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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 17:25

 

 

mediapart.fr

Nucléaire: deux EPR contestés en Grande-Bretagne

|  Par Jade Lindgaard

 

 

Le gouvernement britannique et EDF ont signé un accord provisoire pour la livraison de deux réacteurs EPR à la centrale de Hinkley Point. Son coût faramineux de 19,9 milliards d’euros déchaîne un torrent de réactions outre-Manche, en pleine polémique sur la hausse des prix de l’énergie.

C’est la nouvelle que l’industrie nucléaire attendait : le gouvernement britannique et EDF ont signé un accord pour la livraison de deux réacteurs nucléaires EPR à la centrale de Hinkley Point C, à l’ouest de l’Angleterre, dans le Somerset. Montant total du contrat : 18,9 milliards d’euros (16 milliards de livres), soit près de 9,5 milliards par réacteur, au-dessus de l’estimation actuelle du coût de l’EPR en construction à Flamanville (8,5 milliards d’euros).

Visualisation des futurs réacteurs EPR de Hinkley Point (EDF).

 

C’est la première fois depuis la catastrophe de Fukushima, au printemps 2011, qu’un État européen commande une nouvelle installation nucléaire. Au Royaume-Uni, le dernier raccordement d’un réacteur atomique au réseau remonte à 1995 (la centrale de Sizewell B). Les EPR de Hinkley Point doivent démarrer en 2023. Ils produiront l’équivalent de 7 % de la consommation électrique nationale. « C’est un très grand jour pour notre pays, a déclaré le premier ministre David Cameron, c’est la première fois depuis très longtemps que nous construisons une nouvelle centrale nucléaire. » Cet accord va créer « des milliers d’emplois, et nous fournir à l’avenir et pour longtemps une électricité sûre et stable », a-t-il ajouté (retrouver ici le communiqué complet du gouvernement britannique).

EDF Energy, la filiale britannique d’EDF, est loin d’être une inconnue outre-Manche : elle y produit un cinquième de l’électricité et exploite ses huit centrales nucléaires. Son chiffre d’affaires atteignait 9,7 milliards d’euros en 2012 (voir ici ses résultats).

L’électricien a créé une filiale dédiée au développement des EPR de Hinkley Point, NNB Generation company (NNBG). Mais c’est seulement grâce à l’apport décisif en capital de deux sociétés chinoises, China General Nuclear Power Group et China National Nuclear Corporation, qui posséderont entre 30 % et 40 % du capital de l’installation, que le plan de financement a pu se boucler.

David Cameron commente l'accord de Hinkley Point, pour le Guardian.


Pour l’instant, Londres n’a signé qu’un accord provisoire pour les deux EPR de Hinkley Point, comme l’indique le communiqué officiel du gouvernement, qui annonce un accord « initial », « non contraignant juridiquement », et destiné à « établir les paramètres d’une négociation à suivre concernant la proposition de contrat d’investissement ».

Au final, « un contrat d’investissement ne sera offert à NNBG que si le gouvernement considère qu’il est financièrement équilibré et cohérent avec notre objectif de ne soutenir de nouveaux moyens de production nucléaire que si les mêmes moyens sont accordés à d’autres sources d’énergie ». Avant qu’elle n’accède au pouvoir, l’une des promesses de campagne de la coalition conservateurs-libdem était de ne pas subventionner l’énergie atomique. Dans le cadre du projet de loi sur l’énergie, elle s’est transformée en engagement à servir autant les renouvelables que l’atome. Jusqu’à leur congrès de septembre dernier, les libéraux démocrates étaient officiellement opposés à l’énergie nucléaire. 

Par ailleurs, l’accord entre Londres et EDF doit encore franchir les fourches Caudines de la Commission européenne, qui doit juger s’il s’agit ou non d’une aide d’État. Le gouvernement britannique devrait déposer sa demande auprès de Bruxelles dès cette semaine (voir ici)Mais selon le quotidien The Independent, l’étude du dossier pourrait prendre de neuf à douze mois (à lire en cliquant ici). La délégation britannique à Bruxelles semble craindre en particulier des blocages de la part des Autrichiens et des Allemands. Une fois cette étape passée, il faudra encore soumettre l’accord définitif au vote du Parlement.

« Désastreux rapport qualité-prix »

L’annonce de ce deal a déclenché un torrent de réactions outre-Manche. Au-delà de la discussion de principe sur la pertinence ou non de l’énergie nucléaire, la plupart des commentateurs s’intéressent au prix de l’électricité que produiront ces deux EPR. C’est le principal élément de l’accord : le gouvernement accorde à EDF un tarif d’achat (« strike price »), c’est-à-dire un prix garanti, de 109 euros le mégawattheure (92,5 £), indexé sur l’inflation. Si EDF confirme vouloir construire deux autres réacteurs EPR dans la centrale de Sizewell C, dans le Suffolk, ce tarif serait raboté à 106 euros le MWh (89,5 £).

 

Camionnette d'EDF Energy à la Brighton pride, 2013 (EDF). 
Camionnette d'EDF Energy à la Brighton pride, 2013 (EDF).

Ce niveau tarifaire était le principal objet de négociation, et de désaccords, entre EDF et Londres ces derniers mois. Le tarif finalement fixé représente près du double du prix de l’électricité sur le marché de gros européen. Il comprend les coûts de construction des réacteurs, mais aussi de leur arrêt et de la gestion de ses déchets. Il doit être révisé tous les 7,5 ans, et pourrait évoluer à la hausse ou à la baisse, à certaines conditions. 

Pour le gouvernement britannique, la production de ces nouveaux EPR devrait réduire de 91 euros (77 livres) la facture énergétique des ménages en 2030, compte tenu de la hausse anticipée des cours du gaz et de l’électricité. Selon Ed Davey, le secrétaire à l’énergie, les éoliennes terrestres et en mer, en plein essor au Royaume-Uni, ne suffiront pas à remplacer le courant que ne produiront plus les centrales qui devront s’arrêter d’ici là. Les deux EPR de Hinkley Point pourraient produire l’équivalent de 6 000 turbines en mer, selon certaines estimations. 

Interrogé par la BBC (voir ici)Paul Dorfman, de l’Energy institute du University College de Londres calcule que « cela représente une subvention annuelle de 945 millions d’euros (800 millions de  livres) à 1,2 milliard d’euros (1 milliard de livres) que les contribuables et les consommateurs vont verser dans les poches de ces sociétés chinoises et françaises, qui ne sont autres que les gouvernements de ces deux pays »

La secrétaire à l’énergie du shadow cabinet travailliste, Caroline Flinta déclaré que David Cameron se retrouvait désormais dans la position « ridicule » de celui qui « fixe les prix des industriels du nucléaire pour les 35 prochaines années alors qu’il prétend ne pas pouvoir les geler pendant les 20 mois nécessaires aux consommateurs, le temps que des réformes nécessaires se mettent en place »

Tout comme le parti socialiste français, le labour est plutôt pro-nucléaire. La parlementaire verte Caroline Lucas a pour sa part réclamé un audit national de cet accord : « Il est très mauvais pour les consommateurs. Alors que les coûts des énergies renouvelables s’effondrent, cela revient à accorder une subvention ridicule de générosité à l’industrie nucléaire. » Nigel Farage, le dirigeant du parti anti-européen Ukip, dénonce « une grande folie, surtout si notre pays se met sérieusement aux gaz de schiste et profite de son abondante énergie bon marché ». 


 

Le célèbre éditorialiste écologiste du Guardian, George Monbiot, notoirement pro-nucléaire, a commenté sur Twitter : « Oui, je soutiens l’énergie nucléaire en général. Mais le montage économique de l’accord de Hinkley est juste dingue. Un désastreux rapport qualité prix. » Sur sa TL, Doug Parr, l’un des scientifiques de Greenpeace UK, a calculé que s’ils fonctionnaient à 90 % de leur puissance pendant 35 ans, les EPR de Hinkley produiraient « pour 96,5 milliards d’euros d’électricité, soit une subvention publique de 44,3 milliards d’euros ».

Chef du service environnement du quotidien le Guardian, Damian Carrington s’est fendu d’un billet véhément contre l’accord : « L’alternative au nucléaire, dont on veut nous faire croire qu’elle est inconcevable, est loin de l’être en réalité. Le premier pas à faire serait un énorme effort d’amélioration de l’efficacité énergétique. Le gouvernement britannique prévoit une hausse de 33 à 66 % de la demande d’électricité d’ici 2050. Mais pourquoi ? L’Allemagne prévoit une baisse de 25 %. »

L’annonce des deux EPR de Hinkley Point retentit alors que de plus en plus de voix s’élèvent en Grande-Bretagne pour dénoncer le prix trop élevé de l’énergie. British Gas et SSE ont annoncé une augmentation de près de 10 % de leurs prix de l’électricité. Les six principaux énergéticiens doivent dévoiler d’autres hausses dans la semaine. Le week-end dernier, c’est l’archevêque de Canterbury, Justin Welby, un ancien cadre pétrolier, qui a pris la parole pour dénoncer le coût social de cette explosion des prix, dans une interview au Mail on Sunday (à lire ici) : les compagnies d’énergie « ont le pouvoir parce qu’elles vendent ce que chacun doit acheter. Nous n’avons pas d’autre choix que de l’acheter. Ce niveau de pouvoir crée aussi l’immense responsabilité de servir la société ».

 

 

 


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commentaires

D
L'énergie nucléaire est devenu maintenant très populaire, et ce n'est pas la première fois des différents entre des partis opposés.
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