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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 17:35

 

 

Rue89

 

Soulagement ? 02/07/2013 à 17h19

 

 

Il sera bientôt possible d’ouvrir un compte en banque low cost chez le buraliste, ce qui simplifiera notamment la vie des cinq millions d’exclus bancaires en France.

 

 


Un vieux portefeuille (Austin White/Flickr/CC)

Ils sont près de deux millions en France. Les « interdits bancaires », écartés du système et souvent aux abois, n’achètent pas leurs billets de train en ligne, ils n’ont pas de chéquier et, la plupart du temps, ne savent plus ce que c’est que retirer de l’argent à un distributeur. Ils sont fichés à la Banque de France, et cela peut durer cinq ans. Selon les associations, il existe en France au total près de cinq millions d’exclus du système bancaire.

C’est un peu pour eux qu’a été pensé le nouveau concept du compte en banques low-cost Nickel, que l’on pourra ouvrir dès cet automne dans les bureaux de tabac. Une « immense première » selon l’un des initiateurs du projet – futur président du conseil de surveillance – Hugues le Bret, ancien patron de Boursorama. La « Logan des comptes en banque » ajoute-t-il, en référence à la voiture low-cost de Renault.

Serge Maître, porte-parole de l’Afub (Association française des usagers des banques), est dubitatif sur la « révolution » que représenterait une telle innovation :

« La plupart des services proposés existent déjà au sein des banques classiques. »

A peu de choses près, cela semble être le cas (le « droit au compte » impose des obligations aux établissements bancaires). Mais différence non négligeable : cette carte devrait permettre de régler des achats sur Internet, ce qui n’est pas le cas des autres, dépourvues du code de sécurité exigé lors d’un paiement en ligne.

Un conseiller bancaire bienveillant

Pour Nicolas Bousquet, 35 ans (rencontré grâce à notre appel à témoins, comme les autres interdits bancaires de cet article), la vie d’« interdit » s’est étalée sur dix ans, de 1999 à 2009. A la suite de chèques sans provision de quelques centaines d’euros, Nicolas a été fiché à la Banque de France et privé de tout moyen de paiement. Il parvenait tout de même a gagner un peu d’argent et à garnir son compte. Mais pour le dépenser, il était contraint de se rendre au guichet.

Le compte Nickel : mode d’emploi
  • L’ouverture d’un compte prend quelques minutes, le temps de scanner une pièce d’identité et de récupérer un numéro d’activation de la carte par SMS ;
  • le coût, pour le client, de la carte et la gestion globale du compte n’excèdera pas les 50 euros, soit trois fois moins qu’un compte en banque classique ;
  • la carte ne permet qu’un débit immédiat : elle n’autorise ni découvert, ni crédit, et empêche ainsi de dépenser plus que l’on a. De plus, pour les prélèvements automatiques (les factures notamment), le compte Nickel prévoit de prévenir le client en cas de solde insuffisant, afin qu’il puisse alimenter son compte et éviter une déconvenue ;
  • se voulant le « compte du pauvre », et c’est le point essentiel, le compte Nickel est accessible à tout le monde, y compris les personnes fichées à la Banque de France et interdites bancaires.

Rapidement, un conseiller bancaire « bienveillant » du Crédit Mutuel lui a proposé une MasterCard Maestro. Cette carte de débit, qui interroge la banque à chaque paiement, lui a permis de gérer son quotidien pendant toute une décennie. Il explique :

« J’avais le droit de dépenser 300 euros par semaine. Avec beaucoup d’anticipation et une gestion rigoureuse des dépenses, il est possible de vivre sans trop sentir peser les contraintes. »

Lorsqu’il faisait ses courses, la carte interrogeait longuement sa banque avant chaque débit. Mais comme son compte était créditeur, tout se passait bien.

Dans certaines situations, les choses se compliquaient :

« Les péages et les stations-service nocturnes ne prennent pas la Maestro. Je devais dans le premier cas calculer l’argent liquide nécessaire pour tout le trajet, dans le second faire le plein avant que les derniers vendeurs ne quittent la station d’essence. »

Mais globalement, Nicolas a traversé cette décennie sans anicroche majeure. Sa banque, compréhensive, a même un jour repoussé son plafond de paiement lorsque cela s’est avéré indispensable.

« Une expérience humiliante »

Tout le monde ne vit pas une telle période avec autant de sérénité. Emilie (prénom d’emprunt), 23 ans, remonte doucement la pente.

Déstabilisée par une formation professionnelle harassante, elle a plongé dans une spirale de dépenses incontrôlées. Conséquences : fichage à la Banque de France et exclusion totale du système bancaire il y a un an.

De cette expérience « humiliante », dont elle n’est pas encore sortie, l’étudiante retient une chose principale : le manque total d’aide fournie par son banquier. A aucun moment celui-ci ne l’a informé de son droit à disposer d’un moyen de paiement, comme cela a été le cas pour Nicolas :

« Si je n’avais pas fini par la demander, je n’aurai jamais obtenu cette carte, et j’en serais toujours galérer à faire des retraits au guichet. »

La banque refuse de régulariser sa situation avant cinq ans, alors que l’étudiante est créditrice et aura bientôt un contrat de travail et sera correctement rémunérée.

Des coupons alimentaires

Alice (prénom d’emprunt), jeune Lorraine de 29 ans, subit de plein fouet la violence de sa situation. Il y a cinq mois, la CAF cesse de lui verser son RSA sans autre forme d’explication. Son compte se creuse jusqu’à atteindre un découvert abyssal (pour elle) de plus de 1 000 euros. Sa banque – le Crédit Mutuel, encore – lui signifie son fichage à la Banque de France, et lui retire carte et chéquier.

Ceci n’est pas une banque

Le compte Nickel est un compte de paiement porté par une société qui s’appelle la Financière des paiements électroniques. Il ne s’agit pas d’une banque mais d’une société agréée comme établissement de paiement par l’Autorité de contrôle prudentiel. Cela veut dire que le client du compte Nickel ne pourront obtenir ni crédit, ni vendre de l’épargne.

Ce statut est permis par la directive européenne de 2007 sur les services de paiement. Transposée en 2009 en France, elle vise à garantir un accès équitable et ouvert aux marchés des paiements et à renforcer la protection des consommateurs. Cela a pour but de stimuler la concurrence au sein du secteur bancaire européen.

La jeune femme bénéficie de la bienveillance de sa propriétaire qui accepte que le paiement des loyers soit différé. Au bout d’un temps, elle rencontre une assistante sociale, qui lui obtient des coupons alimentaires. 36 euros, l’essentiel de son budget nourriture mensuel :

« J’achète la nourriture dans les supermarchés discount, je ne prends que du riz et des pâtes premier prix, et ne mange qu’une fois par jour. Bien sûr, je ne suis plus en mesure de payer la moindre de mes factures. »

Son RSA est revenu, et elle a pu rembourser son découvert, et payer près de 2 000 euros d’agio. Si aujourd’hui, son compte est créditeur de 400 euros, sa banque lui refuse tout accès à son compte, que ce soit au guichet ou via une carte type Maestro :

« Ils me disent qu’il attendent que j’aie un salaire régulier, que je retrouve un emploi. Mais comment faire ces longues et fastidieuses démarches lorsqu’on n’a pas un rond ? »

Elle a récemment trouvé un CDD de deux ou trois mois, non loin de sa ville de résidence. Mais même cela ne semble pas contenter un banquier plus que tatillon.

Alice dit ne pouvoir compter sur personne dans son entourage. Elle vit dans la grande pauvreté, contrainte de vendre des livres et des CD pour payer des billets de bus.

Comme Emilie, elle ressent une certaine honte. Le regard des gens notamment, souvent réprobateur, voire inquisiteur :

« Les gens pensent que l’on se retrouve dans cette situation parce qu’on l’a cherché, qu’on est un panier percé pas fichu de gérer un budget. Cette vision est aux antipodes de mon cas ! »

Défiance envers les banques « traditionnelles »

Bien que seuls 40 buralistes fassent partie du projet de départ autour du compte Nickel (lancé en octobre), ils devraient atteindre les 400 en janvier 2014, et progresser de manière exponentielle, espère son concepteur Hugues Le Bret. Certaines personnes, disposant pourtant d’une agence non loin de chez elles, pourraient opter pour un compte Nickel par défiance envers les banques. Commentaire de Serge Maître :

« Cela pourra permettre aux gens qui le désirent de s’affranchir du harcèlement commercial des banques, qui poussent à la consommation de produits pas toujours très utiles. »

Se libérer de l’emprise des banques, c’est l’idée sous-jacente. Que l’on soit contraint (interdit bancaire) ou désireux de ne disposer que du service minimum (carte de débit), le compte Nickel permettrait de ne plus jamais voir son banquier – un soulagement pour certains.

Emilie explique :

« Si cela avait existé il y a quelques mois, j’aurais certainement été rapidement au courant, et je m’en serais équipée. Le fait d’aller dans un bureau de tabac et de pouvoir se passer des banquiers, c’est un plus. »

Pas de temps à perdre avec « ces » clients

« Ce système permet d’éviter la peur du banquier », confirme Pierre Roche, un ancien conseiller financier qui a travaillé pour plusieurs grandes banques. Il convient également que les services offerts par Nickel existent déjà pour l’essentiel. Ils existent, mais ne sont pas forcément proposés par les professionnels :

« Il y a un important défaut d’information chez les conseillers. On préfère ne pas en parler, le sujet n’est pas clairement abordé. »

C’est que les banques n’ont pas de temps à perdre avec « ces » clients :

« Nous devons respecter un quota de rendez-vous, et n’avons pas le temps de nous occuper de ceux qui ne rapportent pas. C’est la politique de toutes les banques. »

Jean Beaujouan, directeur de l’association Crésus Ile-de-France, qui accompagne les personnes en grande difficulté financière, abonde dans ce sens :

« Quand on se penche sur ce genre de situation, on découvre à quel point il y a une maltraitance, une violence financière exercée à l’encontre des personnes en difficulté financière. »

Lutter contre la désertification bancaire

Cette différence décisive avec les banques, Hugues Le Bret s’en félicite. Car l’un de ses objectifs principaux est bien d’attirer les déçus du système bancaire :

« Au-delà des deux millions d’interdits bancaires, plus de six millions de Français sont aujourd’hui à la marge du système. Cela veut dire que l’offre n’est pas adaptée. C’est ce public auquel nous prétendons apporter des solutions. »

Malgré ses réticences, Serge Maître voit tout de même des avantages à ce nouveau produit : sa distribution.

« Dans les villages, nombre d’agences bancaires ont fermé. La mise à disposition d’un service financier dans les bureaux de tabac serait une manière de lutter contre la désertification bancaire. »

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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