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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 21:51

 

Source : www.mediapart.fr

 

L’indécent chassé-croisé entre Bank of America et le pouvoir socialiste

|  Par Laurent Mauduit

 

 

 

La polémique autour de Laurence Boone, l’ex-chef économiste pour l’Europe de Bank of America Merrill Lynch, n’est pas même close qu’une autre risque de naître, à cause du probable départ de l’actuel directeur de l’Agence des participations de l’État (APE), David Azéma, vers… le même établissement !

La polémique autour de Laurence Boone, l’ex-chef économiste pour l’Europe de Bank of America Merrill Lynch, n’est pas même close qu’une autre risque de naître, à cause du probable départ de l’actuel directeur de l’Agence des participations de l’État (APE), David Azéma, vers… le même établissement, pour en devenir le directeur général pour la France ! Si l’information se confirme, elle risque de faire grand bruit. D’abord parce que la régularité de ce pantouflage pourrait poser problème. Ensuite parce que ce jeu de chaises musicales autour de la même banque vient confirmer la porosité entre les milieux bancaires et le pouvoir socialiste.

Selon des informations recueillies par Mediapart, la Commission de déontologie de la fonction publique s’est réunie jeudi 12 juin et, dans le lot des avis qu’elle a rendus, l’un d’eux concerne David Azéma, l’actuel directeur de l’APE, la très puissante administration de Bercy qui gère les plus grosses participations détenues par l’État (les 84,5 % dans le capital d’EDF ; les 36,7 % dans GDF-Suez ; les 11 % dans Airbus ; les 14,1 % dans PSA ; etc.).

Une fois qu’ils sont rendus, les avis sont publiés mais avec beaucoup de retard, et les noms des personnes concernées sont « anonymisés ». Pour l’heure, il n’est donc pas possible de savoir par les voies officielles quel a été l’avis dans le cas de David Azéma. Selon nos sources, il aurait toutefois été positif, mais la commission de déontologie l’aurait assorti de réserves, comme elle le fait souvent.

Quand François Pérol avait par exemple quitté le ministère des finances en 2004, où il était directeur adjoint au cabinet de Nicolas Sarkozy, pour rejoindre la banque Rothschild, la Commission de déontologie avait donné un avis favorable à ce départ mais en fixant une réserve : le « pantoufleur » devait s’abstenir de travailler comme banquier d’affaires sur des dossiers qu’il avait eus à connaître comme haut fonctionnaire – réserve que l’intéressé n’avait d’ailleurs pas respectée, puisqu’il avait ensuite conseillé les Banques populaires pour la création de Natixis. De même, quand Stéphane Richard a quitté ses fonctions de directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy pour passer chez France Telecom, la commission de déontologie a émis un avis favorable assorti de réserves identiques. Et c’est pour cette raison que Stéphane Richard a commencé, à France Telecom, à ne s’occuper que des dossiers portant sur les divisions internationales du groupe.

Dans le cas de David Azéma, l’avis favorable, même avec réserve, de la Commission de déontologie n’en reste pas moins inattendu. Sa situation ne peut, certes, être comparée à celle de François Pérol. Car à l’époque, en 2009, quand le proche collaborateur de Nicolas Sarkozy avait voulu prendre la présidence des Caisses d’épargne et des Banques populaires, pour organiser leur fusion et donner naissance à BPCE, la saisine de la Commission de déontologie n’était plus obligatoire mais seulement facultative ; et précisément, François Pérol n’avait pas jugé nécessaire de la saisir officiellement. À l’époque secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant avait juste eu un échange informel avec le président de la Commission, Olivier Fouquet. Et c’est de cet échange que François Pérol s’était ensuite prévalu pour prétendre que son pantouflage avait été régulier. Alors qu’en réalité, on sait ce qu’il en est advenu : l’affaire a créé une crise au sein de la Commission de déontologie, qui a été de la sorte discréditée ; et François Pérol a finalement été mis en examen pour prise illégale d’intérêts (on retrouvera ici nos très nombreuses enquêtes sur l'affaire Pérol).

Le cas de David Azéma, tant que l’avis n’est pas rendu public, une question reste en suspens : comment un tel pantouflage a-t-il pu recevoir un « feu vert », puisque Bank of America Merrill Lynch, que pourrait rejoindre le haut fonctionnaire, a été la banque conseil de l’État pour plusieurs grandes affaires, dont la récente restructuration du capital du constructeur automobile PSA. Même si à Bercy on fait valoir que David Azéma n’est pas celui qui a personnellement supervisé l’embauche de l’établissement comme banque conseil, il n’en reste pas moins qu’il était le patron de l’APE pour laquelle la banque travaillait.

Nous avons essayé de joindre le nouveau président de la Commission de déontologie, le conseiller d’État Jacques Arrighi de Casanova (on peut consulter ici la liste des membres), mais il n’a pas donné suite à notre appel.

Au demeurant, la Commission de déontologie émet un avis, mais celui-ci ne s’impose pas au haut fonctionnaire qui veut passer dans le secteur privé et cela ne le prémunit pas d’éventuelles poursuites pénales pour une possible prise illégale d’intérêts.

Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle ce possible « pantouflage » risque d’alimenter la controverse. À cela, il y a aussi une deuxième raison. La déontologie des fonctions publiques, qui a fait l’objet d’un remarquable ouvrage de Christian Vigouroux (éditions Dalloz), édicte une première règle : servir et non se servir ! Et dans cette règle, il y a une obligation, au moins morale, d’effort et de continuité. En clair, un haut fonctionnaire ne peut pas postuler à une fonction prestigieuse pour, peu de temps après, user de cette notoriété nouvelle qu’elle lui a apportée et rebondir ailleurs.

Or, depuis quelque temps, c’est la fâcheuse habitude qu’ont prise quelques hauts fonctionnaires. Il faut dire que le mauvais exemple vient des plus hauts sommets de l’État : instable, voulant perpétuellement changer de fonction, d’abord sous Nicolas Sarkozy, aujourd’hui sous François Hollande, c’est Jean-Pierre Jouyet qui a instauré cette jurisprudence. Tour à tour directeur du Trésor, chef du service de l’Inspection des finances, secrétaire d’État, il est devenu en juillet 2012 directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, grâce à l’appui, démocratiquement choquant, de son meilleur ami, François Hollande, prenant une place à laquelle d’autres hauts fonctionnaires sans doute plus légitimes auraient pu postuler. Et non content d’avoir profité de ce passe-droit, il n’a pas même effectué les cinq ans de son mandat. S’ennuyant, il a, de nouveau, pris la poudre d’escampette pour rejoindre l’Élysée. Et dans cet empire financier qu’est la Caisse des dépôts – immense empire qu’il faut beaucoup de temps à connaître et donc à piloter avec doigté – cette inconstance est préjudiciable.

Or David Azéma, lui aussi, dirige une direction de Bercy qui est stratégique pour l’État. À la tête de l’APE, il faut un patron qui ait beaucoup d’expérience et de compétence. Un patron, donc, qui ait de la bouteille et qui ne change pas perpétuellement.

Or, c’est tout l’inverse qui advient. David Azéma n’est en effet directeur de l’APE que depuis le 1er septembre 2012 (le décret de nomination est ici). Et, très vite, à peine un an plus tard, des indiscrétions ont fait comprendre qu’il souhaitait rebondir ailleurs. En début d’année, il a ainsi été sur les rangs pour prendre la présidence de Veolia. Et comme cela ne s’est pas fait et que l’État a fait le carré autour d’Antoine Frérot, voilà que David Azéma lorgne sur Bank of America Merrill Lynch. Dans tous les cas de figure, le départ de ce haut fonctionnaire vers le privé, moins de deux ans après sa nomination, poserait donc au moins un problème éthique. Ce serait un signe de plus du mépris que certains hauts fonctionnaires, notamment ceux de Bercy, affichent pour l’État, quand bien même celui-ci a grandement contribué à faire leur carrière.

Ce mépris vient de très loin, et ce n’est pas David Azéma qui est ici seul en cause. Il est consubstantiel à ce système d’oligarchie auquel l’ENA a donné lieu et qui, avec les grandes vagues de privatisations des années 1980 et 1990, a irrigué tous les milieux d’affaires. C’est l’une des indignations qu’exprimait par exemple dans L’Étrange défaite, écrit au creux de l’été 1940, juste après la Débâcle, l’historien et grand républicain Marc Bloch qui déplorait la tentation de soustraire à l’Université le soin de former les élites françaises. C’est effectivement le gouvernement de Front populaire, en la personne de son ministre de l’éducation nationale Jean Zay (1904-1944), qui a la malencontreuse idée d’exhumer un très vieux projet, déjà caressé en 1848, de créer une filière unique de formation des hauts fonctionnaires, en créant une École d’administration – projet qui finalement bute à l’époque sur l’hostilité du Sénat et qui aboutit seulement en 1945. Mais en tout cas, le constat est celui-là : c’est effectivement la gauche qui dès cette époque porte l’idée de créer cette fameuse École nationale d’administration, qui jouera ultérieurement, et singulièrement à partir des années 1980 et 1990, un rôle si détestable dans la propagation de la pensée unique néolibérale.

Et ce rôle funeste, l’historien en explique dès cette époque les ressorts, en prolongeant sa réflexion : « Quelle que soit la nature du gouvernement, le pays souffre si les instruments du pouvoir sont hostiles à l’esprit même des institutions publiques. À une monarchie, il faut un personnel monarchiste. Une démocratie tombe en faiblesse, pour le plus grand mal des intérêts communs, si ses hauts fonctionnaires, formés à la mépriser et, par nécessité de fortune, issus des classes mêmes dont elle a prétendu abolir l’empire, ne la servent qu’à contrecœur. » L’histoire de Jean-Pierre Jouyet ou de David Azéma est tout entière contenue dans cette sage maxime. Ralliant l’empire, Benjamin Constant (1767-1830) avait dit les choses avec moins de doigté : « Servons la cause ! Et servons-nous ! »

Depuis plus de deux décennies, Bercy entretient donc une chronique interminable, celle de certains de ces hauts fonctionnaires qui, formés désormais à l’école de la « pensée unique » néolibérale, ont un grand mépris pour l’État qu’ils sont censés servir, et qui par flots ininterrompus rejoignent dès qu’ils le peuvent le secteur privé et ses alléchantes rémunérations, stock-options et autres golden parachutes…

Et puis, le possible départ de David Azéma vers Bank of America Merrill Lynch agit comme un révélateur pour une troisième raison : c’est qu’il vient confirmer la porosité entre les milieux bancaires et les sommets de l’oligarchie socialiste. À preuve, le caricatural jeu de chaises musicales qui est en train de s’organiser : cette banque américaine que David Azéma pourrait rejoindre, c’est celle-là même que Laurence Boone quitte pour devenir conseillère économique de François Hollande à l’Élysée, en remplacement d’Emmanuel Macron, qui lui-même venait de la banque Rothschild (lire Hollande change de cabinet, pas de politique).

Et comment et par qui Laurence Boone a-t-elle, elle-même, été recrutée ? Ce n’est évidemment pas indifférent à notre histoire : elle a été enrôlée à l’Élysée par Jean-Pierre Jouyet qui, en 2005, a été pendant quelques mois le patron de la filiale française de la banque Barclay’s, établissement qui était à l’époque le port d’attache… de l’économiste.

Et cette porosité – disons même… cette consanguinité – a des effets désastreux. Car c’est évidemment la clef de l’histoire que nous sommes en train de vivre avec François Hollande. Après avoir promis en janvier 2012 au Bourget que son « adversaire », ce serait « le monde de la finance », il a fait un loupé qui restera dans l’Histoire, tant il est pathétique – et même en certains aspects, grotesque – puisque le chef de l’État a fait de la finance son amie, au point d’embaucher à l’Élysée une Laurence Boone qui a écrit dans le journal néolibéral L’Opinion, il n'y a que quelques jours, que son nouvel employeur avait « un bilan économique désastreux ».

Une économiste de Bank of America s’en va à l’Élysée ; un haut fonctionnaire de Bercy veut au même moment se faire embaucher par le même établissement : cette partie de ping-pong entre la grande banque américaine et le pouvoir socialiste a, en tout cas, quelque chose d’indécent.

 

 

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Source : www.mediapart.fr

 

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