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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 18:13

 

Rue89

 

Entretien 18/06/2013 à 14h32
Sophie Caillat | Journaliste Rue89

 

 

Squatter le siège d’un jet privé, emprunter une poussette lors d’un transit, planter dans le potager du voisin ou échanger pour toujours sa maison... Tels sont des exemples de « consommation collaborative » moins célèbres que le covoiturage, le « coworking » ou le « colunching ».

A l’heure d’un Web mature, tout un nouveau mode de vie est en train de s’inventer grâce à une multitude de sites de partage. Le sentiment de propriété est relégué au rayon des émotions néfastes, la débrouille reine, la confiance érigée en dogme.

Dans « La Vie share, mode d’emploi », qui vient de sortir aux Editions Alternatives, Anne-Sophie Novel explore comment Internet peut (doit ?) nous permettre de revoir entièrement notre manière de consommer.

Blogueuse à Rue89 puis au Monde, fondatrice d’EcoInfo, cette docteure en économie navigue depuis des années entre militantisme et journalisme.

Elle annonçait déjà dans « Vive la corévolution », sorti l’an dernier, que la consommation collaborative serait une des solutions à la crise. Avec ce guide pratique, dont la base de données sera mise en ligne sur le site de la communauté OuiShare, elle permet de s’y retrouver parmi les centaines de sites qu’elle a elle-même testés.

Rue89 : Peut-on mesurer l’ampleur du phénomène de la consommation collaborative ?



Le symbole arobase peint sur un mur (Steve Snodgrass/Flickr/CC)

 

Anne-Sophie Novel : Cela reste un sujet émergent, je suis réaliste, mais ça me fait penser à la bulle internet en 2000 : un phénomène qui monte.

Une enquête [PDF] menée par l’Observatoire des modes de vie d’Ipsos pour l’Ademe auprès de 4 500 personnes, sortie en avril, révèle que 6% des Français ont déjà testé une Amap [Association pour le maintien de l’agriculture paysanne, ndlr], 8% pratiqué le covoiturage, 6% loué leurs biens, 11% pratiqué le troc. Et 83% des Français estiment qu’il est plus important de pouvoir utiliser un produit que de le posséder (selon l’étude [PDF] de l’observatoire des consommations émergentes)

Quels en sont les inspirateurs ?

Joël de Rosnay, avec qui j’ai signé l’appel pour une cyberdémocratie, a eu cette intuition depuis longtemps que la révolution qu’on est en train de vivre est aussi forte que celle de l’imprimerie, Michel Serres avec « Petite Poucette » également, et Bénédicte Manier l’a montré dans son livre « Un million de révolutions tranquilles ». Le forum Changer d’ère organisé le 5 juin à la Cité des sciences me conforte dans cette intuition.

Nous ne pouvons plus parler de crise mais de transition, et comme les gens ont compris que ça va mal, ils s’organisent.

N’y a-t-il pas un risque de récupération de ce mouvement citoyen par les entreprises ?

Bien sûr, de la même manière qu’on a eu le « greenwashing », les entreprises peuvent être tentées de faire du « cowashing ». Comme le dit Bernard Stiegler, ce mouvement est dans l’âge adolescent, tout cela mérite de mûrir.

Les marques ont réalisé, avec Internet, qu’elles étaient en ligne malgré elles et elles ont embauché des community managers pour passer de la communication à la conversation. Elles se sont mises au participatif.

Quand Citroën fait des concours d’« open innovation », la marque y voit aussi l’opportunité d’en faire encore un argument marketing pour augmenter ses ventes.

Dans les 400 initiatives recensées dans le livre, certaines sont de l’associatif pur et certaines sont des entreprises en quête de rentabilité. Qu’est-ce que cela change ?

Il y a quelques success stories de start-ups comme Airbnb pour la location d’appartement, Kiss kiss bank bank et Ulule pour le « crowdfunding », Blablacar ou Zilok pour la location de voiture et La ruche qui dit oui pour la bouffe.

Ces entreprises créent des dizaines d’emplois mais elles ont surtout un point commun : elles travaillent avec leur communauté. Même Airbnb n’est pas simplement une entreprise de mise en relation, elle organise des « meet-ups », des rendez-vous d’usagers, et crée ainsi une sorte d’internationale du logement entre particuliers.

N’y a-t-il pas un risque de concurrence avec l’économie réelle ?

Chiffres
En 2012, le site américain Airbnb, leader mondial du logement chez l’habitant, a vendu un million de nuitées rien qu’à Paris. Blablacar, numéro un français du covoiturage, compte trois millions de membres européens et 500 000 passagers par mois, l’équivalent de 1 000 TGV.

Je ne pense pas car ces sites sont soumis à la même législation que leurs concurrents, même s’il y a des astuces liées au fait que le système n’est pas adapté.

Sur le plan fiscal, il y a des zones grises, ça peut changer d’une ville/région à l’autre, mais il semblerait qu’une tolérance fiscale de 2 000 euros par an ait été discutée entre certaines plateformes et l’administration fiscale. A Paris, la ville se félicite que les économies réalisées par les touristes sur l’hôtel génèrent d’autres dépenses ailleurs.

Une étude d’Airbnb à San Francisco a montré que le taux de remplissage des hôtels n’a pas diminué, et qu’au final ce système permet de la richesse en amenant de nouvelles visites dans des coins peu fréquentés de la ville.

Si le couchsurfing est devenu en partie payant, est-ce que cela veut dire que tout a vocation à le devenir ?

Non, il y a de la place pour tout le monde. En un sens, cela a rassuré des gens lorsque Blablacar est devenu payant, parce que ça veut dire que derrière, si on annule, on a une assurance. Aussi, le fait d’avoir payé en ligne signifie qu’il n’y a pas de rapport d’argent avec les gens lorsqu’on les rencontre.

On pourrait croire que plus riches se tiennent en dehors de la consommation collaborative, pourtant le guide indique qu’on peut louer un jet ou un yacht... Vraiment ?

Je n’ai pas pris l’avion pour tester ce service car je suis écolo mais oui, il y a une compagnie de jets privés qui propose d’optimiser ses avions sur certains vols. Le principe reste toujours le même : optimiser ce qui existe, et ça s’applique à tout.

Ce principe ne bute-t-il pas sur l’instinct de propriété ?

On est en train de s’apercevoir qu’on n’a pas besoin de tout posséder. Sans maison, on se sent plus nomade et libre par exemple. Une étude auprès de jeunes Allemands montre un désintérêt croissant pour la possession d’une voiture, déjà les ventes chutent chez nous et avec la hausse des prix du pétrole, ça ne va pas s’arranger.

Parmi tous ces sites, n’y a-t-il pas de bonnes idées qui risquent de ne pas marcher en pratique ?

Certains sites ne survivent pas parce qu’ils sont trop petits et que les gros les absorbent. Ça a été le cas par exemple dans le domaine de l’autopartage ou de la location d’objets.

Aller jardiner chez quelqu’un d’autre, sur le papier c’est formidable, mais en pratique, je ne sais si cela va vraiment se développer. Et il faut aussi anticiper les cas de conflits... si quelqu’un se blesse par exemple.

Une application destinée à indiquer aux autres automobilistes les places de parking se libérant dans le quartier a échoué car il aurait fallu des moyens marketing pour faire connaître le service, qui intéressait pourtant 10 000 personnes. La masse critique d’utilisateurs et la confiance sont les deux éléments-clés de la réussite.

N’est-il pas étrange de remplacer l’antique entraide spontanée par une mise en relation via Internet ?

Au début, j’ai eu du mal à comprendre le « jobbing », le service au particulier qui s’apparente à marchandiser l’entraide, ou à faire concurrence aux artisans... Puis à force d’échanger avec les entrepreneurs, j’ai saisi à quel point ils ont la sensation d’offrir une solution au chômage... Payname par exemple, qui permet de faciliter les démarches administratives dans le domaine des services à la personne et permet de lutter contre le travail au noir.

N’est-ce pas plus simple de donner à des gens qu’on connaît ?

C’est vrai que ça prend du temps de mettre en ligne et parfois ça peut être plus simple de donner à son voisin. Quand je veux me débarrasser de quelque chose, ce n’est pas forcément les gens que je connais autour de moi qui en auront le plus besoin. J’utilise Freecycle depuis des années, c’est une communauté qui fonctionne par listes de diffusion par e-mail, on dit ce qu’on donne ou cherche, c’est très simple d’utilisation.

N’est-ce pas un peu « Bisounours » de croire au partage et à une économie basée sur la confiance ?

Les Bisounours aujourd’hui sont ceux qui pensent qu’on peut poursuivre ainsi dans une société de défiance. Il se disent que jusqu’ici, tout va bien, sans voir qu’une multitudes d’alternatives peuvent être envisagées.

Finance participative
Le nombre de sites d’intermédiation, multiplié par 5,6 dans le monde entre 2007 et 2012, est estimé à 536, dont 210 aux Etats-Unis et 182 en Europe, selon une récente étude de l’institut de recherche Massolution. En 2012, ces plateformes ont levé 2,7 milliards de dollars (2 milliards d’euros), soit 81% de plus qu’en 2011.

Alors oui, il y a parfois des couacs, bien sûr, c’est humain ! Quand il y a une arnaque, ou comme le cas signalé par Rue89 au sujet de VoitureLib, cela engendre une perte de confiance, mais des expériences qui tournent mal, ça peut arriver partout.

Les histoires qui se finissent mal ne sont pas plus nombreuses qu’ailleurs. Les gens ont plus souvent tendance à prendre soin des affaires des autres qu’aux affaires qu’on louerait dans d’autres circonstances.

Une fois, des jeunes Australiennes venues chez moi ont laissé l’appartement en vrac. Je ne l’ai pas dit à la communauté car je pense que les choses peuvent se dire en privé. Sinon, la notation en ligne permet de signaler si ça ne se passe pas bien. Le fait de pouvoir dire à la communauté ce qui s’est passé peut éviter que le problème se résolve, mais cela pourrait s’apparenter à du flicage. On reste des humains, je ne veux pas tout miser sur l’e-réputation !

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Consommer et agir autrement
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