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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 15:50

Lettre de Wall Street | LEMONDE | 22.11.11 | 14h45


Ce n'est "pas le gars sympa, demandez donc à Wall Street", a titré à son sujet le quotidien éponyme de la finance aux Etats-Unis. Le gars, c'est Jed Rakoff, 68 ans et toutes ses griffes, juge à la cour du district de New York, où sont déférées la plupart des affaires financières. Un filet de sueur perle souvent sur les tempes des PDG lorsqu'ils apprennent que son nom sort du chapeau pour s'occuper d'un cas concernant leur entreprise. Notoriété qu'il récuse : ne lui est-il pas arrivé de statuer en faveur d'IBM dans un recours collectif contre le géant de l'informatique ? Mais, il l'admet, sa philosophie personnelle le pousse plutôt à se ranger du côté des victimes de fraudes que de leurs auteurs. "La loi est faite pour rendre justice" est l'adage préféré qu'il a retenu de ses études à la prestigieuse faculté de droit d'Harvard.

Doté d'un humour ravageur - lors d'une audience, il avait rabaissé le caquet des avocats d'une banque en leur rappelant la pensée du "grand philosophe américain Yogi Berra" (en réalité un célèbre joueur de base-ball), auteur de l'éternelle maxime : "Un match n'est jamais fini avant d'être terminé" -, le juge Rakoff est encore plus craint lorsqu'il devient sérieux. Les financiers "sont-ils des fantômes ou des êtres humains ?", avait-il lancé en août 2009 aux défenseurs des dirigeants de Bank of America (BoA), qui avaient malencontreusement omis de signaler à leurs actionnaires-plaignants le versement de 3,6 milliards de dollars de primes aux cadres de la banque d'affaires en faillite Merrill Lynch, qu'ils venaient d'acquérir. Et il avait obligé la Securities & Exchange Commission (SEC, contrôleur des marchés américains), qui avait accepté une transaction amiable avec la banque où celle-ci s'engageait à verser une amende de 33 millions de dollars pour solde de tout compte, à revoir sa copie. BoA paiera finalement cinq fois plus, une somme que M. Rakoff ne validera qu'avec réticence.

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Cette fois, il s'en prend à Citigroup, l'autre banque géante américaine de dépôt. Il s'agit encore d'un "deal" avec la SEC. La banque avait vanté à ses investisseurs les mérites de produits financiers pourris et leur en avait "fourgué" pour 1 milliard de dollars. Au même moment, pour son compte propre, Citi pariait sur leur effondrement.

Un classique de la récente crise financière. Toutes les banques l'ont fait, et Citi plutôt parmi les dernières - preuve de son peu de flair, glosent ses concurrents... Bref, en compensation, Citi offre aujourd'hui de reverser 285 millions de dollars, 190 en indemnités et 95 de pénalité. Et promet de s'amender à l'avenir. La SEC y voit une des plus grosses sommes jamais reversée ; le juge Rakoff, un scandale supplémentaire. Pourquoi la SEC accepte-t-elle cette transaction, lui a-t-il demandé, "son intérêt n'est-il pas de mettre au jour la vérité ?". Dans ce type d'accord, pour se prémunir de toute poursuite ultérieure, la banque n'accepte en effet de payer qu'à condition que le gendarme de la Bourse signe qu'elle n'a "commis aucune infraction". Pourquoi paye-t-elle, si elle n'est pas fautive ?, a demandé le juge. Et pourquoi la SEC accepte-t-elle cette hypocrisie ?

Très en verve, le magistrat a poussé son avantage. Avant de valider ou non cette transaction, il a besoin, lui, Jed Rakoff, d'en savoir plus. La SEC pourrait-elle expliquer pourquoi, depuis dix ans, aucune de ses plaintes d'envergure contre un grand de la finance n'a jamais été jugée ? Pourquoi transige-t-elle chaque fois qu'elle lève un lièvre ? "Tout ça, c'est pour la galerie", a-t-il lancé. Là, les médias se sont engouffrés dans la brèche, New York Times en tête. Le résultat est atterrant : depuis 1996, sur les 51 cas où la SEC a engagé des poursuites pour "fraude" contre un grand opérateur financier - 19 sont concernés -, aucune n'a jamais fait l'objet d'un procès. A chaque fois, le scénario est le même : l'institution poursuivie récuse expressément la moindre entorse à la légalité mais accepte de payer une amende et déclare mettre fin à ces pratiques. Chaque fois un juge valide. Et chaque fois, elle récidive... pour conclure ensuite une même transaction en cas de plainte.

Si ce n'est un système entre compères, cela y ressemble furieusement. Les champions toutes catégories sont Citigroup et BoA, avec une première violation en 1999 et sept autres depuis. Suivent feu la banque d'affaires Merrill Lynch et UBS, avec un premier délit entre 1996 et 1998 et six autres derrière. Avec une fraude initiale et cinq récidives, JP Morgan empoche la médaille de bronze. Le gros du peloton est emmené par Goldman Sachs et Deutsche Bank. Attardé au bas de la côte, Credit Suisse, deux fraudes, ferait presque office de coureur vertueux ou mal dopé, dans ce classement des "banquiers-tricheurs" - comme on disait au XIXe siècle aux Etats-Unis "barons-voleurs" pour évoquer les grands sidérurgistes promoteurs de la conquête de l'Ouest.

Dans la dernière livraison de la New York Review of Books, Paul Volcker, ex-patron de la Réserve fédérale (la Banque centrale américaine) sous les présidents Carter et Reagan et récent conseiller économique de Barack Obama, inventeur de la désormais célèbre "règle Volcker" destinée à réinstaurer une séparation au sein du système bancaire entre gestion des dépôts et activité d'affaires, signe une longue complainte sous le titre : "La réforme financière : un travail non terminé".


cypel@lemonde.fr

Sylvain Cypel

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