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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 21:33

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

Le mouvement Occupy se mondialise

LE MONDE | 12.10.2014 à 18h34 • Mis à jour le 13.10.2014 à 19h34

 

 

Illustration ALE+ALE

 

Par les chercheurs David Graeber et Yuk Hui

A chaque fois qu’on déclare la fin du mouvement Occupy, on le voit ressurgir ailleurs : au Nigeria, en Turquie, au Brésil, en Bosnie… Tout récemment, à Hongkong, la renaissance inopinée du collectif Occupy Central qui, en 2011, avait investi le siège de la banque HSBC en solidarité envers les occupants de Zuccotti Park à New York, a paralysé la ville pendant plus d’une semaine.

Ce phénomène ne tient pas à une simple innovation sémantique ou stratégique de la part des militants. L’année 2011 a bel et bien transformé la notion même de révolution démocratique.

Les mouvements de 2011 ne sont pas nés aux Etats-Unis, mais en Afrique du Nord. De là, ils ont traversé la Méditerranée pour gagner la Grèce et l’Espagne. Il aura cependant fallu qu’ils frappent l’épicentre du capitalisme américain pour qu’on les voie se multiplier à l’échelle mondiale, de l’Argentine à l’Afrique du Sud.

Pendant un temps, on a cru à une parenthèse révolutionnaire à l’initiative d’une jeunesse américaine hostile au système politico-économique libéral. En quelques mois, la plupart de ces mouvements ont été démantelés. Rétrospectivement, on peut dire qu’il s’agissait bien là d’une révolution, mais pas celle que l’on croyait. Quand les historiens se pencheront sur cette année-là, ils la compareront sans doute à 1848 : les insurrections quasi simultanées survenues à l’époque dans le monde entier n’ont pas abouti à une prise de pouvoir, mais elles ont néanmoins tout chamboulé.

 

PAS L’AMBITION DE PRENDRE LE POUVOIR

A la différence de 1848, ou même de 1968, les insurgés de 2011 n’avaient d’ailleurs pas l’ambition de prendre le pouvoir. Peut-être est-ce ce qui fait leur singularité. Si la révolution se définit par une transformation du sens politique commun, alors l’année 2011 était révolutionnaire. A première vue, les stratégies et les revendications peuvent paraître similaires à celles de mouvements antérieurs, mais les notions de démocratie et de gouvernement ont été si profondément dissociées que même les militants qui appellent à la création d’instances représentatives étatiques adoptent désormais des stratégies, des sensibilités et des modes d’organisation proprement anarchistes.

Occupy Central, dans sa première incarnation, installé à Hongkong d’octobre 2011 à août 2012, constitue l’une des mobilisations les plus longues. Il aura suffi de quelques dizaines de tentes et d’une centaine d’occupants pour inaugurer de nouveaux modes d’organisation et d’expression démocratique directe dont on découvre encore les implications de long terme.

Joshua Wong, 17 ans, leader du mouvement Occupy Central de Hongkong le 26 septembre. En 2013, deux universitaires et un prêtre issus de ce mouvement ont décidé de réorganiser un campement, appelé Occupy Central with Love and Peace (OCLP), pour demander l’instauration du suffrage universel pour la désignation du chef de l’exécutif à Hongkong en 2017. Pendant plus d’un an et demi, cette initiative est restée en suspens.

Le 31 août, le gouvernement a annoncé que les citoyens auraient à choisir parmi des candidats désignés par un collège de 1 200 grands électeurs choisis par le Parti communiste chinois. La promesse « un pays, deux systèmes », faite dans le cadre de l’accord sino-britannique, est restée lettre morte ; l’actuel chef de l’exécutif, Leung Chun-Ying, est une marionnette de Pékin. Le 28 septembre, deux associations étudiantes, fatiguées d’attendre que les organisateurs officiels d’OCLP se décident à fixer une date, ont pris les devants en rassemblant 50 000 manifestants.

La plupart d’entre eux s’exposaient pour la première fois de leur vie aux gaz lacrymogènes. Les occupations n’ont pas tardé à se propager vers d’autres quartiers d’affaires : Admiralty, Causeway Bay, Mong Kok. L’ampleur du mouvement a surpris tout le monde, y compris les instigateurs d’OCLP. Des chauffeurs de poids lourds ont bloqué les routes, des conducteurs de minibus ont convoyé gratuitement les étudiants, des citoyens leur ont apporté des vivres. La police, débordée, a fait front commun avec les triades pour mater l’insurrection et terroriser les manifestantes. Et pourtant, l’occupation continue.

DÉFENDRE LA DÉMOCRATIE

Quelles en sont les raisons ? Les manifestants hongkongais affirment leur volonté de défendre la démocratie mais les griefs qui les ont amenés à descendre dans la rue sont d’ordre économique. Hongkong a été l’un des laboratoires du néolibéralisme. En 1963, l’économiste américain Milton Friedman (qui, huit ans auparavant, décrivait Hong­kong comme « une ville pauvre et misérable ») proposait à Sir John J. Cowperthwaite, alors secrétaire aux finances de cette colonie britannique, de mener une expérience audacieuse : que Hongkong prenne le contre-pied de la Grande-Bretagne socialiste en adoptant le libre-échange.

Dans les années 1970-1980, les réformes ont apparemment abouti à un véritable miracle économique, avec un produit intérieur brut par habitant largement supérieur à celui des Britanniques. Dans une conférence prononcée à Chicago en 1997, Friedman constatait : « Nous sommes plus productifs que Hongkong. Mais nous avons choisi, ou nous avons été amenés par les aléas de la politique, à consacrer près de la moitié de nos ressources à des activités auxquelles Hongkong ne consacre que 15 % ou 20 %. » Il faisait référence au budget alloué à la culture, à l’éducation et autres services publics sacrifiés par Hongkong.

VARIANTE HYBRIDE ET MUTANTE

Depuis la rétrocession à la Chine en 1997, le modèle néolibéral s’est mis en place et Hong­kong a élaboré sa propre variante hybride et mutante d’autoritarisme de marché. Les facteurs décisifs ont été de permettre aux touristes de Chine continentale de se rendre à Hongkong (Individual Visit Scheme), qui a fait de cette ville un supermarché de produits de luxe. L’embourgeoisement qui s’en est suivi a précipité la faillite des commerces locaux, la mort des quartiers populaires et la flambée du marché immobilier.

Par ailleurs, les promoteurs immobiliers, nouveaux magnats de Hongkong, se sont vu accorder d’empiéter sur les zones rurales pour agglomérer la ville à celle de Shenzhen, sur le continent, sans que soit prévu le moindre investissement en faveur de logements sociaux. Les jeunes ont ainsi été condamnés à vivre dans la misère. Entre 2013 et 2014, le loyer des appartements d’une superficie inférieure à 40 m2 a augmenté de 28,3 %.

Enfin, la collusion entre hauts fonctionnaires et investisseurs, source de plusieurs scandales de corruption, n’a pas épargné la commission indépendante de lutte contre la corruption. Un ancien responsable des services de police, Tao Siju, est allé jusqu’à saluer comme patriotes les chefs de gangs des triades, qui contrôlent la fameuse industrie hongkongaise du divertissement.

Le capitalisme véreux, les malversations immobilières et l’effondrement généralisé du modèle néolibéral en 2008 ont eu des conséquences dramatiques. En 2013, sur les 7 millions d’habitants que compte Hongkong, 1,31 million vivaient sous le seuil de pauvreté. Le collectif Occupy Central est né d’une prise de conscience populaire : le gouvernement fantoche à la solde du régime communiste et les milieux d’affaires hong­kongais forment une seule et même clique dont il faut se débarrasser.

C’est précisément ce genre de dérive que les manifestants d’Occupy aux Etats-Unis entendaient dénoncer au nom des « 99 % ». En incriminant le 1 %, il n’était pas simplement question de répartition des richesses, ni même de justice sociale, mais bien de pouvoir de classe. Le 1 %, c’est la portion de la population qui utilise ses richesses pour obtenir une influence politique qui, en retour, lui permet d’accumuler encore plus de richesses.

A ISTANBUL, SAO PAULO, EN BOSNIE

Les mouvements similaires qui ont éclos à Istanbul, à Sao Paulo, à Tuzla (Bosnie-Herzégovine) et dans bien d’autres villes sont tous fondés sur un même constat. Le gouvernement, qu’il soit élu ou imposé, est perçu comme lointain et, au mieux, inefficace : les instances juridiques, administratives et, surtout, « sécuritaires » de l’Etat n’ont en effet plus aucun compte à rendre à ce que l’on pourrait appeler le « peuple » et ne servent d’autres intérêts que ceux de la finance mondiale.

Voilà ce qu’ont accompli les réformes néolibérales engagées à Hongkong entre les années 1950 et 1970. Ceux qui entendent défier le système mondial du pouvoir n’envisagent plus la possibilité de solliciter ni même d’investir l’Etat. Les pouvoirs en place ne peuvent être ébranlés que de l’extérieur. Il s’agit donc de créer une extériorité, que ce soit temporairement, à la faveur d’assemblées démocratiques improvisées, comme on l’a vu sur la place Tahrir au Caire, la place Syntagma à Athènes et le square Zuccotti à New York, ou de façon permanente, comme dans les communes zapatistes du Chiapas ou le quartier bolivien d’El Alto.

Dans ce paysage politique entièrement reconfiguré, les résultats dépendent souvent des alignements complexes de forces disparates : membres de l’appareil sécuritaire de l’Etat, organisations ouvrières, étudiants, mafieux, nationalistes d’extrême droite qui, inévitablement, cherchent à provoquer des violences de rue et s’allient tantôt avec la mafia, tantôt avec les forces de l’ordre pour ramener le mouvement dans les termes de l’Etat. Autant d’acteurs qui se sont confrontés les uns aux autres de manières différentes en Grèce, en Egypte ou en Ukraine, et ont produit des résultats eux aussi très différents. A l’évidence, le même scénario se joue à Hongkong. Mais quelle en sera la conclusion ?

Pour l’heure, il semblerait que l’on ait atteint une impasse. Le Parti communiste craint qu’un compromis n’encourage des événements similaires en Chine continentale. Les manifestants redoutent une répétition du massacre de Tiananmen et cherchent à mobiliser la communauté internationale.

La volonté d’instaurer une démocratie électorale n’est que le début d’un mouvement de résistance plus vaste contre la gouvernance néolibérale autoritaire. Une population qui a goûté à la démocratie directe, à la formation de consensus et à l’auto-organisation sera le pire cauchemar du gouvernement à venir. Hongkong risque peut-être de devenir moins « productive », pour reprendre les termes de Milton Friedman, mais il se pourrait qu’elle insuffle un sens nouveau à la démocratie en Chine.

(Traduit de l’anglais par Myriam Dennehy)

David Graeber, professeur d’anthropologie à la London School of Economics. Il est notamment l’auteur de « Dette, 5 000 ans d’histoire » (édition Les liens qui libérent, 2013). Il est l’un des instigateurs du mouvement anticapitaliste financier Occupy Wall Street.

Yuk Hui est un philosophe et militant hongkongais. Il est enseignant-chercheur à l’université de Leuphana en Allemagne.

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

 

 

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