A.L & E.R

*Taux pour l'année 2009 - Source : Plaine Commune

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