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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 15:46

Publié le 24-08-11 à 18:57    Modifié le 27-08-11 à 08:07     par Le Nouvel Observateur     

 

Devant le silence et les mensonges officiels, militants et simples citoyens ont décidé de prendre leur sort en main. Pour sauver les habitants de la région et ouvrir les yeux de leurs compatriotes. Une enquête d'Ursula Gauthier

Manifestation de parents d'élèves venus de Fukushima contre le gouvernement, à Tokyo le 23 mai 2011. (Sipa) Manifestation de parents d'élèves venus de Fukushima contre le gouvernement, à Tokyo le 23 mai 2011. (Sipa)

(Enquête parue dans le "Nouvel Observateur" du 25 août 2011)

De notre envoyée spéciale

Seiichi Nakate s'en félicite encore. En mars dernier, apprenant que le tsunami qui venait de ravager les côtes du Japon avait également endommagé la centrale de Daichi - distante de 60 kilomètres seulement de sa ville de Fukushima City -, il décide sur-le-champ de mettre à l'abri sa femme et ses deux enfants en les envoyant le plus loin possible, à 700 kilomètres de là, chez sa belles-soeur. “Contrairement à tant de gens, je connaissais les risques, explique-t-il d'un ton calme. Il y a vingt-trois ans, Daini, l'autre centrale de Fukushima, avait déjà essuyé un accident grave. J'avais milité à l'époque pour sa fermeture.” Dans les jours qui suivent, un chapelet d'explosions viennent confirmer ses doutes. Pendant de longues semaines, les gaz toxiques crachés par la centrale en perdition seront ballottés par les vents, dispersant leurs graines de mort sur un vaste périmètre peuplé de 2 millions de personnes.

Les rares écolos de la ville prennent le chemin de l'exode

Les autorités, qui multiplient les déclarations lénifiantes, ordonnent des évacuations limitées dans un rayon de 20 kilomètres. Malgré les simulations météo qui montrent le panache radioactif s'enroulant sur lui-même à l'aplomb de la capitale provinciale, Fukushima City est considérée comme suffisamment éloignée du danger. Persuadés que les pouvoirs publics feront l'impasse sur l'accident malgré sa gravité inouïe, les rares écolos de la ville prennent le chemin de l'exode. “C'était la chose la plus raisonnable à faire, reconnaît Nakate. Je l'aurais fait aussi, mais je me sentais responsable des collègues qui travaillent pour mon association d'aide aux handicapés. Résultat : je suis resté avec une poignée de personnes lucides au milieu d'un océan d'aveuglement...”

Les 300 000 habitants continuent en effet à vaquer sagement sous les pluies de particules empoisonnées, s'en remettant aux bulletins rassurants diffusés par les médias. "Les autorités de la province ne veulent qu'une chose : que la population reste, à n'importe quel prix, accuse Nakate avec une pointe d'exaspération. On les endort, on leur cache la vérité. Personne ne se soucie de leur santé, de leur bien-être. Et dire que, au moment de Tchernobyl, la Biélorussie a procédé à l'évacuation de toutes les localités qui présentaient un taux de radiation quatre fois moindre qu'ici !”

carte

Impossible de se procurer sur place le moindre compteur Geiger

Avec une poignée de copains, comme lui ex-militants écolos, Nakate décide de "sauver tous les habitants de la ville". Le gouvernement prétend, sans fournir de preuves, qu'“il n'y a aucun problème pour la santé" ? Les mousquetaires produiront des mesures exactes prises dans les maisons, les rues, les écoles et les jardins. Problème : impossible de se procurer sur place le moindre compteur Geiger. A Tokyo, l'article est si rare qu'il s'échange sur le web à des prix astronomiques - des militants soupçonnent aujourd'hui que le marché a été volontairement “asséché” par le puissant lobby du nucléaire, peu désireux de voir M. N'importe-Qui contrôler la toxicité des rejets.

Des valeurs égales à celles enregistrées à 3 kilomètres de Tchernobyl!

Nakate se tourne vers ses anciens amis de Fukuro Nokai (“Contre les centrales vieillissantes de Fukushima”), une petite ONG fondée à Tokyo en réaction au fameux accident de 1988 et qui n'a cessé depuis de réclamer la fermeture des centrales. Avec sa dizaine de membres dévoués et ses relais dans la capitale, Fukuro Nokai va se mettre entièrement au service de cette mission de salut public. “C'est grâce à leur matériel que nous avons pu faire les premières mesures, en commençant par les cours d'écoles et les aires de jeu des jardins d'enfants, raconte Nakate. Les résultats ont dépassé nos pires craintes.” Les trois quarts des établissements scolaires de la ville présentent en effet des taux correspondant à ce qu'on appelle dans les métiers du nucléaire une “zone contrôlée” : en clair, une zone où le niveau de radiation exige des règles strictes de signalisation, de circulation et de contrôle des durées d'exposition. Dans le cas du collège de Watari, situé en centre-ville, les compteurs indiquaient même des valeurs égales à celles enregistrées à 3 kilomètres de Tchernobyl - carrément du niveau "zone interdite" !

Postés sur le site de Fukuro Nokai, ces premiers chiffres publics vont déclencher un déluge de commentaires de la part de jeunes parents qui écumaient désespérément le web à la recherche d'informations leur permettant de limiter les risques imposés à leurs enfants. En quelques jours, une communauté se crée, partageant ses sources, bâtissant au fil des échanges une expertise de plus en plus pointue - sur la nature des particules radioactives, leur mode de propagation, leur dangerosité...

Infirmiers, animateurs, employés deviennent des spécialistes

De timides employés deviennent des quasi-spécialistes des microsieverts, de la demi-vie des isotopes, la façon dont les particules rejetées dans l'atmosphère colonisent l'environnement avant de semer le chaos dans tel ou tel tissu du corps humain... Ohi Tomotsugu, infirmier de son état, est ainsi devenu un champion du compteur Geiger, passant au crible tous les coins de la ville, renouvelant ses mesures après chaque averse, chaque orage, débusquant les “hot spots” où la radioactivité s'est accumulée au gré des ruissellements.

Son ami Kawarada Akihiro, animateur social, est imbattable sur les mille et une façons connues de gérer et de décontaminer les zones radioactives. Cette effervescence aboutit début mai à la naissance du “Réseau de Fukushima pour protéger les Enfants contre les Radiations”, fort aujourd'hui de plusieurs centaines d'adhérents. Avec Nakate comme président, ses membres bombardent les directeurs d'école de fax, de mails, leur enjoignant de proscrire les activités en plein air, de garder les fenêtres closes, de repérer les «hot spots» et d'en interdire l'accès... Les plus véhéments exigent du ministère de l'Education que les bâtiments scolaires soient «décontaminés” comme n'importe quel local professionnel soumis à un excès de radiation. Des mères de famille placides font le siège des bureaux du gouverneur, réclamant que les terrains de foot qui servent de cours aux écoles soient grattés, débarrassés de la couche superficielle où se sont incrustées les particules dangereuses entraînées par les pluies. Les autorités s'exécutent de mauvais gré. Et quand elles traînent des pieds, on voit des bandes de grands-mères, masque sur le visage et pelle à la main, procéder elles-mêmes à cette éreintante tâche...

Une telle révolte, si modérée soit-elle, suscite la réprobation

Dans un pays allergique au confit, où le culte de la cohésion sociale confine au conformisme, une telle “révolte”, si modérée soit-elle, suscite d'abord la réprobation. Mme Watanabe, qui distribuait à la sortie de l'école de sa fille des prospectus pédagogiques sur les règles d'hygiène à observer dans un environnement radioactif, s'est vu discrètement mettre en garde : “Savez-vous que les membres de votre Réseau sont en fait de dangereux gauchistes Mon mari est policier, il est bien renseigné. Ne vous laissez pas manipuler par des gens qui ont des arrière-pensées politiques...”

 Ils nourrissent sans relâche le fil Twitter

L'énergique Mme Watanabe, employée d'une compagnie d'assurances, connaît mieux que quiconque le courage qu'il faut pour secouer le poids du qu'en-dira-t-on. "J'ai dû me battre très fort pour obtenir, malgré le désaccord de mes beaux-parents, de venir vivre avec mon fils à Yonezawa”, une ville “propre” à une centaine de kilomètres de Fukushima City. Son mari vient les rejoindre le week-end. Elle s'active avec son amie Mme Nishida, mère au foyer, qu'elle a réussi à “arracher aux mensonges des JT qui prétendent que tout va très bien” et à convaincre d'abandonner sa maison “terriblement contaminée". Insensibles aux regards de travers, elles se dépensent sans compter pour le “Réseau des parents”, effectuent des prélèvements dans les écoles et les parcs, nourrissent sans relâche le fil Twitter pour "faire connaître toutes les infos bloquées ou falsifiées par les autorités” ...

"Tous les parents ont compris qu'on nous a menti"

“En deux mois, l'état d'esprit général a énormément bougé, affirment-elles avec fierté et espoir. Tous les parents ont compris maintenant qu'on nous a menti, qu'on nous ment, que la situation est terriblement dangereuse. Mais ils ne savent pas encore quoi faire, comment réagir.” En évoquant tous ces enfants qui continuent de baigner dans la soupe délétère de Fukushima City, dans l'attente d'un ordre d'évacuation qui ne viendra pas, Mme Watanabe va jusqu'à exprimer un sentiment tabou : la colère. Colère contre les directeurs d'école béni-oui-oui, contre les fonctionnaires préfectoraux qui se cachent derrière la hiérarchie, contre le bureau de l'Education qui tergiverse, contre Tepco qui n'a que faire des populations, et contre tous les politiques qui prétendent encore cacher l'horreur nue de la catastrophe...

 Les enfants de Fukushima n'ont le droit à aucun suivi médical

“Le plus simple, le plus sain, le plus juste serait bien sûr d'évacuer toutes les familles ayant des enfants en bas âge, soupire Kazumasa Aoki, le responsable de Fukuro Nokai. ll faut savoir que ces enfants ont déjà subi des pics énormes de rayonnement au moment des trois explosions de mars, sans compter toutes les particules qu'ils ont inhalées depuis quatre mois ou ingérées dans l'eau et la nourriture.” A combien s'élève la radiation cumulée absorbée par leur organisme ? Pour y répondre, il faudrait que Tepco rende public le détail de ses rejets, précisant la nature et la quantité des différents types de radio-nucléides émis dans l'atmosphère. Des informations à ce jour non divulguées, malgré les multiples demandes des associations vertes. En tout état de cause, il faudrait abaisser le seuil acceptable de radiation pour ces enfants, de façon à tenir compte des doses déjà absorbées. “Et que voit-on ? Que ce seuil a été au contraire relevé pour la province de Fukushima, adultes et enfants confondus, passant de 1 millisievert par an (comme partout) à 20 millisieverts par an ! Or ce chiffre correspond à la limite supérieure admise pour les travailleurs du nucléaire, et à ce titre exige un grand luxe de précautions et de suivi médical. Les enfants de Fukushima, eux, n'ont droit à aucune mesure, aucun suivi, aucune prévention : juste à la multiplication par 20 de leur risque d'avoir un cancer !” [...]

Ursula Gauthier-Le Nouvel Observateur

[SAMEDI] Les révoltés de Fukushima
Selichi Nakate, avec une poignée de copains, comme lui ex-militant écolo, a décidé de "sauver tous les habitants de la ville". (Ursula Gauthier)
[SAMEDI] Les révoltés de Fukushima
23 mai 2011, une petite fille de Fukushima venue manifester à Tokyo tient une pétition demandant au ministère de l'éducation de protéger les enfants de la contamination radioactive. (Y.Tsuno-AFP)
[SAMEDI] Les révoltés de Fukushima
Manifestation de parents d'élèves venus de Fukushima contre le gouvernement, à Tokyo le 23 mai 2011. (Sipa)

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