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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 14:16

 

Source : rue89.com

 

« On m’appelait l’idéaliste » 18/11/2013 à 12h20
La folle idée d’un village provençal : sa mutuelle communale
Rémi Noyon | Rue89

 

 

A Caumont-sur-Durance, beaucoup renonçaient aux soins faute de complémentaire santé. Le village a négocié un contrat pour tous. Plus d’argent, de santé, et un « vent de solidarité ». Reportage.

 


Le village de Caumont-sur-Durance, le 15 novembre 2013 (Rémi Noyon/Rue89)

 

(De Caumont-sur-Durance, Vaucluse) Caumont-sur-Durance, des murs pastels, 4 000 âmes, l’air sec même en hiver, et une mutuelle réservée aux habitants. Depuis les hauteurs, on voit de vieilles dames trébucher de trottoirs en trottoirs. Des gamins zoner sur leur scooter, des mamans pester en courant vers l’école. Tout ce petit monde s’est regroupé pour négocier une complémentaire moins chère, plus avantageuse. Une première en France.

Jean-Pierre Pernaut en a parlé au « 13 heures ». Les journalistes ont dit à Véronique, l’élue à l’initiative du projet, que c’était formidable et qu’on allait la voir beaucoup à la télévision. Dans un pays où quatre millions de personnes ne peuvent compter que sur la base Sécu, la « mutuelle communale » pourrait faire des petits.

 


Véronique Debue chez son coiffeur, le 15 novembre 2013 (Rémi Noyon/Rue89)

 

Dissimulant mal sa fierté, « Véro » refuse de répondre avec une « tête de mal-réveillée ». On franchit la Durance, elle file chez le coiffeur. Il y aura des photos, elle tient à sa couleur.

Sur la tablette du miroir, son téléphone s’allume de temps en temps :

« Ça me bouffe cette histoire. Les gens m’appellent de toute la France pour me demander de faire quelque chose pour eux. Vous entendriez toute cette souffrance ! Ils me disent : “Soyez plus médiatique, il faut que d’autres communes vous suivent.” »

Après deux coups de pinceau à la racine, on commence à tirer les fils. Le récit est calé. Livré avec un grand sourire, sans fausse modestie. D’ailleurs, un « process » – Véronique est une commerciale – est en cours de rédaction. Un guide pour répondre aux questions qu’elle dit recevoir de toute la France, jusqu’à La Martinique :

« On m’appelait l’idéaliste, maintenant je suis la fée. »


Véronique avec des membres du comité de pilotage, le 15 novembre 2013 (Rémi Noyon/Rue89)

 

Idée cherche habitants motivés

Nous sommes l’année dernière. « Véro » est en charge des Affaires sociales à la maire. Les petits vieux défilent au centre communal d’action sociale. Sans-le-sou et pleins de bobos. Des morceaux de vie à fendre le cœur.

« J’ai sondé autour de moi. Mon médecin m’a dit qu’une mère n’avait pas pu payer de semelles orthopédiques à son fils. Je me suis rendu compte que beaucoup de gens n’avaient pas de couverture santé ou alors des contrats très chers. »

 


L’église de Caumont, le 15 novembre 2013 (Rémi Noyon/Rue89)

 

Lors d’une réunion, elle balance son idée. Toute chaude, mal dégrossie. Pourquoi ne pas négocier pour les habitants une mutuelle communale ? Avec des meilleures prestations et des tarifs plus bas à la clef. Sans compter le « vent de solidarité », bouffée d’air bienvenue dans ces villages d’agglomération, villages dortoirs ou vieillissants.

 

Un appel-questionnaire est glissé dans le journal de la commune. Le feuillet est agrémenté d’une « citation d’auteur », qu’elle rappelle avec une pointe de coquetterie :

« Tout le monde savait que c’était impossible à faire puis un jour quelqu’un est arrivé qui ne le savait pas, et il l’a fait. »

Du Churchill pour faire taire les blasés, les grincheux, les sceptiques. C’est qu’elle est sympathique Véronique, mais un peu boule de feu tendance chevalier blanc. Ça peut en crisper certains.

Reportage audio dans la permanence de la « mutuelle communale »

« Comité de pilotage »

L’intuition était bonne. Plusieurs centaines de foyers se disent intéressés. L’élue n’attendait que cela pour monter un « comité de pilotage ». Un avocat, un médecin, un pharmacien, des cadres, des commerciaux… La crème de la « bourgeoisie » caumontoise.

 


Un mur de Caumont, le 15 novembre 2013 (Rémi Noyon/Rue89)

 

Chirurgien-dentiste installé sur la grande rue, Julien a reçu un coup de fil de sa patiente. Il l’a laissée parler cinq minutes puis a accepté de donner un coup de main.

« On s’emboîtait bien, chacun avec sa spécialité. Et j’en avais un peu marre de voir mes patients patauger avec leurs remboursements. »

La bande épluche les contrats des mutuelles. Un peu estomaquée par l’esbroufe de certaines agences :

  • qui sortent du chapeau des pourcentages mirobolants ne représentant en réalité qu’une poignée d’euros ;
  • qui jouent sur la constante confusion entre la part du remboursement obligatoire et celle de la mutuelle ;
  • qui minimisent les dépenses, en se débrouillant, par exemple, pour que les retraités d’un métier bruyant soient à poil sur l’auditif.

Très affûté, le groupe commence à démarcher. Les agences accourent, alléchées par le potentiel réservoir de nouveaux adhérents. C’est finalement la Mutuelle générale d’Avignon (MGA) qui s’attire les grâces du comité. Avec une cotisation de base à 47 euros par mois.

 


Julien, le chirurgien-dentiste, avec Véronique, le 15 novembre 2013 (Rémi Noyon/Rue89)

 

Pas le village d’Astérix

Pour ce fait d’armes, Caumont a les honneurs des médias locaux puis nationaux. La ville est la première à proposer une complémentaire peu chère (sans jeu de mots) à ses habitants. Une jolie histoire qui tranche avec le climat de jacquerie générale.

 


Le fronton de la mairie de Caumont, le 15 novembre 2013 (Rémi Noyon/Rue89)

 

Pourtant, le village n’a rien d’un nid d’alternatifs enkysté dans un Vaucluse très à droite. Ici comme ailleurs, ce mélange de rancœur et de résignation, qui presque partout fait le fond de l’air. Mais les aigreurs d’estomac sont un peu calmées par les économies réalisées – très souvent plusieurs centaines d’euros sur l’année.

Dans les rues, difficile de trouver des rabat-joie. Il y a des indifférents – qui ont déjà une couverture via leurs boulots – et Maurice, qui enfourche son vélo et attend de voir :

« Une mutuelle, pour fonctionner, a besoin de beaucoup de mutualistes. Il n’y a que 4 000 personnes à Caumont… »

Plusieurs dizaines de familles de la commune ont déjà sauté le pas. D’autres attendent la fin de leur contrat actuel. La MGA, qui a rédigé le contrat, est solide de plusieurs milliers d’adhérents dans la région.

Des dizaines d’euros par mois

La « mutuelle communale » a l’avantage de la proximité. Une permanence est tenue deux fois par semaine, dans une petite salle de la mairie. Aujourd’hui, Annick est venue avec son père, diabétique, amputé de quatre doigts de pieds. Il marche avec une grosse boule blanche au bout de la jambe soutenue par une claquette en bois.

 


La permanence de la mutuelle à Caumont, le 15 novembre 2013 (Rémi Noyon/Rue89)

On la sent un peu inquiète :

« La date limite pour résilier l’ancienne mutuelle, très chère, était le 31 octobre. J’ai envoyé le courrier à cette date, mais eux disent qu’ils ne l’ont reçu que le 4 novembre. Du coup, je vais peut-être devoir repartir pour un an. »

Après Annick et son père, se présentent trois autres personnes. La même histoire ou presque. Avec leurs petites retraites, elles n’ont plus de mutuelles depuis des années ou peinent à s’en payer une. Ce nouveau contrat, c’est donc l’argent, la santé. Mais au-delà des froids remboursements, signer le chèque sanctionne aussi un drôle de sentiment d’appartenance.

Commentaire de Véronique, qui lorgne sur le défilé :

« Tout cela est positionné sur de la solidarité et des valeurs patriotes et citoyennes, un langage qui s’est perdu en France. »


Une adhérente signe son contrat, le 15 novembre 2013 (Rémi Noyon/Rue89)

Retour à l’esprit des origines

Non loin de là, la directrice de la mutuelle supervise les opérations. Nathalie sait que la caisse sera déficitaire la première année : tous ceux qui ne pouvaient pas se soigner jusqu’à maintenant vont le faire en même temps. Qu’importe, cette habitante de Caumont est très fière de renouer avec « l’esprit mutualiste des origines » :


Nathalie Meyer, directrice de la mutuelle, le 15 novembre 2013 (Rémi Noyon/Rue89)

 

« Pour nous, c’est l’occasion de faire de l’éducation. De rappeler que c’est un fond commun. Que chacun en est responsable et doit éviter les dépenses superflues si on ne veut pas que la cotisation augmente l’année prochaine. »

Le contrat ne distingue pas entre les tranches d’âge. A rebrousse-poil de l’esprit du temps, qui catégorise les prestations, il oblige les plus âgés à se sentir solidaires des plus jeunes et inversement :

« On n’invente rien, on renoue avec l’esprit des petites mutuelles : une solidarité de pot commun avec une cotisation unique. »

« Bonnes volontés pour sauver la France »

Mais la bulle d’optimisme pourrait vite éclater. Revenue du Sénat, Nathalie s’inquiète des conséquences de l’accord national interprofessionel (ANI) qui oblige les employeurs à fournir une complémentaire à leurs salariés. Une « fausse-bonne idée » qui, selon elle, va tuer les petites entités et exclure les plus âgés et les précaires :

« Si l’accord passe tel quel, nous serons balayés et la belle aventure humaine de ce village avec. »


Le village de Caumont-sur-Durance, le 15 novembre 2013 (Rémi Noyon/Rue89)

 

Véronique tend l’oreille. Pas question de laisser échapper son bébé. Elle envisage de créer une fondation pour propager l’idée. Et aimerait que les réunions du « comité » se poursuivent autour d’autres projets, comme une commande commune de fioul. Et voilà que Paris menace de tout faire foirer :

« De Gaulle a bien trouvé quelques centaines de bonnes volontés pendant la guerre et ça a suffi à sauver la France. On ne pourrait pas faire la même chose aujourd’hui ? »

 

 

 

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