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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 22:45

 

Source : www.liberation.fr

 

 

Monsieur Macron, la France meurt de son obsession de la hiérarchie

 

TRIBUNE

Face aux discours dépressifs sur la croissance, une hypothèse et ses propositions : seule une autre représentation du monde et des valeurs différentes, mises en acte, peuvent relancer l’économie en modifiant le climat du pays. Dès les débuts du capitalisme, le processus de rationalisation s’est tendu vers un minimax : minimum de dépense, maximum de rendement. Pour cela, l’entreprise s’est organisée de façon hiérarchique, se modelant sur l’échelle de valeur ancrée dans les mentalités : «l’esprit» et la tête en haut, «la matière» et le corps en bas. Monde de la verticalité qui fonde la valeur des rangs et des positions, entraînant avec lui le dit champ du «manuel». Mépris d’un corps utilisé très vite comme source d’extraction d’une énergie. Des hommes appréhendés comme sans histoire, sans mémoire, alors même que l’entreprise s’est construite par eux, avec leur histoire, leur désir et motivation. De cet irrespect à l’égard d’hommes singuliers devenus calcul, quantité, le manque de confiance et la morosité sapent l’élan sans lequel un pays ne peut prospérer.

Emmanuel Macron, vous avez soutenu le «pacte de responsabilité», ses charges allégées, ses procédures simplifiées, autant de vecteurs féconds pour le vécu des entrepreneurs. Mais les deux termes supposent un engagement dans le temps, dont la durée ne comporte plus de fiabilité. D’un côté, 41 milliards pour refaire les marges, les entrepreneurs soutenus, une victoire psychologique, certes. De l’autre, comment cette victoire peut être performée si les salariés ne sont plus motivés, et que perdure la représentation de n’être plus que de l’énergie à consumer ? Le problème est mal posé. L’argument des entrepreneurs ? Dans le monde concurrentiel actuel, il est impossible de «fixer» des contreparties bloquant la souplesse. Conclusion pour la plupart : «Les contreparties, on verra». Investir, innover, embaucher ? Le point d’interrogation garde son secret. Pas les dividendes.

Dans cette unilatéralité, que veut dire «pacte» ? Peut-être existe-t-il une autre perspective où l’idée même de «contreparties» se transforme. Pour cela, il devient opportun d’entrer dans une autre représentation du monde où le salarié n’est plus perçu comme un corps sans tête, sans idées, mais dans la potentialité ouverte d’un corps-esprit semblable aux autres du point de vue de l’espèce, mais singulier du point de vue de l’individu. Et s’il y a pacte de responsabilité, il ne peut que répondre à lui. Comment ? En ouvrant un possible : faire de l’entreprise une aventure partagée. Qui laisse à chacun la possibilité de contribuer à cette aventure, et ce faisant de retrouver l’élan. Non plus alors des hommes sans tête, mais des hommes qui œuvrent, proposent, actifs tous, un à un, dans la responsabilité de leur entreprise.

De nouvelles valeurs d’horizontalité sont en train d’émerger : économie collaborative, sociale et solidaire, Scop. Si l’entreprise n’intègre pas un minimum de ces valeurs, les affrontements sociaux seront violents. Car, on ne prive pas impunément l’homme humain de ce qui le fait humain, un devenir antidestin, sans les retours de bâton du ressentiment. Ce changement peut s’appeler «partage de la gouvernance». Ou plus simplement partage du plaisir de l’aventure.

Cela implique des dispositifs concrets dont certains peuvent, surtout dans les PME, se mettre en place très vite : formation à la gestion et comptabilité, favorisant la compréhension de ce qu’est l’entreprise, ses risques et difficultés ; intéressement aux bénéfices pour tous les salariés ; mode d’organisation, facilitant rencontres et passage de l’information ; cadre public où des propositions peuvent être faites par tous ; actes collectifs donnant l’occasion de se connaître, où tous peuvent témoigner de leur contribution ; lieux de rencontre sans discrimination de statuts : cantines, salles de sport ; crèches subventionnées par les secteurs public et privé, le crowdfunding pouvant participer. Ensemble de dispositifs comme prémices au monde d’une horizontalité démettant la hiérarchie scalaire.

Ce sens hiérarchique - places fixées à chacun - entrave l’élan de la France. Voulez-vous obtenir un rendez-vous dans un ministère, un organisme public, proposer une idée ? Soit on ne vous répondra pas, soit on le fera dans une bienséance de Cour qui a appris à laisser en suspens un «oui», en pensant déjà «non». L’Ancien Régime continue d’exister en France. Avec ses «Hauts Conseils». Au Canada, en Australie, aux Etats-Unis, les distances hiérarchiques sont moindres, la communication plus rapide, un passage des idées créant des synergies créatives est possible. A l’ère du numérique horizontal, la France meurt de son souci de verticalité. La Cour continue avec son obsession des places, la rétention d’information, la surveillance malsaine et improductive.

Alors, si vous voulez cette fameuse «croissance», faites que, dans les entreprises, les hommes ne soient pas réduits à de l’énergie à «traiter». Vous avez avancé l’idée d’intéressement aux bénéfices. Ce n’est que justice, ni de droite ni de gauche. Qu’il puisse y avoir aux conseils d’administration, délégués syndicaux et salariés formés, présents à tour de rôle, sera perçu pour beaucoup comme un crime de lèse-majesté. Mais le temps du roi a vécu, la démocratie est là, censée être là, sans naïveté de croire que l’intérêt commun peut être laissé au bon vouloir. L’idée de «pacte» tendait à préserver l’esprit de liberté. Mais un pacte suppose déjà en amont ce qui est requis ici comme étant à venir, seulement possible : le sentiment et les actes d’une responsabilité.

En tant que ministre de l’Economie, vous avez le choix politique de laisser l’intérêt commun aux aléas d’un pari ou de poser par la loi sa garantie. Par elle, un pas vers l’horizontalité démocratique, par lui, un nouvel espoir, son élan. Et comme musicien, vous avez certainement l’oreille pour écouter la musique qui unit partition commune et interprétation singulière. Alliance où le commun est fécondé du singulier et de sa vie, unique.

Elisabeth GODFRID Philosophe au CNRS, écrivaine
                                                                                                                                                                                                                             Source : www.liberation.fr


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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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