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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 18:35

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Vu à la télé 05/11/2014 à 19h09

Mines de la mort, espions chinois : le docu qui dégoûte des smartphones

Clément Guillou | Journaliste Rue89

 

 

 

Précédée d’une énorme campagne de presse, l’émission « Cash investigation » a fait un joli score, mardi soir : 3,6 millions de téléspectateurs, deuxième audience de la soirée et des commentaires positifs en pagaille sur les réseaux sociaux. Avec un peu de saracasme, même.

 

Xavier Alberti @xavier_alberti

La schizophrénie: tweeter depuis un smartphone fabriqué par des enfants, son indignation sur le travail des enfants.

 

Le contenu n’a pas surpris ceux qui s’étaient déjà intéressés à la question des conditions de production des smartphones :

  • sur tout cela, les fabricants ferment les yeux.

Mais la force de « Cash investigation », c’est la mise en scène de ses enquêtes. Le même sujet sur Arte n’aurait peut-être déclenché qu’un long bâillement. Ici, le documentaire se déguste comme un bon film. Du suspense, de l’humour, parfois même un peu d’action.

Elise Lucet, pugnace et taquine

La mise en scène de l’enquête du journaliste en chef de l’enquête, Martin Boudot, et des interviews d’Elise Lucet, pugnace et taquine, fait le sel de l’émission. Elle peut énerver mais deux heures plus tard, le grand public est au courant des conditions de fabrication de ce qu’il a dans les mains, et c’est ce qui compte.

Pour ceux qui n’ont pas vu l’émission, que vous pouvez retrouver en replay ici, nous avons retenu cinq séquences fortes et demandé à Martin Boudot de nous les commenter. On l’a appelé sur son portable :

« C’est un iPhone 5S mais j’ai décidé de le filer à quelqu’un et j’ai commandé le dernier Fairphone [qui se revendique smartphone équitable, ndlr]. Je n’aurai plus jamais d’iPhone, compte tenu de ce que j’ai appris sur la marge d’Apple, 340 euros hors marketing sur un 5S, et la façon dont l’information est cadenassée. »

1 Quand l’iPhone avoue tout seul ne pas respecter les droits de l’homme

« Comme Apple ne voulait pas nous répondre, on a interviewé Siri »

 

 

 

L’enquête s’ouvre (à 7’30 ») sur une séquence très drôle, un dialogue entre Elise Lucet et Siri, le système de commande vocale d’Apple :

« Comment es-tu fabriqué ?

– Qui, moi ?

– Oui, toi.

– Je préfère ne pas en parler.

– Respectes-tu les droits de l’homme ?

– OK, peut-être pas en effet.

– Et pourquoi ?

– Je n’en sais rien. Pour vous dire la vérité, je me demande moi aussi.

– Es-tu fabriqué par des enfants ?

– Je suis désolé.

– Désolé de quoi ?

– Faute avouée est à moitié pardonnée. »

La scène est anecdotique et légère mais on entre avec envie dans le sujet.

Martin Boudot  :

« Comme Apple ne voulait pas nous répondre – ils ont été très clairs dès le début –, on s’est dit qu’on allait interviewer Siri avec les questions qu’on avait. On a essayé de faire avec la version Androïd mais ça marche moins bien.

Siri a des réponses beaucoup plus gratinées. Ce n’est pas dans la séquence mais quand on demande s’il finance les conflits armés, Siri dit : “Mystère et boule de gomme.” »

2  Huawei et son « usine aux enfants » en Chine

« Le salaire est tellement faible que ça n’intéresse pas les adultes »

 

 

Dans le centre de la Chine, à Nanchang, « Cash investigation » s’est intéressé à une usine travaillant pour plusieurs fabricants (à 12’30 »). Un spécialiste de l’infiltration dans les usines s’y fait embaucher. Les cadences de travail sont infernales : des journées de dix à treize heures, de nuit pour certains. Xhang, l’infiltré, vérifie 6 000 écrans de portables par service, soit dix écrans par minute, pour un salaire de 70 centimes d’euro de l’heure.

Surtout, une bonne partie des travailleurs ont moins de 16 ans, l’employeur contrevenant ainsi à la loi chinoise. Ce sont souvent des enfants qui travaillent pour aider leur famille. Leur âge n’est jamais vérifié. Ainsi de Jiajia, 13 ans, qui accepte de témoigner car elle s’apprêter à quitter l’usine.

La vitrine Shenzhen : « Les usines y sont quasi parfaites »

A Paris, Elise Lucet court derrière le président de Huawei France pour lui demander ce qu’il en pense. Le responsable fuit. Il demande aussi à la journaliste qui elle est, et on se dit alors que c’est le patron le moins informé du monde. Ou qu’il prend France 2 pour des cons, au choix.

Un autre dirigeant, celui de Wiko, accepte de répondre et en sort plutôt grandi.

 

 

Martin Boudot :

« Dans un premier temps, on s’est rendu à Shenzhen, où se trouvent les plus grandes usines de Nokia, Samsung ou Foxconn, le sous-traitant d’Apple. Mais c’est une vitrine. Les usines y sont quasiment parfaites : quand vous voulez faire une séquence autorisée, c’est là-bas qu’on vous envoie.

On nous a vite dit que l’activité avait été délocalisée en dehors de Chine ou dans le centre du pays, où certaines provinces attirent des entreprises en réduisant les impôts de manière significative et où le salaire minimum n’est pas toujours respecté.

Plusieurs personnes nous ont parlé de cette usine comme “l’usine aux enfants”. Le salaire est tellement faible que même les adultes, ça ne les intéresse plus. La cadence, l’intensité, un jour de congé toutes les deux semaines : c’est pour ça qu’on se tourne vers les petits jeunes. La grande majorité des ouvriers qui n’avaient pas moins de 16 ans avaient entre 16 et 19. »

3 Les mines de coltan du Congo, où l’on est « candidat à la mort »

« C’est l’anarchie totale, très impressionnant »

 

 

Le tantale, dont est fait un condensateur indispensable au fonctionnement du smartphone, est un minerai obtenu en raffinant le coltan. La plupart des mines de coltan se trouvent en République démocratique du Congo. L’un des sous-sols les plus riches du monde. Et le deuxième pays le plus pauvre du globe.

Les mines sont, comme le constate le journaliste en descendant au fond, soutenues par de fragiles piliers de bois. Les éboulements sont fréquents, les blessés nombreux, mais l’hôpital ne voit jamais passer de cadavres. Pourquoi ? Parce que les mineurs morts restent au fond. « Ce sont les morts fantômes », dit un docteur. Un ancien mineur raconte :

« [Après un éboulement], on laisse les corps à côté et on continue la recherche. Ceux qui meurent dans les trous, c’est déjà leur tombeau. C’est ça, le quotidien de la carrière. [...] Vous pouvez entrer dans la mine à 8 heures et être mort à 8h05. Vous êtes candidat à la mort, là-bas. »

Evidemment, il y a aussi des enfants qui descendent.

Martin Boudot :

« Je suis resté 30 minutes dans la mine, et dix minutes en bas, jusqu’au début de l’éboulement qui fait que tout le monde nous dit de remonter très vite. Personne n’a de casque, il n’y a strictement aucune mesure de sécurité. On entend des cris en swahili, puis on me dit “grand danger”. Je n’étais pas super équipé, je glissais, je me faisais engueuler par les ouvriers que je ralentissais.

C’est l’anarchie totale, c’est très impressionnant. On comprend mieux les incidents quand on a vu ça. Trois mille personnes travaillent dans la mine mais ils sont entre 100 et 150 creuseurs, de nuit comme de jour, même quand il pleut. Depuis notre passage, il y a eu des petits progrès : ils ont des pompes à oxygène pour envoyer de l’air dans le trou.

Il y a des entreprises qui font en sorte d’être sûres que le minerai qui vient alimenter leur portable ne sert pas à financer la guerre en RDC. C’est le cas de la mine de Roubaya. Mais il y a un autre type de sang versé, celui des gens qui meurent dans les mines. »

4 Le silence des fabricants

« J’ai l’impression que les marques ne savent pas comment travaillent leurs sous-traitants »

 

 

Une partie conséquente du documentaire, trop longue sans doute, s’attache à montrer les chefs d’entreprise fuyant leurs responsabilités et la caméra de « Cash investigation ». Ce qui donne quelques scènes cocasses, comme celle du président de Huawei France plus haut ou l’interview à la hussarde du numéro deux de Samsung, à la fin d’une présentation devant la presse high-tech du monde entier.

Le président de Nokia France a, lui, accepté une interview dans un premier temps, vantant la transparence de son entreprise. Problème : pendant l’interview, Elise Lucet lui montre l’e-mail envoyé par son responsable de la communication dans lequel il reconnaît n’être « pas si transparent que cela ». Malaise. Avec l’industrie du smartphone, la corporation des attachés de presse est l’autre victime de ce « Cash investigation ».

Martin Boudot  :

« Nokia, il faut le reconnaître, a accepté de nous rencontrer une première fois, et fait beaucoup d’efforts sur l’environnement. Ils s’intéressent moins aux conditions de travail.

Ce n’est pas un milieu particulièrement secret. Mais j’ai vraiment l’impression que les marques ne savent pas comment travaillent leurs sous-traitants. Elles nous disaient : “Il y a tellement de sous-traitants, comment voulez-vous qu’on sache ça ?” Parfois, leur ignorance semble honnête. Parfois, elle est tout à fait fallacieuse. La vraie difficulté de l’enquête a été de remonter la chaîne de production d’un téléphone portable. »

5 A la frontière mongole, « la ville du cancer » et les services de sécurité chinois

« On a joué de malchance »

 

 

Le reportage des journalistes à la frontière sino-mongole les a conduits au poste de police à deux reprises. Ils ont aussi été suivis pendant trois jours par la sécurité intérieure chinoise, ce qui donne lieu à des scènes comiques et formidablement racontées.

A Baotou, on trouve des réserves de terres rares. Dix-sept éléments chimiques dont la Chine possède 90% des réserves mondiales, mais dont l’extraction produit une pollution immense. Le néodyme, une terre rare, sert à fabriquer les aimants que l’on trouve en quantité dans les portables.

Une tonne de néodyme produite, c’est une tonne de déchets et 75 000 litres d’eau acide rejetés. Les journalistes visitent un village fantôme, à proximité d’un lac de déchets de 11 km2.

« C’est totalement confidentiel »

« Plus rien n’est comestible et la plupart des villageois meurent avant 40 ans », dit l’une des dernières habitantes. Baotou, la ville du coin, est surnommée la « ville du cancer » par les médecins de l’hôpital local. Un policier local sermonne les reporters :

« Tout ce qui concerne notre industrie et l’entreprise Baogang, c’est très important pour la Chine, c’est totalement confidentiel. »

Martin Boudot :

« On a commencé notre tournage en Chine par Baotou. On est arrêtés le premier jour alors qu’on devait rester là-bas un mois. On a joué de malchance : des caméras venaient d’être installées quatre mois plus tôt, avant, il n’y avait aucun problème pour accéder au lac.

Quand on a mis le doigt dedans, ça va vite : la sécurité privée appelle la police locale, qui appelle le Parti, qui appelle le service de sécurité nationale. Ce n’étaient pas les agents les plus expérimentés de Chine, donc on a pu les semer trois jours de suite. »

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

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