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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 14:22

 

Le Monde - alternatives.blog

 
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Imprimante 3D de la marque Makerbot

 

Le salon des techniques de l'information et de la communication (Cebit) se déroule cette semaine à Hanovre en mettant à l'honneur l'économie du partage. On entend beaucoup parler de l'émergence de cette économie, mais ce partage croissant de connaissances, de ressources, de contacts, d'échanges ou d'emprunt d'objets peut-il changer le monde ? Quels sont les nouveaux espaces d'innovation ? Sont-ils portés par l'ambition de bâtir un monde plus viable ?

 

Bienvenue dans l'industrie du bricolage

Dans Makers, la nouvelle révolution industrielle, l'américain Chris Anderson estime que l'impression 3D et la multiplication des possibilités données à chacun de bidouiller par lui-même et en réseau, de manière libre et ouverte, dessinent les contours d'un nouveau modèle économique de fabrication.

Oui mais voilà : quand on y regarde de plus près, il est important de distinguer les vecteurs de cette révolution annoncée. Dans cet article paru dans l'Express, on apprend que Makerbot, l'une des principales sociétés d'imprimantes 3d (20% du marché mondial), aurait vendu 15 000 imprimantes depuis sa création en 2009. Elle emploi également 165 personnes dans ses locaux à Brooklyn.

Ses clients sont plus des professionnels qui produisent à petite échelle et peuvent ainsi maîtriser toute la chaîne de production. Les ingénieurs, architectes, créateurs de décors ou designers de produits peuvent aussi "créer des prototypes plus rapidement, depuis leur bureau" souligne encore l'article de l'Express. Les particuliers qui ont les moyens de s'offrir ce joujou (1650 euros pièce) peuvent aller sur Thingiverse.com choisir un modèle qui leur permettra d'imprimer, en plastique, l'objet de leur choix (voir la vidéo suivante pour comprendre le fonctionnement).

 

 

Une impression pas nette

En plastique... Nous y venons : car si certains makers comme ceux à l'origine de Filabot (le robot ménager qui recycle les plastiques pour en faire des bobines pour l'impression 3D) ou de l'impression de viande allient leur passion technologique avec une ambition environnementale, il demeure que la réflexion reste encore émergente, ainsi que le déplore à sa manière John J Licata, responsable stratégique du cabinet de conseil en énergie durable Blue Phoenix, dans un article du Guardian où il défend le potentiel de l'impression 3D pour l'industrie photovoltaïque.

Pour Chris Anderson, à qui j'ai posé la question de savoir si cette révolution industrielle nous permettrait d'aller vers une économie plus durable, c'est dans la façon dont on (re)localise les chaînes de production, dont on crée sur demande et dont on génère moins de déchets qu'il faut chercher.

 

 

Sabine Blanc, journaliste spécialiste des hackers qui suis de près le mouvement de l'open source et des fab lab, est plus critique : "il faut voir plus loin que le bout de son imprimante 3D et cesser de poursuivre le bon vieux modèle productiviste. On peut fabriquer plein de merdouilles avec une imprimante 3D. On fabrique des gadgets... quel est le sens de ces objets?" interroge-t-elle, alors que le projet qu'elle mène avec la photojournaliste Ophélia Noor au sujet des hackers des pays arabes essaye de comprendre comment ces communautés utilisent ces nouveaux outils pour être plus autonomes.

En Egypte par exemple, dans le Fab Lab du Caire, on cherche à fabriquer des objets plus adaptés aux besoins locaux, avec des matières premières locales. "On parle beaucoup du hacking occidental, alors que dans les pays en développement se passent des choses différentes" explique la journaliste. A l'image de ce qui se créé à icecairo, au Caire, un espace de co-working-incubateur de jeunes pousses portées sur les technologies vertes, qui aura bientôt son laboratoire de fabrication. Jay Cousins, le catalyseur de cette communauté, explique d'ailleurs dans cet entretien à quel point ce lieu est animé par la volonté de "donner les moyens aux gens de résoudre leurs propres problèmes" en faisant la promotion de l'esprit "hacker".

Il y a makers et hackers

 

Image Le Monde

Image : Le Monde

 

Pour bien comprendre le potentiel de changement induit par ces "révolutions" annoncées, la nuance entre maker et hacker peut être plus importante qu'on ne le croit au premier d'abord. Les deux termes qualifient des communautés relativement proches, mais non identiques : si créativité, ingéniosité et partage sont leurs mots d'ordre communs, "les makers se concentrent sur les objets physiques, le hardware, alors que le hacker peut s’exercer aussi sur le logiciel, le software (son terrain de jeu initial, au MIT dans les années 60). Et les vrais hackers ont quelque chose de plus subversif que les makers : au fond, le hacking est un état d’esprit qui s’applique à tous les champs, jusqu’au politique, exhalant les libertés numériques, et en particulier la liberté de circulation de l’information. Il apprécie aussi davantage les chemins de traverse" expliquent Sabine Blanc et Ophélia Noor.

Mais quel que soit le positionnement, une chose est sûre: ces nouvelles façons de faire montrent à quel point le vrai potentiel se trouve surtout dans la façon dont les membres de ces communautés cherchent à "faire autrement", questionnent en permanence le fonctionnement industriel et cherchent à changer leur rapport au monde; les espaces d'innovation sont avant tout économiques et sociaux. Comme l'analyse d'ailleurs le groupe Laser, qui aime parler de "brico-industrie", la souplesse et la réactivité des "artisans 2.0" ou "bidouilleurs" viennent "compléter et stimuler la production industrielle par leur souplesse et leur réactivité" sans pour autant remettre en cause la production de masse ni anticiper, à sa manière, le pic des objets que nous aurions déjà atteint.

Il s'agit aussi d'une nouvelle forme de subversion. Comme l'exprime Mahmoud El-Safty, co-fondateur du hackerspace de Gizeh et du fab lab Egyptdans cet entretien,"avoir des hackerspaces et des makerspaces où les gens peuvent acquérir une expérience pratique, partager des connaissances et mettre en œuvre leurs savoirs théoriques aura un impact fort sur la société et aussi sur le système éducatif et changera l’état d’esprit des personnes".

 Une position totalement partagée par Thanh Nghiem, spécialiste des liens entre open source et développement durable, qui montre justement en quoi le durable et le libre sont deux courants qui bousculent l'ordre établi. Pour elle, ces technologies modifient nos modes d'apprentissage et renouvellent l'approche du partage. "Dans tous ces mouvement de libération il y a un intangible humain qui consiste à vouloir libérer son destin. Chris Anderson met en avant les gens qui bidouillent et s'adresse à une élite. Ce que les hackers ont fait dans les logiciels, les voitures, les fab lab... cela s'étend à tout et porte en substance le même message que portent certaines communauté ou modes pédagogiques (type Montessori ou Freinet) depuis longtemps : je peux être acteur de ma vie et faire des choix" explique-t-elle en soulignant aussi le besoin de soigner la notion de sens et la qualité du protocole d'échange, dans ce partage.

En attendant, "l'imprimante 3D permet d'attirer les gens et de maintenir la communauté", confie Sabine Blanc. Et si ces outils décuplent nos capacités de créations et de collaboration, ils interrogent, de fait, les notions de possession et de consommation. Là où Chris Anderson promeut le partage et la co-création, certains comme le philosophe Bernard Stiegler parlent de contribution et annoncent la fin du consumérisme.

En attendant, ça fourmille et ça bouillonne, et tout reste encore à faire !

Enthousiasmant, non ?

Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur twitter

 

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