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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 14:39

 

 

Médiapart

 

 

 

 

Une « violence qui porte la marque de l'extrême droite ». Dans son communiqué, jeudi matin, le ministère de l'intérieur s'en tient à ces mots pour évoquer les agresseurs de Clément Méric. Cet étudiant à Sciences-Po de 19 ans, syndicaliste à Solidaires Etudiant-e-s et membre d'Action antifasciste, a été battu à mort mercredi soir, en plein Paris, par un groupe de skinheads.

Jeudi, dans la journée, l'auteur « probable » de l'agression, ainsi que six autres personnes, ont été interpellés. Selon des sources policières, ils « graviteraient pour certains » autour du « noyau dur des Jeunesses nationalistes révolutionnaires » (JNR). Le leader des JNR, Serge Ayoub, a démenti auprès de l'AFP toute implication de son groupe... tout en détaillant l'agression. Il affirme que les jeunes skinheads mis en cause « ont eu le malheur d'avoir les cheveux trop courts et une marque de blouson qui déplaît à d'autres ». Selon lui, ce sont les jeunes, dont Clément Méric, qui ont attendu le groupe de skinheads à la sortie du magasin Citadium, et ce sont eux qui « ont porté les premiers coups ».

 

Clément Méric. 
Clément Méric.© dr

Dans les années 1980, les JNR sont le premier groupe à structurer les skinheads à l’extrême droite, autour de Serge Ayoub, alias « Batskin », que l'on voit sur ces images, dans l’émission « Ciel mon mardi », animée par Christophe Dechavanne :

 link

Après plusieurs années d’absence dans les années 1990, Ayoub est réapparu au milieu des années 2000 aux côtés d'Égalité et réconciliation, le mouvement d'Alain Soral, qui était alors également membre du comité central du FN. « La ligne Alain Soral puis la ligne plus “sociale” de Marine Le Pen (qui apparaît vraiment en 2011 – Ndlr) a été initiée par Serge Ayoub : il est positionné sur une ligne nationaliste révolutionnaire, anti-système, de défense des petits », explique à Mediapart l'historien Nicolas Lebourg, spécialiste des extrêmes droites.

Avec Soral, ils créent Le Local, un bar associatif, puis Ayoub relance ses groupuscules, les JNR et Troisième Voie (TV)« Jusqu’à présent, les JNR se limitaient à des provocations, des actes symboliques. Ayoub les avait par exemple fait défiler en chemises brunes dans Paris. En ce moment, on assiste à une radicalisation », estime Nicolas Lebourg.

 

Serge Ayoub, leader des JNR. 

Serge Ayoub, leader des JNR.© dr


Ces dernières semaines, les violences et actions de groupuscules d'extrême droite se sont multipliées incidents à l'issue des manifestations des anti-mariage pour tousagressions homophobes, opération destinée à huer Copé aux cris de « UMP trahison » lors de la manif du 26 mai, occupation de la terrasse du siège du PS avec une banderole « Hollande démission ». En avril, les agresseurs présumés d'un bar gay à Lille étaient déjà issus de la mouvance de Troisième voie et des JNR. Mais l'agression de Clément Méric porte cette violence à sa plus grande intensité.

« On n'avait pas vu cela depuis les années 1988-89 », explique à Mediapart Nicolas Lebourg« À l’époque, des ratonnades avec les JNR avaient eu lieu à Rouen et Brest ; une librairie gauchiste avait été attaquée, le GUD (Groupe union défense) était impliqué dans une complicité d’assassinat à Lille-3. À chaque fois, c’était des crimes racistes, ce qui n’est pas le cas aujourd'hui », indique-t-il. 

« Ces groupuscules n'ont pas su offrir de victoires symboliques à leurs militants »

Le contexte actuel n’y est évidemment pas étranger. Depuis huit mois, l'opposition à la loi Taubira a galvanisé les groupuscules d’extrême droite« L'objectif de départ était de refaire les manifestations de 1984. Le GUD avait d’ailleurs été ressuscité grâce à ces manifs (il avait fait le plein d'adhésions  Ndlr). » Mais aujourd’hui, les cadres de ces mouvements n’ont pas su cadrer leurs troupes.

« Chez les opposants (au mariage pour tous  Ndlr), tout le monde savait que la loi Taubira allait passer. Il fallait prévoir une porte de sortie, explique Nicolas Lebourg. L’agitation de la nébuleuse du Printemps français est devenue un décor de théâtre où il y a beaucoup d’excitation mais aucune perspective, aucun objectif. Ces groupuscules – notamment les JNR ou les Jeunesses nationalistes d’Alexandre Gabriac – n’ont pas été capables d'offrir à leurs militants des victoires d’étapes, symboliques. Le boulot des cadres est pourtant de créer une montée puis de faire redescendre leurs militants en leur disant :“Bravo, on atteint tel objectif”, ou “On a ramené de nouveaux sympathisants”. »

C'est le cas d'Alexandre Gabriac, chef de file des Jeunesses nationalistes (JN), la branche jeunes du groupuscule pétainiste Œuvre française, en première ligne dans les débordements des manifestations contre la loi Taubira. « Pendant des mois, il a fait beaucoup monter la pression, mais n’a pas su offrir de victoire symbolique à ses militants », estime Lebourg. Jeudi, Gabriac se déchaînait sur Twitter au sujet de l'affaire Méric :

 

Sur Facebook, un compte intitulé “Mouvement National Sciences Po” annonçait que la mort de Clément Méric n'était qu'un début :

 

Selon Nicolas Lebourg, seul le Bloc identitaire (BI) a su garder la main sur ses militants « Fabrice Robert et Philippe Vardon (les dirigeants du BI  Ndlr) ont connu une dissolution, donc ils savent gérer cela et lancer des actions qui ont le goût et l’apparence de la radicalité tout en restant maîtrisées, comme celle sur le toit du siège du PS, le 26 mai, dont ils se sont félicités dans un communiqué. »

Autre explication de cette radicalisation, « le recentrage du Front national », qui « donne de l’air aux radicaux », souligne l'historien« Des gens, à qui on aurait demandé d’être plus calmes à l’intérieur du FN, sont moins tenus à l’extérieur. Un Gabriac ne pourrait pas dire le dixième de ce qu’il dit s'il était au FN.» Nicolas Lebourg note également que, « à la différence de Jean-Marie Le Pen, qui avait une influence sur ces groupuscules, sa fille n’a aucun leadership sur eux, au contraire, elle légitime leur autonomie ».

Depuis son arrivée à la tête du Front national en janvier 2011, Marine Le Pen a en effet entrepris de nettoyer la vitrine de son parti. Si un grand nombre de personnages sulfureux restent dans son entourage et continuent de la conseiller dans l’ombre (lire nos articles ici ou encore là), la présidente du FN a procédé à quelques exclusions médiatiques destinées à marquer le coup et à évincer des proches de Bruno Gollnisch. Comme celle d’Alexandre Gabriac, alors conseiller régional (Rhône-Alpes) du FN, après la diffusion d’une photo le montrant faisant le salut nazi, lors des cantonales de 2011 :


La photo d'Alexandre Gabriac (à droite) faisant le salut nazi, qui a circulé en 2011. 
La photo d'Alexandre Gabriac (à droite) faisant le salut nazi, qui a circulé en 2011.© dr

La même année, en amont de son défilé du 1er Mai, Marine Le Pen avait fait circuler dans la presse des consignes demandant aux responsables départementaux de ne pas faire monter dans les cars toute personne ayant un look de skinheads ou en “treillis-rangers”. Deux ans plus tard, la consigne est loin d'être appliquée, comme Mediapart l'a constaté lors du défilé du 1er Mai dernier (voir notre reportage photo et vidéo).

 

La porosité entre le FN et le reste de l'extrême droite

Jeudi matin, le Front national était pointé du doigt sur RTL. Selon un témoin de l'agression, interrogé par RTL, l'un des skinheads portait « un tee-shirt du Front national ». Interrogée, Marine Le Pen a dénoncé des « amalgames » et s’est empressée de préciser que son parti n'avait « aucun rapport, ni de près ni de loin » avec l'agression « inadmissible », « épouvantable » de Clément Méric :


 


Dans un communiqué, l'avocat du FN, Wallerand de Saint-Just affirme que « selon une source proche de l'enquête, et contrairement à ce qui a été complaisamment diffusé ce matin sur RTL, aucun des agresseurs du jeune Clément n'avait de vêtement marqué Front National ». Le FN a annoncé des poursuites judiciaires contre ceux qui diffuseraient cette « fausse nouvelle particulièrement diffamatoire ». Le député Gilbert Collard a quant à lui renvoyé extrême droite et extrême gauche dos à dos « Il y a des mouvements d'extrême droite et d'extrême gauche localisés par la police, qui sont extrêmement agressifs et qu'il faut absolument éradiquer. »

   Mais entre le FN et le reste de l'extrême droite, la porosité reste très importante (lire nos articles ici et ). En septembre 2010, Marine Le Pen dînait avec Serge Ayoub. En juin 2012, il est venu, avec ses militants, diffuser des tracts et leur journal, Salut Public, sur le marché d’Hénin-Beaumont, pendant la campagne législative de la présidente du FN (les détails ici).

 

Serge Ayoub et ses militants sur le marché d'Hénin-Beaumont en juin 2012. 
Serge Ayoub et ses militants sur le marché d'Hénin-Beaumont en juin 2012.© dr


Interrogée alors sur le plateau de France 3 Nord-Pas-de-Calais, Marine Le Pen avait répliqué qu'ils étaient « venus défendre leur candidat », qui se présentait selon elle « dans une autre circonscription ». Elle avait réfuté tout « lien » avec euxVoir la vidéo ci-dessous à 38’:

 


Le 9 mai 2012, Daniel Mack, qui quelques jours plus tôt assurait la protection des Le Pen avec un badge du Département protection sécurité (DPS), défile sous les couleurs des JNR de Serge Ayoub, comme le relève le site antifasciste Reflexes :

 

 

Daniel Mack.

Daniel Mack.© Le site antifasciste REFLEXes


Enfin, le 15 mai dernier, Serge Ayoub annonçait sur son compte Facebook la venue au Local de Robert Ménard, candidat du FN pour les municipales de 2014 à Béziers :

 

Sur le compte Facebook de Serge Ayoub. 
Sur le compte Facebook de Serge Ayoub.
 

Pour Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de gauche, cette agression est en tout cas « la conséquence de la dédiabolisation et la banalisation du Front national », qui « ont donné l'impression que les idées d'extrême droite étaient des opinions comme les autres ». Le lieutenant de Mélenchon chargé de la riposte au FN a été l'un des premiers à réagir mercredi soir sur Twitter et sur son blog : « L'horreur fasciste a tué en plein Paris. » « Arrêtons de dire qu'ils ne sont plus comme avant ! explique-t-il à Mediapart. Cette violence n'est pas nouvelle, mais mercredi elle a tué. »

 

 


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