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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 15:01

 

 

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Lampedusa : construite pour la paix, l’Europe fait la guerre aux pauvres

Noël Mamère - Député de Gironde

Publié le 07/10/2013 à 16h34

 

 


Les cercueils des victimes de Lampedusa, dans un hangar de l’aéroport, le 5 octobre 2013 (Luca Bruno/AP/SIPA)

 

Que dire devant ce massacre des innocents qui fuyaient la guerre, la famine et les dictatures ? Que dire devant les cadavres de ces 300 malheureux morts pour la seule raison d’avoir eu la folle idée de passer d’un continent à l’autre au nom du droit à la liberté de circulation ?

Les larmes de crocodile et la défausse compassionnelle des dirigeants européens ne peuvent masquer la réalité crue et ignoble. Ces 300 morts accusent l’Europe de non-assistance à personnes en danger.

« Visa Balladur »

Au-delà de la honte, si bien exprimée par le pape François, c’est un crime qui ne dit pas son nom. Pendant que nous assistons à l’insoutenable sur nos écrans de télévision, un même crime se répète chaque jour aux Comores, dans le silence le plus abject.

La France de Hollande, barricadée à Mayotte, bafoue le droit international en continuant d’appliquer dans toute sa dureté les règles découlant du « visa Balladur ». Depuis 1994, plus de 8 000 morts ont ainsi été dénombrés dans le bras de mer de 70 km de large qui sépare l’île d’Anjouan de Mayotte.

Ainsi, pour toute réponse à « la misère du monde », les Etats riches ne trouvent-ils que la voie répressive. Ils érigent des barrières et des miradors, comme à Ceuta et Melilla, dépensent des centaines de millions d’euros chaque année dans les dispositifs Frontex et Eurosur, pour contrôler et pourchasser les migrants, subventionnent les Etats africains pour qu’ils contrôlent en plein désert leurs ressortissants, développent les camps de rétention en Afrique et en Europe. Tout cela en pure perte.

Les lignes Maginot du XXIe siècle

Comme les murs dressés entre la Grèce et la Turquie, les Etats-Unis et le Mexique, entre l’Afrique du Sud et le Mozambique, la Chine et la Corée du Nord, l’Ouzbékistan et l’Afghanistan, le Botswana et le Zimbabwe…

La généralisation de ces clôtures et barbelés antimigrants devrait pourtant nous faire réfléchir. A quoi servent ces obstacles qui ne dissuaderont jamais ceux qui préfèrent risquer leur vie sur des rafiots de fortune plutôt que de rester dans des pays ravagés par la violence et la misère ? Ces lignes Maginot du XXIe siècle sont aussi inutiles qu’illusoires.

Elles servent, avant tout, à tromper les populations des Etats qui les érigent en refusant d’admettre cette simple vérité : « les flux migratoires » ne sont pas des invasions mais des mouvements de population normaux dans un monde ouvert.

On ne peut à la fois ériger en dogme la libre circulation de la finance et des marchandises et interdire aux êtres humains de circuler voire de s’installer. Ou alors c’est nier le droit d’hospitalité, le droit d’asile, le droit des migrants.

Une civilisation coécrite par les migrants

Je sais que l’on va encore une fois m’accuser d’angélisme incapable de comprendre les préoccupations populaires. Mais je défendrai toujours une vision du monde qui refuse les faux-semblants et exige de dire la vérité. Les migrants dits « illégaux » ne sont pas plus des ennemis de la République que ne l’étaient les Italiens, les Belges, les Polonais, les Espagnols, les Portugais, au XIXe et au XXe siècle.

L’Europe ne se définit pas par sa « blanchitude » ou sa religion mais par son histoire et sa culture, produit de sa diversité. L’Europe, c’est le creuset d’une civilisation coécrite par des migrants. Et cela n’a jamais cessé depuis les Barbares et les Romains, les Huns et les Vikings, les Musulmans andalous et les Juifs venus d’Europe centrale.

Aujourd’hui, l’Europe se cache derrière ses murs pour protéger ses « riches » contre les « damnés de la terre ». Elle s’est transformée en forteresse. L’Union européenne, construite pour préserver la paix en son sein, fait la guerre aux pauvres du reste du monde… Et aux siens, comme on le voit dans le cas des Roms, citoyens européens.

Si la crise exacerbe toujours ces sentiments de rejet, ils sont renforcés par la situation d’inégalité et de déclassement qui sévit dans de nombreux pays européens.

Chaîne de l’hypocrisie

Pourtant, le mode de vie occidental fait rêver des centaines de millions d’hommes et de femmes dans le monde. Les images déversées par les écrans créent l’illusion d’un monde où le luxe est facile, où l’on trouve du travail, où l’on mange à sa faim, où l’on vit en sécurité. Nous savons qu’il n’en est rien mais que, pour des jeunes Maghrébins, Somaliens ou Erythréens, pour un jeune Syrien, cette illusion permet de conserver un espoir.

Quand la mer ne les engloutit pas, elle les jette dans une aventure au bout de laquelle ils découvrent l’envers du décor : une Europe de la peur et du désarroi où le dernier arrivant n’est pas le bienvenu, une Europe du chacun pour soi.

Tous ont été migrants, Sarkozy comme Valls. Les migrants sont nos frères et sont sous la protection internationale. Des conventions sont censées protéger leurs droits, mais les lois nationales, rédigées en hâte, sous la pression de la crise et de l’opinion, créent les conditions de la tragédie de Lampedusa.

Si les migrants traversent la Méditerranée au péril de leur vie c’est que les visas sont impossibles à obtenir. Si les trafiquants les abandonnent en pleine mer, c’est qu’ils ne veulent pas être considérés comme responsables du transport. Si les bateaux ne les secourent pas, c’est que les pêcheurs craignent d’être considérés comme des complices. Cette chaîne de l’hypocrisie doit être brisée.

Trop « droitdelhommiste » ?

Les centaines de millions dépensés pour équiper les pays riverains et frontaliers pourraient être mieux employés en programmes de réinstallation ou en projets de codéveloppement. Au lieu de vendre des armes aux dictateurs, on pourrait construire des hôpitaux. On pourrait décider d’en finir avec les subventions à l’exportation aux agriculteurs européens qui détruisent les productions vivrières des paysans africains. Des corridors humanitaires pourraient être organisés, à commencer par la Syrie. Le droit d’asile pourrait être étendu, mieux partagé par tous les pays de l’Union européenne…

Mais les Etats de l’Union ne feront rien de tout cela. Trop difficile à « vendre » à leurs opinions respectives, pas assez rentable, trop « droitdelhommiste ». On oubliera Lampedusa jusqu’à la prochaine fois. Les oubliés de l’Histoire passeront par pertes et profits, comme toujours.

Tant de lâcheté et de pleutrerie confondent.

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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