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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 13:27


Par Samir ABI, ATTAC TOGO

 Les négociations en France entre les Parti Socialiste et Europe
Ecologie Les Verts ont marqué l’actualité de ces dernières semaines. Entre
 d’une part la volonté des verts de s’aligner sur l’Allemagne, la Belgique et
 d’autres pays d’Europe qui programment une sortie du nucléaire entre 2025 et
 2050 et d’autre part les socialistes qui sous la pression d’AREVA et du lobby
 nucléaire français reviennent sur un projet contre lequel ils s’étaient opposés
 quelques années auparavant, l’Afrique semble la grande oubliée de ce débat. Il
 n’est de secret pour personne que l’industrie nucléaire française repose sur un
 socle : l’exploitation de l’uranium à bas coût en Afrique. Et derrière le débat sur la construction de
 centrales nucléaires de nouvelle génération se trouve le débat sur la poursuite
 du néocolonialisme français en Afrique au profit de son industrie nucléaire. Depuis
2001, la France a arrêté toute exploitation des mines d’uranium sur son sol.
 Au-delà de la faible teneur de l’uranium français, la raison de cette
 orientation était le coût quasi gratuit
 de l’approvisionnement en uranium en Afrique notamment au Niger.

 Un des grands pays et des plus pauvres de la planète, le Niger fait
 partie de ce pré carré sur lequel la France veille au grain. En effet,
 l’indépendance énergétique et la politique d’armement nucléaire de la France
 reposent sur cet Etat depuis que l’uranium y a été découvert peu avant son indépendance.
 Le Niger apparaît comme l’exemple parfait de l’échec de la décolonisation en Afrique
 francophone. A l’issue des luttes des peuples africains pour accéder à
 l’indépendance, le Niger se voit octroyer son indépendance en août 1960 par le
 colonisateur français. La France lui
 impose de même son premier président Hamani Diori. Celui-ci, après une dizaine
 d’année au pouvoir, se rendant compte du pillage des ressources nigériennes
 d’uranium essai de renégocier le prix d’achat de l’uranium et le contrat d’exclusivité qui le
 lie à la France. En effet par un accord de défense arraché par la France au
 moment de l’indépendance, le Niger, le Gabon ainsi que d’autres anciennes
 colonies françaises concédaient, à l’ancienne métropole, l’exclusivité de l’exploitation
 des ressources dont ils disposaient et qui étaient jugées stratégique par la
 France. L’uranium était une des ressources à laquelle la France exigeait un
 accès exclusif et sécurisé dans un contexte de guerre froide marqué par la
 course à l’armement nucléaire et l’émergence de l’énergie nucléaire. En contre partie de l’exploitation de ce
 minerai, la France offrait à l’Etat
 nigérien un prix inférieur au prix mondial de l’uranium. Le renforcement de
 l’élite nigérienne après l’indépendance va voir émerger les premières
 revendications d’une renégociation du contrat sur l’uranium. Mal en fut à Hamani
 Diori de vouloir une révision du prix d’achat de l’Uranium, il fut délogé par
 un coup d’Etat et remplacé par le Lieutenant Colonel Seyni Kountché. Cinquante ans
 après son indépendance, l’histoire du Niger reste toujours rattachée à sa
 politique uranifère avec la France. Sous couvert de l’accord passé avec AREVA
 pour l’exploitation du gisement d’uranium Imouraren, un des plus grands gisements
 d’uranium au Monde, et jouant sur l’épouvantail chinois, l’ancien président nigérien
 Mamadou Tandja a failli basculer le Niger dans une dictature. Il a fallu la
 mobilisation de la société civile nigérienne et un coup d’Etat pour le
 rétablissement de l’ordre constitutionnel. Des avancées sont certes à constater
 dans la nouvelle constitution nigérienne en ce qui concerne le droit au développement
 des régions où sont exploitées l’uranium. Mais le Niger reste plus que jamais
 une colonie de la transnationale française AREVA, dont le nouveau président
 nigérien, Mahamadou Issoufou, est un ancien cadre. Le début de l’exploitation du
 pétrole nigérien est également un des nouveaux sujets qui vient s’ajouter aux inquiétudes
 sur la préservation de la souveraineté de ce pays.

 Menacée par l’éveil de la société civile nigérienne, la concurrence
 chinoise et les nombreuses rebellions Touareg
 qui fragilisaient l’exploitation des gisements nigériens, et dans le souci de
 maintenir les intérêts colossaux de l’industrie nucléaire française, AREVA va
 diversifier ces dernières années ses sources d’approvisionnement en Afrique.
 Avec l’aide de Nicolas Sarkozy, devenu premier représentant de l’industrie du
 nucléaire français à l’étranger, AREVA a signé des contrats en République Démocratique
 du Congo et en Namibie assurant à jamais l’uranium pour les centrales
 nucléaires françaises. Dans un tel contexte la question qui demeure reste celle
 de savoir si la France peut réellement se vanter d’une indépendance
énergétique ? 2012 donnera l’occasion aux français de se prononcer sur le
 sujet et de contribuer à la fin du pillage des ressources d’uranium et de la
 dégradation environnementale qui s’en suit dans une Afrique où le désir de souveraineté
 des peuples sur leur ressource se réaffirme plus que jamais.

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Nucléaire
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