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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 20:35

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Pékin reste inflexible face aux manifestants à Hong Kong

|  Par Jérôme Hourdeaux

 

 

 

Les autorités chinoises tentent d'imposer une réforme électorale qui assurerait l'élection de dirigeants pro-chinois lors des élections prévues en 2017 dans la région. Face à une mobilisation dispersée, des étudiants au mouvement Occupy Central, Pékin joue le pourrissement de la situation.

C’est une drôle de guerre que se livrent les autorités chinoises et les manifestants hongkongais qui, depuis plusieurs mois, manifestent pour réclamer l’organisation d’élections libres dans la « région administrative spéciale » en 2017.

Ce mercredi 1er octobre, jour de fête nationale, devait être un des points culminants de la mobilisation et notamment du mouvement « Occupy Central » installé en plein cœur du quartier des affaires. Après les affrontements du week-end dernier, beaucoup s’attendaient d’un côté à un afflux de manifestants, et de l’autre à une répression accrue de la part des forces de l’ordre. Pour la troisième nuit consécutive, plusieurs milliers de manifestants se sont mobilisés et ont tenté de se rendre sur la place Golden Bauhinia, site historique hautement symbolique où devait se dérouler une cérémonie de levée des couleurs pour marquer le 65e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine.

Mais, comme lors des précédents rassemblements, les opposants ont évité les dérapages. Comme le rapporte le New York Times, cette « révolution des parapluies », surnom donné par les médias en référence aux parapluies que les manifestants utilisent pour se protéger des gaz lacrymogènes, est une « insurrection diligemment propre, extrêmement polie et scrupuleusement pacifique ». Dans la matinée, des manifestants ont procédé au nettoyage des abords des campements installés dans la ville, mis en place des barrières métalliques pour éviter les affrontements avec la police et même placé des affiches sur lesquelles ils s’excusent auprès des passants pour la gêne occasionnée par leur mouvement… « Nous voulons juste nettoyer la zone et réduire la nuisance pour les gens. Nous voulons montrer que nous sommes bien éduqués et pas des barbares », explique au New York Times l’un d’entre eux.

Des manifestants avec des pancartes "Restez calmes", le 1er octobre 
Des manifestants avec des pancartes "Restez calmes", le 1er octobre

De leur côté, les autorités chinoises se refusent toujours à réprimer directement le mouvement. Certes, certains militants ont à nouveau été interpellés en amont de cette journée de mobilisation et les réseaux sociaux sont toujours en partie censurés. Mais jusqu'à présent, la stratégie de Pékin semble se limiter à circonscrire la menace démocratique, à éviter qu’elle ne se propage, et à laisser les autorités locales gérer ce mouvement de contestation en espérant son pourrissement. Car le mouvement « Occupy Central » est loin de faire l’unanimité à Hong Kong où beaucoup estiment avoir plus à perdre dans un conflit ouvert avec le tuteur chinois. C’est notamment le cas d’une partie du milieu des affaires qui reproche aux manifestants de mettre en péril l’économie de la région. « Le gouvernement peut tolérer le blocage de trois, quatre ou cinq zones et voir comment les manifestations se déroulent. Donc, le seul moyen pour les manifestants d’avancer, c’est de se lancer dans une escalade, de l’étendre à plus d’endroits, et alors ils pourraient ne plus maîtriser le mouvement, ou risqueraient de devenir violents », explique au New York Times une source « profondément impliquée dans le processus décisionnel au sein du gouvernement de Hong Kong. » « Ils savent mieux que nous qu’il perdrait tout soutien en une nuit », prévient-il.

Face à l’intransigeance de la Chine et à la division de la société hongkongaise, certains prédisent déjà un essoufflement puis un échec de ce mouvement, contrairement aux précédents.

En 2003, des centaines de milliers de manifestants avaient réussi à obtenir le retrait d’un projet de loi « anti-subversion » et la démission du ministre de la sécurité intérieure. En 2012, c’est un projet visant à introduire des cours d’éducation morale et patriotique dans les écoles qui avait été mis en échec. Mais cette fois, l’enjeu est beaucoup plus important. D’un côté, la Chine veut à tout prix éviter un nouveau Tienanmen, de l’autre, il est hors de question pour elle de laisser s’introduire sur son territoire ce qu’elle qualifie de version « occidentale » de la démocratie.

« Nous l’avons déjà fait en 2003. Puis de nouveau en 2012 », écrivait fin septembre le journal anglophone South China Morning Post. « Sauf que la situation actuelle présente une différence majeur : en 2003 et 2012, les manifestants dénonçaient des décisions domestiques qui ne concernaient que Hong Kong. Cette fois, le gouvernement central est l’un des principaux acteurs » (…). « Le centre ne peut pas accepter de compromis. Ce serait pire que de perdre la face. Son prestige et donc sa capacité à maintenir son contrôle sont en jeu. Contrairement aux bras de fer précédents, l'opposition démocratique de Hong Kong est aujourd'hui un défi direct à l'autorité du gouvernement central. ». Or, affirme le journal, « l’empereur, lui, ne recule jamais ».

« Aimer le pays et aimer Hong Kong »

Le statut de la « région administrative spéciale » est un sujet particulièrement sensible pour la Chine. Depuis que Pékin a repris le contrôle de Hong Kong, en juillet 1997 après 150 ans de protectorat britannique, les autorités font tout pour donner des gages de respect de droits de l’homme à la communauté internationale, tout en évitant que son statut particulier ne donne des idées d’émancipation au reste de la Chine.

Pour cela, Pékin avait théorisé et accepté le principe de « un pays, deux systèmes » permettant à la « région administrative spéciale » de conserver un minimum de libertés, tout en sauvant la face. En dehors des questions de défense et de diplomatie, la ville est ainsi restée une sorte d’entité à part avec sa monnaie, ses douanes, son système juridique, son budget… Hong Kong dispose même d’une sorte de constitution (« Basic Law ») qui proclame : « Le système capitaliste et le mode de vie du territoire demeureront inchangés pour les cinquante ans à venir. » Ce texte fondamental, voté dès 1990 par l’Assemblée chinoise en prévision de la réintégration de la province, prévoyait même, à terme, l’élection du chef de l’exécutif au suffrage universel. « Le Chef de l’exécutif de la région administrative spéciale de Hong Kong devra être sélectionné par une élection ou par des consultations organisées localement et être nommé par le Gouvernement central du peuple », stipule l’article 45 de la Basic Law, qui précise que ce processus de sélection évoluera « en accord avec le principe de progrès graduel et ordonné ». « Le but ultime, poursuit le texte, est la sélection du Chef de l’exécutif au suffrage universel sur nomination par un comité de nomination largement représentatif en accord avec les procédures démocratiques. »

Au mois de décembre 2007, le comité des lois de l’assemblée nationale adoptait un texte annonçant la tenue d’élections pour l’année 2017. « L’élection du cinquième chef exécutif de la région administrative spéciale de Hong Kong durant l’année 2017 pourra être réalisée par la méthode du suffrage universel », affirmait alors Pékin.

Mais très vite, les autorités chinoises font savoir que cette élection ne se fera pas à n’importe quelles conditions. Régulièrement, elles ont indiqué que les candidats devront « aimer le pays et aimer Hong Kong », « protéger la stabilité générale de Hong Kong, aujourd’hui et dans le futur » et surtout être sélectionnés par un comité censé être « largement représentatif ».

Voyant se profiler la menace d’élections vidées de leur sens, les défenseurs des droits civiques ont très vite tiré la sonnette d’alarme et appelé à la mobilisation. Le 16 janvier 2013, le Hong Kong Economic Journal publie une tribune de Benny Tai, professeur de droit à l'université de Hong Kong, proposant d’accentuer la pression sur les autorités chinoises en lançant un mouvement de « désobéissance civile » prenant modèle sur le mouvement américain « Occupy Wall Street ». Son idée est d’installer des sit-in afin de bloquer Central, le quartier des affaires de Hong Kong. Le 27 mars, lors d’une conférence de presse, Benny Tai et les deux autres co-fondateurs du mouvement baptisé « Occupy Central with peace and love », le révérend Chu Yiu-ming et Chan Kin-man, un professeur de sociologie, annoncent que le mouvement commencera ses actions dès l’année 2014, plus précisément le 1er octobre à l’occasion de la fête nationale.

Mais « Occupy Central » va être pris de court. Au mois de mars 2014, le Congrès national du peuple réaffirme sa volonté d’organiser des élections en 2017. Dans le même temps, à l’occasion d’une rencontre avec la délégation hongkongaise, le président du parlement, Zhang Dejiang, avertit celle-ci des différences de conception de la démocratie entre Occident et Chine… « Vous ne pouvez pas juste amener ou copier (le système électoral) de l’étranger, ou alors vous pourriez rapidement découvrir qu’il ne peut pas s’adapter à l’environnement local et qu’il peut devenir un piège pour la démocratie... et probablement apporter des résultats désastreux », s'était entendu dire le député de Hong Kong, Ma Fung-kwok, lors de cette réunion de deux heures avec Zhang Dejiang.

Le 31 août, la commission des lois du congrès chargée du statut de Hong Kong dévoile son projet de réforme électorale et, comme il était à craindre, celui-ci est fait sur mesure pour assurer l’élection d’un candidat favorable au régime. Actuellement, le dirigeant de Hong Kong est choisi par un comité électoral composé de 1 200 membres pour la plupart proches de Pékin ou du milieu des affaires de la province. La réforme annoncée prévoit bien l’organisation, comme promis, d’élections. Mais les candidats devront pour cela être investis par la moitié des membres d’un comité composé sur les mêmes bases que le comité électoral. Les candidats jugés comme indésirables par le régime chinois auront ainsi toutes les chances de ne pouvoir tout simplement pas se présenter.

La proposition de l’Assemblée chinoise doit servir de cadre au gouvernement de Hong Kong pour mettre en place une réforme qui devra encore être adoptée par le Conseil législatif de la province. Celui-ci est composé de 70 membres et le texte devra recueillir la majorité des deux tiers pour être adopté. Or, le Parti démocratique, qui dispose de 27 sièges, a annoncé son intention de mettre en échec le projet. « Nous mettrons notre veto à cette proposition révoltante », a annoncé dimanche 31 août la présidente du parti, Emily Lau.

Mais, comme le souligne les Hongkongais soutenant Pékin, un rejet du projet aurait pour conséquence d’annuler l’ensemble du processus électoral. « Cinq millions d’habitants de Hong Kong seraient privés du droit de vote qu’ils se verraient accorder autrement », a ainsi soutenu le chef de l’exécutif de Hong Kong, C. Y. Leung. « Nous ne pouvons pas nous permettre un arrêt de notre développement constitutionnel car sinon la prospérité, ou la stabilité, de Hong Kong sera en jeu. »

Pékin parie sur les divisions au sein du mouvement

Le soir même de l’annonce du projet de réforme, plusieurs milliers de personnes se rassemblaient dans le centre commercial de Hong Kong. « Nous ne voulons plus être des sujets dociles », déclarait alors à la tribune Benny Tai. « Notre espoir est que les gens rassemblés ici seront d’intrépides résistants civils. Quel est notre espoir ? Notre espoir, c'est qu’aujourd’hui Hong Kong est entré dans une nouvelle ère, une ère de désobéissance civile, une ère de résistance. »

Parallèlement, le mouvement de contestation prend également de l’ampleur dans les universités. Le lundi 22 septembre, une manifestation rassemble plusieurs milliers d’étudiants dans les rues de Hong Kong. « Occupy Central » décide alors de bousculer son calendrier. Dans les jours qui suivent, quelques dizaines puis quelques centaines de personnes se rassemblent devant les locaux du gouvernement, situés dans le quartier Central, avant d’être dispersées ou arrêtées par la police. Puis, le dimanche 28 septembre, Benny Tai annonce le lancement officiel de la campagne et plusieurs milliers de manifestants investissent pacifiquement les lieux et annoncent qu’ils y resteront tant que ne seront pas satisfaites leurs deux revendications : le retrait immédiat du projet de réforme électorale et l’ouverture d’une consultation publique. Durant tout le week-end, la police tente de disperser, à coup de gaz lacrymogènes, les occupants équipés de parapluies, devenus le symbole du mouvement.

 

 

Les manifestations du 29 septembre filmées par un drone (Facebook/Nero Chan)

Après la nouvelle journée de mobilisation de ce mercredi, Pékin reste inflexible. En fait, depuis la récupération de Hong Kong, le régime chinois voit dans la province un danger, un coin enfoncé dans le système qui risque de contaminer le reste du pays en important une conception « occidentale » de la démocratie et des droits de l’homme. « Ils ont peur que céder devant Hong Kong ne dévoile une faiblesse », explique au New York Times Minxim Pei, professeur  au Claremont McKenna College en Californie. « Ils croient que cette faiblesse politique encouragera Hong Kong à demander plus et donnera une grande confiance aux opposants pour défier le régime. »

Mais Pékin ne peut pas non plus se permettre de transformer les manifestants en nouveaux martyrs et semble donc exclure pour l’instant de recourir à une répression trop violente. Les autorités comptent donc sur un essoufflement naturel du mouvement et parient sur les divisions en son sein. Parmi les étudiants, certains souhaitent en effet prendre leurs distances avec le mouvement « Occupy Central » et reprochent à Benny Tai de s’être greffé sur le mouvement étudiant en avançant le lancement de sa campagne.

L’idée de défier le géant chinois ne fait pas l’unanimité au sein d’une partie de la population plus attachée à la stabilité économique qu’à la démocratie. Et certains tentent de contrer la popularité grandissante de « Occupy Central » sur internet. Fondée par un présentateur de télévision, Robert Chow Young, et représentant l’opinion d’une partie du milieu des affaires, l’association « Silent Majority for HK » (« La majorité silencieuse pour Hong Kong ») fait ainsi campagne contre le mouvement « Occupy » qu’il accuse de mettre en danger l’économie de la région. Durant l’été, elle a diffusé une vidéo en anglais expliquant que les rassemblements « tuent Hong Kong ».

 

 

Une des clefs du conflit pourrait être la pression de la communauté internationale qui, jusqu’à présent, s’était montrée relativement timide sur le sujet. Mardi, le secrétaire d’État américain John Kerry s’est engagé à évoquer la question de Hong Kong lors d’une rencontre prévue le lendemain avec son homologue chinois Wang Yi et s’est dit « pleinement sensibilisé ». Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a de son côté admis que ces manifestations relevaient d’une affaire intérieure « chinoise » tout en appelant à une résolution « pacifique » du conflit. Le vice-premier ministre britannique Nick Clegg a quant à lui annoncé mardi que le Royaume-Uni allait convoquer l'ambassadeur de Chine à Londres cette semaine « pour exprimer son inquiétude et sa consternation ». En France, Laurent Fabius a appelé à un « dialogue pacifique » tout en affirmant son « attachement » au droit de manifester.

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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