Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 17:30

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Entretien 02/12/2014 à 11h30

« Le numérique détruit de l’emploi... au sein du numérique »

Mathieu Deslandes | Rédacteur en chef adjoint Rue89

 

Un homme devant un ordinateur (Audrey Cerdan/Rue89)

 

Il y a deux fois plus d’informaticiens au chômage qu’il y a cinq ans. Vous avez bien lu : des informaticiens. Des gens qui, plus jeunes, ont écouté le conseiller d’orientation, et ont suivi le parcours qui devait les préserver du chômage. Selon les méthodes de comptage, ils sont entre 45 000 et 55 000.

Au même moment, des chefs d’entreprise affirment en chercher, des informaticiens, et avoir du mal à en trouver. Alors quoi ?

Régis Granarolo, président du Munci, une association d’informaticiens qui dissèque chaque mois les statistiques du secteur, nous aide à y voir plus clair.

Rue89 : Depuis des années, on encourage les jeunes à se tourner vers l’informatique. Quand on voit la progression du chômage dans ce secteur, on se demande quand même si ce n’était pas une erreur.

Régis Granarolo : La pensée unique qui fait de l’informatique un eldorado est un gros mensonge. Certes, les jeunes qui ont un bac +3 ou un bac +5, les ingénieurs, n’ont pas trop de souci à se faire. Mais pour les autres, le chômage augmente fortement depuis 2008. Chez les bac +2 ou +3, le taux de chômage atteint 14%. Ce qui fait que je suis assez circonspect quand je vois toutes ces nouvelles écoles, ces « académies du Web » qui délivrent des diplômes de niveau bac +2 (même si leurs directeurs assurent qu’ils ont un bon taux d’insertion).

Vous dites que les jeunes ingénieurs informaticiens n’ont aucun souci à se faire. A partir de quel âge les ennuis commencent-ils ?

Dans l’informatique, on est considéré comme vieux à 40 ans. Une étude de l’Apec (elle porte sur les cadres, mais le phénomène est vrai pour les non-cadres aussi) a montré [PDF] que 74% des recrutements dans notre secteur se font à moins de six ans d’expérience. On est le secteur qui recrute le plus entre zéro et cinq ans d’expérience, et dont le taux de plus de 50 ans est le plus faible de toute l’économie. Chez les développeurs, selon les cabinets spécialisés, 90% des recrutements se font à moins de deux ans d’expérience. Ce jeunisme est sidérant.

Pourquoi un tel jeunisme ? Les compétences évoluent à toute allure, tout le monde est vite dépassé ?

En partie. Les employeurs affirment aussi chercher chez les jeunes un état d’esprit, plus de flexibilité, de mobilité. Autre tendance : la constitution d’équipes très homogènes pour éviter les conflits générationnels. Mais la principale raison, c’est les salaires : les jeunes coûtent moins cher.

Une fois qu’ils sont embauchés, que deviennent-ils ?

Très vite, ils ont envie de devenir chefs de projet, parce que c’est prestigieux, et beaucoup mieux payé. Ils font plus d’encadrement et moins de technique. Aux Etats-Unis, les développeurs seniors sont beaucoup plus nombreux. C’est très précieux.

Ici, à la fin des années 90, il était impensable d’avoir des chefs de projet avec moins de cinq ans d’expérience. Aujourd’hui, au bout d’un an ou deux, c’est courant. C’est un système qui encourage la déperdition technique. Et implique d’embaucher toujours plus de jeunes pour renouveler la base de la pyramide.

Est-ce dans cette optique que des rudiments de code vont être enseignés à l’école ?

J’en ai peur. Une meilleure culture numérique est une nécessité, l’apprentissage du « pseudo-code » (la formalisation en langage informatique du langage naturel) et de l’algorithmique sont intéressantes, mais l’enseignement à tous du codage ne doit pas être une priorité. L’idée selon laquelle on manquerait de développeurs, et qu’il faudrait susciter des vocations chez nos enfants, est complètement folle. Hélas certains de nos dirigeants en sont convaincus.

Axelle Lemaire [secrétaire d’Etat chargée du Numérique, ndlr] et Fleur Pellerin [ministre de la Culture, ndlr] semblent complètement manipulées par les lobbies patronaux du secteur (Syntec, Afdel, France numérique, etc.) et sincèrement persuadées que des centaines de milliers de postes de développeur vont être créés. Pour examiner chaque jour depuis dix ans la situation de l’emploi dans le secteur informatique, je peux vous dire que c’est une idée complètement farfelue !

Une fameuse étude [PDF] publiée en 2011 du cabinet McKinsey, reprise partout – notamment par le Conseil national du numérique – annonçait 450 000 créations d’emplois dans le numérique sur la période 2011-2015. Au bout de trois ans, on n’a pas dépassé les 60 000.

Mais entretenir ce genre de fantasmes permet aux chefs d’entreprise d’avoir en permanence un vivier de jeunes candidats bien formés et pas chers. Ce discours est aussi un moyen de légitimer le recours à l’off-shore et à l’immigration économique depuis les pays à bas coûts, et de toucher des aides publiques pour former à la va-vite des non-informaticiens à nos métiers.

La réalité, c’est qu’il y a, en France, un sureffectif d’étudiants formés à nos métiers.

Il y a pourtant des tas d’annonces non pourvues...

Quand des SSII [sociétés de services en ingénierie informatique, ndlr] se plaignent d’avoir du mal à recruter, ce n’est pas faux ; mais elles ne disent pas qu’elles ont des critères de sélection draconiens, et oublient qu’elles ont souvent une mauvaise image (au contraire des DSI [directions des systèmes d’information] des grandes entreprises). Il est vrai aussi que de plus en plus de professionnels passent en freelance, ce qui fait autant de candidats en moins.

Ensuite, vous devez savoir que quatre offres d’emploi sur cinq dans l’informatique ne correspond à aucun poste disponible dans l’immédiat ; seulement, les entreprises constituent des CV-thèques, ou se préparent au cas où elles remporteraient un appel d’offres qui impliquerait d’embaucher.

« Informaticien » est un vocable qui recouvre de nombreux métiers. Certains d’entre eux restent tout de même très recherchés, non ?

Si la pénurie générale est un mythe, il est vrai qu’il y a pénurie de profils très spécialisés : des développeurs confirmés sur certaines technologies, dans le cloud computing, le big data, la sécurité informatique, l’informatique collaborative, les réseaux sociaux, les applis mobiles... Ceci dit, inutile de s’emballer. Le big data ou la cybersécurité représentent pour le moment moins d’un millier de recrutements par an.

Les ingénieurs systèmes et les administrateurs réseaux vont rester très recherchés pendant quelques années mais on en aura de moins en moins besoin : les réseaux sont de plus en plus auto-administrés. On peut aussi se poser des questions pour les développeurs : la tendance est à l’industrialisation du développement, à la réutilisation d’outils existants ; avec le cloud-computing, on va faire (hélas) de moins en moins de sur-mesure. Le numérique détruit aussi de l’emploi... au sein du numérique.

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • : Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
  • Contact

Texte Libre

INFO IMPORTANTE

 

DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

OVERBLOG NOUS IMPOSE ET PLACE DES PUBS

SUR NOTRE BLOG

CELA VA A L'ENCONTRE DE NOTRE ETHIQUE ET DE NOS CHOIX


NE CLIQUEZ PAS SUR CES PUBS !

Recherche

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



  Th-o indign-(1)

55

9b22