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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 17:28

 

Source : www.marianne.net

 

 

Mexique : regardons ce que révèlent les 43 disparus

Vendredi 14 Novembre 2014 à 05:00

 

Accattoli, Rudy Hiller, Goldin Marcovich et García de Teresa

 

Fin septembre, au Mexique, 43 étudiants de l'Ecole normale rurale d'Ayotzinapa disparaissaient. Une affaire purement locale ? Certainement pas, répliquent quatre "normaliens" de France, dont trois d'entre eux sont mexicains. "Ce que ce massacre a encore une fois révélé, écrivent-ils, c'est que la question de l'Etat de droit reste posée". Et de regretter l'attitude des plus hautes autorités du pays, notamment le président Peña Nieto qui "semble se dérober à ses responsabilités".

 

Eduardo Verdugo/AP/SIPA
Eduardo Verdugo/AP/SIPA
Vendredi dernier, le procureur général de la justice du Mexique, Jesús Murillo Karam, a tenu une conférence de presse. Les 43 étudiants disparus le 26 septembre à Iguala, dans l’Etat de Guerrero, auraient été brûlés dans un bûcher alimenté pendant environ 15 heures dans une décharge municipale. Les corps, réduits en cendres, auraient été transportés dans des sacs plastique et jetés dans la rivière. Le maire d’Iguala, José Luis Abarca, et sa femme dont les liens avec l’organisation criminelle Guerreros unidos sont avérés, sont fortement soupçonnés d'être les instigateurs du massacre. Ceux qu’on surnomme le « couple impérial » auraient voulu empêcher les étudiants de l'Ecole normale rurale d'Ayotzinapa, considérés comme étant des fauteurs de troubles, de nuire à un événement du DIF, l'institution chargée de la protection de l'enfance et la famille, à la tête de laquelle la femme d’Abarca comptait succéder à son mari. Selon l’enquête, la police municipale a tiré à plusieurs reprises sur les bus dans lesquels se déplaçaient les étudiants avant de les remettre, pour 43 d’entre eux, entre les mains des Guerreros unidos. Ces derniers se seraient chargés d’exécuter les étudiants et de se débarrasser de leurs corps.
 
Tous les éléments d'un feuilleton d'horreur sont présents : un maire corrompu marié à une femme liée aux cartels, une police municipale complice du crime organisé, des étudiants brûlés jusqu'aux cendres et jetés dans des sacs poubelle. En faisant connaître cette version des faits, le gouvernement fédéral veut faire porter l’entière responsabilité des faits au crime organisé et aux politiciens locaux corrompus. Pourtant, pour les Mexicains qui protestent dans les rues, des questions demeurent.
 
Si l'on suit la version du procureur, le climat d'impunité régnant au Mexique est le seul élément qui donne une certaine intelligibilité à la violence disproportionnée de l'attaque. S'il s'agissait simplement de garantir le bon déroulement de la soirée, pourquoi faire disparaître les étudiants dans de telles conditions ? Pourquoi l’armée n’a-t-elle pas eu l’ordre d’intervenir pour aider les étudiants alors que la première attaque a eu lieu à quelques kilomètres d’une caserne ? Pourquoi les soldats, quand ils sont venus à l'encontre des étudiants qui avaient réussi à s'échapper, avec parmi eux des blessés graves, les ont-ils fichés plutôt que de les aider ?
 
Les autorités fédérales ont connaissance de l'implication du maire Abarca dans plusieurs homicides depuis une quinzaine de mois. Amnesty international l’a déjà souligné : « Ceux qui ont eu la négligence d’ignorer les signes avant-coureurs de la corruption et de la violence sont complices de la tragédie ». En limitant systématiquement le cadre de leur analyse à un niveau local, le président et le procureur n'assument aucune responsabilité face à la multiplication constante des assassinats et des disparitions dans tout le Mexique.
 
Si « Iguala n'est pas l'Etat mexicain », selon les mots du procureur, alors la question se pose : où est donc l'Etat mexicain ? Où est cet Etat avec lequel la France marche « cœur dans le cœur », comme l'a dit François Hollande lors de sa visite officielle au Mexique en avril 2014 ? Cet Etat dont les réformes et le potentiel économique sont célébrés partout dans le monde ? Cet Etat dont le président, Enrique Peña Nieto, est l'invité d'honneur des célébrations du 14 juillet 2015 ?
 
Le président Enrique Peña Nieto s’est montré extrêmement distant dans cette affaire qui indigne le monde entier. Il n'a reçu les familles des victimes qu'un mois après les faits et ce dimanche, avant même d’avoir mis les pieds dans l'Etat de Guerrero, il s'est envolé vers la Chine pour renforcer des partenariats économiques. En se contentant de manifester de l'indignation, le président se place davantage du côté de la société civile et semble se dérober à ses responsabilités.
 
Le gouvernement a désormais renoncé à rechercher des survivants tout en continuant à déclarer les étudiants légalement disparus, empêchant ainsi le deuil des familles des victimes. La façon dont l’enquête a été menée par le gouvernement et en particulier le format de la conférence de presse, vidéo à l’appui, ne sont pas sans rappeler des épisodes malheureux de « justice télévisée » au Mexique qui ne font que nuire au bon déroulement des enquêtes et à la crédibilité du système judiciaire dans son ensemble. Pourquoi, alors que l'affaire n'est pas officiellement close, publier des vidéos où trois sicarios (« tueurs ») témoignent et reconstituent les faits ? Que faire alors des premiers témoignages qui parlaient de 17 corps brûlés et enterrés dans des fosses clandestines ?
 
On a souvent recours, pour rendre compte de la violence qui ravage le Mexique, à des explications qui mettent l'accent sur la violence endémique et le trafic de drogues. Plutôt que d'en rester à une analyse limitée, il faut impérativement chercher à comprendre les mécanismes qui ont permis, et permettent quotidiennement, que de tels crimes contre les droits de l'Homme aient lieu : l'impunité, l'effacement de l'Etat, la corruption au plus haut niveau institutionnel. C'est pourquoi les arrestations ne doivent pas nous détourner du véritable problème ni ne peuvent suffire à clore le dossier et à tourner la page. Ce que le massacre d'Ayotzinapa a encore une fois révélé, c'est que la question de l'Etat de droit et de justice au Mexique reste posée, et ce de façon toujours plus urgente.
 
La réponse du gouvernement aux crimes d'Iguala n’épuise pas les questions. Lors de la conférence de presse, par une remarque malheureuse, le procureur général de la justice a mis fin aux questions de la presse en s'exclamant « Ya me cansé » (« J’en peux plus »). Devons-nous, nous aussi, fatigués par l'impuissance et l'horreur, cesser de regarder ce qui se passe au Mexique ? Cesser de poser les questions qui nous taraudent ? Sans doute beaucoup d’entre elles resteront sans réponse, mais nous nous devons de les poser pour ne pas être complices, par notre silence et notre crédulité, de la violence qui endeuille le Mexique.

 
* Matilde Accattoli est doctorante en Sciences du Langage à Paris 8 Vincennes - Saint-Denis | Daniel Rudy Hiller est doctorant en Littérature comparée à Paris 3 - Sorbonne Nouvelle | Gabriela Goldin Marcovich est élève en Histoire à l’Ecole normale supérieure de Paris | Marcos García de Teresa est doctorant en Sciences de la société à l'EHESS.



Lire aussi :
>>> Mexique : les 43 mystérieux disparus d'Iguala (Marianne.net)
>>> Le site Internet du Collectif de solidarité avec les étudiants d’Ayotzinapa lancé par des « normaliens » français.

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

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