Dimanche 4 novembre 2012 7 04 /11 /Nov /2012 14:57

 

Ses partisans le disent habité par la certitude sincère que la gauche de gouvernement n’a pas le droit d’échouer sur les questions de sécurité, qu’elle aurait tout à perdre en laissant s’instruire son procès en laxisme ou en angélisme. Ses contempteurs, en revanche, voient en lui un ministre droitier, autoritaire et opportuniste, dont l’ambition personnelle deviendrait presque suspecte.

 

Manuel Valls. 
Manuel Valls.

 

Dans le copieux acte d’accusation dressé par une partie de la gauche contre le « premier flic de France », Manuel Valls, figuraient déjà la politique de très grande fermeté menée contre les Roms, les sans papiers ou les musulmans radicaux ; les réserves exprimées publiquement sur le droit de vote des étrangers (pourtant une promesse de campagne du candidat Hollande) ; l'abandon du récépissé qui devait limiter les contrôles d’identité au faciès (pourtant une annonce officielle du premier ministre Ayrault). Il y a également la logique répressive qui prévaut ici ou là, notamment dans le renforcement récent de l’arsenal législatif antiterroriste.

Bref, la liste est déjà longue de ce qui rapproche le ministre de l’intérieur de la politique menée par ses prédécesseurs de droite (lire ici le parti pris d'Edwy Plenel).

L’arrestation, jeudi soir dans les Pyrénées-Atlantiques, de la militante basque Aurore Martin, immédiatement remise aux autorités espagnoles, ne peut que décupler l’incompréhension et le ressentiment latents contre l’actuel occupant de la Place Beauvau. Officiellement, l’arrestation de la jeune militante de Batasuna – une organisation interdite en Espagne, mais autorisée en France – a eu lieu de façon inopinée, à l’occasion d’un contrôle de routine effectué par des gendarmes (lire ici).

Quoiqu’il en soit, les ministères de l’intérieur et de la justice se sont consultés jeudi soir, et aussitôt mis d’accord pour ne pas intervenir dans ce processus d’extradition, confient à Mediapart des sources informées. Une procédure qui est devenue quasi-automatique depuis la mise en œuvre du mandat d’arrêt européen en 2002.

 

 

Initialement créé pour renforcer et faciliter la coopération judiciaire entre États membres de l’Union européenne (UE), le mandat d’arrêt européen se montre en fait un outil redoutable pour extrader ceux qui ressemblent à des terroristes ou à des complices (pour l’Espagne, Batasuna n’est pas une organisation politique, mais la simple vitrine d’une organisation armée clandestine, ETA). En revanche, le mandat d’arrêt européen s’avère bien moins efficace pour lutter contre la délinquance en col blanc.

Place Vendôme comme place Beauvau, on s’est vite accordé sur le fait que toutes les voies de recours avaient été épuisées par Aurore Martin, et qu’il serait très compliqué juridiquement, voire risqué politiquement, de ne pas la remettre illico à l’Espagne. Même si la jeune femme et ses défenseurs parlent tout au contraire d’un simple délit d’opinion, qu’ETA a déposé les armes depuis un an, et que l’organisation clandestine, à qui l'on attribue 800 morts en 40 ans, a été considérablement affaiblie ces dernières années par les arrestations à répétition de ses responsables (lire ici notre récent entretien avec Aurore Martin).

Profond, le trouble ressenti n'est pas dû qu'à cela.

 

« Nous demeurerons inflexibles »

Aujourd’hui, le trouble vient surtout du fait que quelques jours avant cette arrestation « fortuite », Manuel Valls avait, le 28 octobre, donné une interview musclée au quotidien espagnol El País, dans laquelle le ministre de l’intérieur exprimait son opposition catégorique à la création d’une collectivité spécifique au Pays basque en ces termes : « Il n'y aura pas de structure administrative basque, nous ne voulons pas ouvrir ce débat. Les choses sont claires dans notre esprit et tant qu'ETA n'aura pas restitué ses armes, nous demeurerons inflexibles. »

Ces propos au ton martial avaient déjà déclenché l’indignation des élus locaux. 

« Manuel Valls adore étaler son autorité au sein d'un gouvernement qui en manque cruellement. Mais sa réaction est brutale et prouve son manque de connaissance du Pays basque. Il mélange deux questions essentielles », lâchait ainsi Jean-Jacques Lasserre, sénateur (MoDem) des Pyrénées-Atlantiques.

 

ETA annonçant un cessez-le-feu 
ETA annonçant un cessez-le-feu

 

« Les arguments de M. Valls ne sont pas recevables alors qu'ETA a fait cesser le bruit des armes de façon irréversible, déclarait pour sa part François Maitia, vice-président (PS) du conseil régional d'Aquitaine. Je réfute la référence à ETA. Le gouvernement devrait travailler à la construction de la paix. Malgré ces déclarations, nous ne renoncerons pas, car notre revendication date de la Révolution française. Nous allons poursuivre notre travail de sensibilisation. »

Pire, la ministre de la réforme de l’Etat et de la décentralisation Marylise Lebranchu venait justement, le 11 octobre, de recevoir les élus basques, et elle planchait avec eux sur un projet visant à accorder plus d’autonomie à la région… Autant dire que la sortie en chaussettes à clous (lire la boîte noire de cet article) de son collègue de l’intérieur a semé le trouble.

La polémique déclenchée par l’extradition d’Aurore Martin n’en est que plus vive. Certains n'hésitant pas à dire que l'arrestation de la jeune militante a été préparée et effectuée pour complaire à Madrid, tout en polissant une image de ministre à poigne.

 

Marylise Lebranchu 
Marylise Lebranchu

 

La question politique est maintenant de savoir dans quelles traces Manuel Valls souhaite inscrire ses pas. On sait que tous les locataires de la Place Beauvau ont une tendance naturelle à endosser l’uniforme et à se laisser griser par le pouvoir et les moyens que confère le poste de premier flic de France.

Certes, la législation antiterroriste créée en 1986 par Charles Pasqua et Alain Marsaud n’a jamais été remise en question par les gouvernements de gauche successifs (entre 1988 et 1993, puis 1997 et 2002), malgré les critiques répétées des organisations de défense des droits de l’homme sur son caractère arbitraire, qui fait la part belle à la raison d’État et à la logique policière plus qu’aux principes de séparation des pouvoirs et d’indépendance de la justice.

Évidemment, Manuel Valls n’est ni Charles Pasqua ni Jean-Louis Debré. Mais il a conservé et promu plusieurs responsables proches de l'ancienne majorité au ministère de l'intérieur et dans l'appareil policier.

Il faut maintenant savoir, malgré ses déclarations de loyauté vis-à-vis de François Hollande et Jean-Marc Ayrault, si le ministre Valls, grisé par sa bonne cote dans les sondages d’opinion et son succès à l'applaudimètre lors du congrès du PS (lire ici), entend suivre une trajectoire personnelle à la Jean-Pierre Chevènement, dans un registre jacobin autoritaire, ou prendre un peu de hauteur pour mener une carrière plus proche de celle d'un Pierre Joxe.

Il lui faudrait, pour cela, réussir à réconcilier les citoyens avec leur police, ce dont il ne semble guère se soucier, accorder une attention de chaque instant au respect scrupuleux des droits de l'homme, tout en contenant durablement la criminalité et la délinquance. Une gageure ?

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Informations diverses
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