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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 12:30
Rue89 - Tribune 26/11/2011 à 17h28

M. et Mme Patricot

Parents d'un enfant handicapé
 

Pour ce couple à la recherche d'un centre pour leur fils polyhandicapé, l'Etat peut profiter de l'engouement du public pour mieux livrer les familles à elles-mêmes.

Nous, parents d'un jeune homme polyhandicapé et sourd, avons obtenu, il y a quelques jours, une audience auprès d'un membre du cabinet de Monsieur Dominique Baudis, Défenseur des droits.

Nous étions reçus suite à un courrier que nous avions envoyé dénonçant le manque de structure d'accueil pour les jeunes polyhandicapés sourds, mais aussi le manque d'accompagnement des familles.

Après un entretien d'une heure et quart, nous avons compris que nous n'avions rien à faire là, que des droits, nous n'en avions pas.

En effet, la démonstration a été faite sous nos yeux d'un désengagement assumé et volontaire de l'Etat sur les questions du handicap. Voici ce que nous avons entendu : que nous étions seuls responsables – voir coupable – de ce jeune homme handicapé.

Nous avons entendu que dans les années 80, les mères des handicapés ne travaillaient pas et montaient les structures d'accueil nécessaires car, à cette époque, les parents étaient plus entreprenants. Ce qui était sous-entendu, c'est que nous ne faisons rien, et que nous attendons tout des autres (voir de l'Etat).

La langue des signes moins pratiquée

Certes, cela ne nous a pas vraiment étonnés. Depuis deux ans, nous cherchons un lieu d'accueil susceptible de recevoir notre fils. Il n'y a aucune place nulle part (et, en plus, la langue des signes est rarement pratiquée dans les centres de jour pour polyhandicapés).

Depuis deux ans, nous sommes témoins du désengagement progressif de l'Etat et d'un désintérêt de tous les politiques pour la question. Les crédits disparaissent ou, mieux, sont transférés vers des causes plus lucratives que le handicap : la vieillesse ou la maladie d'Alzheimer.

D'ailleurs, à l'occasion de la primaire socialiste, nous avons adressé un courrier à tous les candidats et à des dizaines de députés de gauche comme de droite... Ce courrier n'a reçu aucune réponse.

A la fin de l'entretien, et alors que nous allions partir, notre interlocutrice nous a tendu un article du quotidien Aujourd'hui sur le succès du film « Intouchables ». C'est sur cela que nous nous sommes quittés.

Ce film est un merveilleux filtre de la réalité

L'engouement pour ce film, qui sert même de modèle dans les plus hautes sphères de l'Etat, pose quelques questions que nous voudrions aborder ici.

Pourquoi ce film a-t-il autant de succès ? Avançons quelques hypothèses.

Tout d'abord le film raconte l'histoire d'un homme riche, travaillant dans le luxe, qui se retrouve arrêté dans sa course et paraplégique. Le public adore. Il peut s'identifier, se dire que cela peut arriver à tout le monde...

Inutile de vous dire que jamais ce film n'aurait pas eu autant de succès si l'handicapé l'avait été de naissance (ça, ça n'arrive qu'aux autres).

Ensuite il est riche, donc il peut se payer l'aidant qu'il veut, celui qui le fera vibrer et lui permettra toutes les folies dont il rêve. Là aussi, sa richesse plaît, elle soulage. Car, qui voudrait voir ou savoir que les handicapés sont, dans la réalité, maintenus en dessous du seuil de pauvreté ?

Pour conclure, il nous semble, sans pour autant nier le plaisir que certains peuvent y prendre, que ce film est un merveilleux filtre de la réalité. Une ode aux « soignants-naturels » que l'Etat rêve de voir proliférer pour mieux se désengager. Un filtre qui donne bonne conscience et qui permet au spectateur de ne pas voir ce qui se trame en coulisse.

Car, même si le film raconte une partie d'une histoire vraie (j'imagine que cet homme a souffert, même si cela n'est guère montré) la réalité d'un très grand nombre de personnes handicapées est tout autre : précarisation, absence de structure d'accueil, isolation, dépression.

 

 

« Intouchables », un monde irréel pour une France fatiguée

Le battle Rue89 - Causeur 10/11/2011 à 09h00

Pascal Riché

Redchef Rue89

 

Inspiré d'une histoire vraie, ce conte moderne, interprété par François Cluzet et Omar Sy, remporte un grand succès dans les salles de l'Hexagone.

« Intouchables » est une excellente comédie. J'ai ri, j'ai apprécié le jeu des acteurs, la drôlerie d'Omar Sy, et la tendresse qu'elle déverse à grands flots sur les spectateurs... J'en suis ressorti heureux. Mais tout en m'interrogeant : pourquoi ce film marche-t-il si bien, au point d'être applaudi dans les salles ? Déjà près de deux millions d'entrées ! Quelle corde touche-t-il donc dans la France de 2011 ?

Rue89 - Causeur, le Battle : septième round

Chaque semaine pendant la campagne, Yahoo confronte les éditos de Rue89 et Causeur sur un même thème. Cette semaine, Pascal Riché contre Elisabeth Lévy répondent à la question : peut-on toucher à « Intouchables » ?

 

L'explication ne saute en effet pas aux yeux. Il s'agit d'une comédie simple, avec une vague toile de fond sociale : l'histoire d'une amitié entre un « jeune chômeur des banlieues » (Omar Sy, du « Service après-vente des émissions » de Canal +, plus si jeune, en fait) et un quinqua milliardaire tétraplégique (François Cluzet, impeccable dans le film).

Le tétraplégique et le paralysé social sont deux parias, chacun à leur manière : intouchables, donc, et évidemment touchants. Le jeune Driss a connu une réalité dure (abandon par ses parents, trafic de drogue, prison...) mais c'est du bon pain. On ne sait pas trop comment l'autre, Philippe, est devenu ultra-riche – probablement un héritier – mais c'est un type ouvert et épris de liberté.

Histoire vraie et conte de fées

Tout cela ne tient pas debout, évidemment. Mais la ruse des réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache, c'est d'avoir bâti ce scénario sur une histoire vraie. Impossible de crier à la caricature, pensez ! Cette histoire a vraiment eu lieu entre Philippe Pozzo di Borgo, ancien directeur des champagnes Pommery et Abdel Sellou, un ex-délinquant élevé dans une cité en banlieue.

En réalité, si ce film plaît tant, c'est parce qu'il présente une histoire aussi éloignée que possible de notre réalité concrète. Elle se passe dans un univers parallèle : un monde qui n'existe pas.

Il y a certes une crise, qui ressemble à la nôtre, mais elle est simplifiée, caricaturée, sublimée. Il y a certes des classes (avec des très-très riches et des très-très pauvres), mais ne cherchez pas de lutte les confrontant...

La vie chez Philippe le riche est douce et enviable : chacun des employés de maison est plutôt sympa. Le spectateur, finalement, y est bien. On sourit, lové dans cet univers ouaté.

Le jeune Driss, employé par l'autre, ne se révolte jamais (le vol d'un œuf de Fabergé, qu'il rendra, n'est qu'un larcin atavique). Il apprécie la douceur de la baignoire en nacre et se contente de se moquer tendrement du bourgeois et de ses codes culturels. Ouvert, ce dernier le prend très bien. On est dans un conte de fée.

Le parler « cash » de Driss

A y repenser, les « comédies sociales » à succès, ces temps-ci, sortent de la même matrice : on confronte deux faux mondes sociaux qui s'ignorent habituellement, et ce « choc » se passe merveilleusement. C'est « Bienvenue chez les Ch'tis » de Dany Boon (le monde des Ch'tis est pour le coup sans classes, sans entreprises privées, sans modernité... complètement fantasmé) ; c'est encore « Les Femmes du 6e étage » de Philippe Le Guay (où un riche, joué par Fabrice Luchini, retrouve le goût de la vie au contact de femmes de ménage espagnoles)...

Dans ces mondes parallèles, tout le monde est gentil, ce qui permet de se parler franchement, un vrai luxe. Qui dans le monde réel peut parler « cash » sans susciter agressivité ou dégoût ?

Dans « Intouchables », Driss parle cette langue magique qu'est le « non-politiquement correct », et cela fait tellement de bien. Par exemple, nous sommes (moi compris) ravis d'entendre Driss dire que telle femme est « bonne », ou se moquer des handicapés bavant du Téléthon ou encore hurler de rire, au début d'un opéra ( »Der Freischütz »), en découvrant un arbre qui chante (et en allemand).

L'espoir timide de Philippe

La France d'aujourd'hui, pour rire, n'a besoin de rien d'autre. Cette France qui applaudit aux « Intouchables » est fatiguée. Elle se désintéresse des « Indignés » qui tentent d'occuper La Défense. Aux « primaires citoyennes », elle choisit de voter « gauche molle ».

C'est une France à l'image de Philippe, le tétraplégique du film : immobile, impuissante, vieillissante. Et accrochée au rêve improbable qu'un jour, quelqu'un ou quelque chose viendra sans brutalité la réveiller.

 

 

 

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