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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 14:03

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Colère

08/01/2012 à 18h26

Zineb Dryef | Journaliste Rue89 Audrey Cerdan | Photographe Rue89


 

Lassés par des politiques déconnectés de leur vie et par une pauvreté croissante, des citoyens révoltés se réunissent pour trouver le moyen de « vivre heureux ».

(De Corrèze) Ils sont vingt, assis en rond dans le salon de Corinne, une grande pièce éclairée par des guirlandes lumineuses et réchauffée par des dessins d'enfants. Sur les murs ont été punaisés, en prévision de la réunion, un « bout d'espérance » signé Hundertwasser, des slogans et un ordre du jour, encore vierge lorsqu'on arrive enfin.

Puy d'Arnac, à quelques 5 948 kilomètres de (Occupy) Wall Street et à un peu moins de 500 kilomètres de (Occupons) La Défense.

Pour arriver, on traverse en voiture de minuscules villages corréziens, on grimpe une pente impraticable l'hiver tant elle est raide, on se dit que cette campagne là est belle.

Il est 19h30. Tout le monde est déjà assis. Une grande table est dressée façon buffet au fond de la pièce. Chacun a apporté quelque chose. Certains se connaissent tous de longue date. Ils sont amis ou voisins. Ceux qui se connaissent peu se sont au moins aperçus une fois, au marché ou peut-être ailleurs.

« Vous voulez boire quelque chose ? »

On veut bien. La réunion doit commencer.


« La misère est plus cachée qu'en ville »

Corinne se lève. Elle sort son gros feutre et attend. « On doit faire l'ordre du jour. » Bavardages. Elle rit :

« Ce ne sont plus les “Indignés” mais les “Indisciplinés”. »

Elle noircit la feuille au fur et à mesure. « Consommer autrement », « Redéfinir notre identité », « Comment se faire entendre »... L'ordre du jour terminé, il faut maintenant déterminer dans quel sens le prendre : de haut en bas ou de bas en haut ?

Mais avant de débattre, certains veulent s'exprimer. Evelyne, calmement :

« A la campagne, il y a de la misère. Beaucoup de misère. On voit tous ces petits retraités... Les Restos du cœur de Beaulieu sont de plus en plus fréquentés, on le voit tous les jours. C'est plus caché qu'en ville mais ça existe. »

Les autres font oui de la tête.

« Les familles très pauvres ne savent pas qu'elles peuvent faire un potager, c'est hallucinant. Ils ont des terrains et ils ne savent pas. Ils n'ont plus le savoir. »

La pauvreté, Marie connaît. Avec quelques centaines d'euros par mois à plus de 50 ans, elle vit mal. « Survit ». Lorsqu'elle intervient, sa parole de colère et d'exaspération installe le silence parmi les autres :

« Il faut que les politiques sachent l'état de délabrement de nos vies. Le choix aujourd'hui, c'est de payer ses factures ou de manger. Il faut que les politiques parlent de ça, soient plus concrets. C'est une grande révolte. Les petits raccommodages ne suffisent pas. »

Djemel, futur crieur public des environs, timidement, suggère que les « Indignés », c'est justement de « faire sans les politiques ». Marie explose :

« Mais on ne veut pas faire avec, on veut aller contre ! Sur les plateaux télés, ils parlent de leur dette, mais on n'est pas économistes, on ne va pas hypothéquer la vie des gens ! On doit être intrusifs, aller à la télé, les faire parler de la vie des gens. »

« Les gens sont encore trop gentils »

De son sac, elle sort « L'Horreur économique », paru en 1996, de l'essayiste Viviane Forrester (la photo de quatrième est incongrue).

« Lisez-le, elle dit tout ! Ils nous écrasent. »

Le livre circule. Il est feuilleté longuement – de nombreux passages ont été soulignés avec vigueur.


Marie montre le livre de Viviane Forrester, « L'Horreur économique » (Audrey Cerdan/Rue89)

Louise, sa fille de 20 ans, se tient silencieuse à ses côtés. C'est la première fois qu'elle participe à une réunion politique.

« Ma mère m'a traînée là mais elle a raison, les gens sont encore trop gentils. »

Ces derniers jours, quelqu'un du conseil général de Corrèze lui a annoncé qu'elle n'aurait pas de bourse pour ses études d'arts appliqués à Bordeaux. Il n'y a plus d'argent. Ça la secoue, elle ne sait pas bien comment elle peut faire.

Ce qui la secoue plus encore, c'est ce suicide à Collonges-la-Rouge, il y a quelques jours. Quelqu'un que tout le monde dans ce salon connaissait. Peut-être s'est-il suicidé à cause de ses dettes, personne ne sait. Marie s'énerve :

« Ce n'est plus possible. »

« Peut-être que les “Indignés”, c'est cela, recréer des liens pour éviter ces drames », dit Corinne. Quelqu'un qui n'était pas au courant pleure.

Evelyne reprend la parole pour dire que les « Indignés » servent à éveiller. Parce que la majorité de la population n'est pas dans la prise de conscience mais dans la survie :

« Quand je parle du potager, c'est pour dire aux gens, leur montrer qu'ils peuvent être autonomes. Il faut montrer qu'il y a des alternatives de vie et qu'on est heureux. »

Une participante réplique :

« Mais si on est heureux, on n'a pas à se réunir. »

Anne, l'une des plus engagées, clot le débat :

« C'est vrai, en face de nous, on a des pouvoirs qui nous écrasent, on est sacrifiés mais on doit pouvoir vivre heureux. »

Corinne qui reçoit ce soir – les lieux de réunions sont tournants – lève la séance. On reprendra après avoir fumé et un peu mangé.

« C'était bien, les vœux écrits sur les étoiles »

Qui sont-ils ces « Indignés » corréziens ? Il y a là des agriculteurs, une maraîchère, un plombier-chauffagiste, des artistes, une femme au foyer revendiquée, un menuisier, des artisans...

Parmi eux, rares sont ceux qui ont un passé d'engagement politique mais ils sont tous plein de cette révolte nouvelle contre « eux ». Eux, ce sont les politiques, les médias, les grands groupes, leurs logos au-dessus des factures qui montent.

Par petits groupes, ils allument des cigarettes dans l'obscurité du dehors ou se resservent autour de la table. Ils parlent de tout et aussi de la dernière manifestation à Tulle, ils étaient cinquante, c'était pas mal.

« C'était bien aussi, à Meyssac, les vœux écrits sur les étoiles. Les gens s'arrêtaient pour les lire », dit quelqu'un lorsque la réunion reprend. Ils ont l'air comme ça d'être ce qu'on désigne par « doux rêveurs » mais non, ils sont décidés à tout changer, à « tout faire basculer », à se mettre hors du système.

C'est pour cela que sont nées ces réunions. Alors, depuis la fin du mois d'octobre, ils discutent et manifestent sous la bannière des « Indignés » en se demandant encore ce que ça peut bien vouloir dire.

Ils disent ne pas vouloir de chef, ils disent vouloir communiquer leur révolte, apporter des réponses, non, pas apporter des réponses plutôt des pistes. Ils disent aussi vouloir transmettre ce qu'ils vivent, être entendus mais pas par des syndicats et des partis perçus comme opportunistes.


« Il faudrait raper son savon devant un Lidl »

Kevin, 28 ans, propose d'organiser des rencontres entre associations du coin, petits producteurs et consommateurs. Circonspects, certains font observer que ça s'est déjà fait, qu'on retrouve toujours les mêmes personnes.

« Moi, j'aimerais qu'on aille à la rencontre des gens qui ne vont jamais à ces trucs là.

– On peut aller sur les marchés où on trouve M. et Mme Tout le Monde. Le but c'est de toucher des gens ordinaires.

– C'est vrai, parce que si c'est pour tomber sur les convaincus...

– Dans les marchés, ce sont des gens aisés.

– Moi pour faire ma lessive, j'utilise du savon de Marseille râpé. On pourrait, par exemple, au supermarché, se mettre à râper des savons de Marseille pour montrer aux gens que ça coûte moins cher que des packs de lessive et que ça lave aussi bien.

– Oui, mais ça existe déjà dans les bouquins.

– C'est bien de le montrer. Ca fera faire des économies à ceux qui en ont besoin.

– Il faudrait le faire devant un Lidl alors. »

La soirée avance, les idées surgissent. Pourquoi ne pas encourager ceux qui ont un jardin à produire ? Mais ceux qui n'ont pas de jardin ? Ils peuvent acheter des produits à ceux qui en ont, leurs produits en plus, ça se faisait autrefois. Se pose alors la question de la légalité. Une participante se fait pédagogue :

« Je ne paye pas mes factures. De toute façon, même si je voulais, je ne peux pas. Du coup, je ne paye que ce que je dois. Pour l'eau, par exemple : les taxes d'assainissement, le forfait de je ne sais pas quoi et l'aménagement de la station d'épuration, c'est non. Je paye uniquement ce que je consomme. Parce que je ne trouve pas ça juste. Je leur écris pour leur dire. »

L'assemblée est perplexe : mais il se passe quoi ?

« Je paye uniquement ce que je dois, et sinon j'écris à Hollande [président du conseil général de Corrèze, ndlr].

– Et tu fais ça depuis quand ?

– Depuis que je suis pauvre. Depuis trois ou quatre ans. »

Indignation en Corrèze, mode d'emploi

Cette vingtaine de Corréziens s'indigne et a l'intention de faire plus encore. Ensemble, ils veulent peser. Leur mode d'emploi :

  • une assemblée générale d'information sur la désobéissance civile pour échanger des « trucs » ;
  • des actions concertées pour ne pas « que quelqu'un se retrouve seul au tribunal » ;
  • des actions locales  ;
  • des manifestations, encore et encore, pour rassembler autour d'eux.

Le 15 janvier, ils seront à Brive. Ce sera la journée mondiale des Indignés.

Vous faites aussi partie d'un groupe qui s'indigne ? Racontez-nous dans les commentaires.

 


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Published by democratie-reelle-nimes - dans Les indignés d'ici et d'ailleurs
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