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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 11:54
Marianne-Philippe Bilger - blogueur associé | Jeudi 15 Septembre 2011 à 05:01 | Lu 5408 fois

Face aux transgressions républicaines qui s'amoncellent depuis 2007, selon notre blogueur associé, l'avocat Philippe Bilger, il est nécessaire de ne plus fermer les yeux. Il espère un sursaut républicain des différents candidats à la présidentielle.



(capture d'écran Dailymotion - e-ostadelahi-fr - cc)
(capture d'écran Dailymotion - e-ostadelahi-fr - cc)
Quel nouveau scandale pour demain ? Chaque jour nous apporte sa misérable et dégradante pitance. Certes, dans cette litanie du déclin démocratique, tout ne doit pas être mis sur le même plan mais il me semble que peu ou prou chacune des séquences, dérisoire, choquante ou frauduleuse, révèle une distance de plus en plus grande entre l'idéal républicain et sa traduction au quotidien.

Quelques exemples : la gestion étrange de Clearstream avec Dominique de Villepin mais la confirmation bienvenue de sa relaxe, le rôle des Parquets à Nanterre et à Paris dans les informations ayant abouti au procès de Jacques Chirac, les affaires Woerth, les écoutes Bettencourt nous plongeant dans un officieux où finance, privilèges et justice, contre tous les principes, révèlent leur pacte, le traitement calamiteux et orienté, avant Bordeaux, de ces dernières procédures, la dilapidation programmée Tapie-Lagarde, l'instruction Karachi loin d'avoir ouvert toutes les portes de la vérité et de la corruption, les fréquentations de personnalités, pour rester modéré, à la fois sulfureuses, richissimes et protégées : notamment Ziad Takieddine et Alexandre Djouhri, la polémique autour des déclarations d'Isabelle Prévost-Desprez par précaution « temporairement déportée » mais risquant - ce serait absurde - une procédure disciplinaire, la nomination d'Arno Klarsfeld - s'il ne sert pas, on le sert ! - à la tête de l'Office français de l'immigration, les dénonciations de l'avocat Robert Bourgi en même temps, de 1997 à 2005, partie prenante de la lucrative Françafrique et jouant aujourd'hui au « chevalier blanc » prétendument improvisé, Bourgi honoré le 27 septembre 2007 par le président de la République pourtant éclairé par et sur le personnage, etc (nouvelobs.com, Marianne 2, Mediapart, le Figaro, Libération, L'Express.fr).

Faut-il continuer ?

J'entends déjà les relativistes, les tolérants, les indifférents souligner qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil et que sous tous les régimes et avec tous les présidents la morale publique a été battue en brèche. Peut-être. Ce qui est tout de même singulier et dévastateur aujourd'hui, et depuis 2007, c'est l'accumulation répétée et ostensible de transgressions, de dérives et d'indélicatesses qui ne semblent plus gênées d'exister mais au contraire viennent comme une provocation permanente faire la nique au citoyen ordinaire comme si le Pouvoir n'avait qu'une seule ambition : manifester que l'essentiel de sa supériorité tient à son droit de s'échapper de l'Etat de droit largement entendu.

Ce qui me rend mélancolique, et beaucoup de citoyens avec moi, est de devoir constater que l'indignation n'a plus de frontières, qu'elle ne s'arrête plus devant tel ou tel parti mais qu'elle est poussée à dénoncer les violations de l'éthique partout et au sein d'institutions sans la qualité desquelles l'air public devient irrespirable. Le pire est que le nauséabond chuchoté ou proclamé n'étonne plus personne. Il y a comme une évidence de l'absence de rectitude dans notre pays. On se doute que Bourgi ne s'est pas réveillé spontanément, on présume que Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Alain Juppé (pour le Club 89) et Jean-Marie Le Pen ne sont pas mis en cause pour rien et on éclate d'un rire amer quand on prétend exonérer Nicolas Sarkozy. On n'oublie pas non plus les frères Guérini.

Il est clair qu'il ne suffit pas de faire appel à la gauche pour « réenchanter la politique », comme Gérard Courtois le demande dans son excellente analyse hebdomadaire sur la France, dans Le Monde. Je la trouve tout de même optimiste dans la mesure où elle croit trouver demain dans la politique - espérée de gauche - les remèdes à une crise politique incontestable. Mais la crise morale dépasse, et de très loin, les effets de celle-ci qui semble par comparaison maîtrisable et presque classique.

La politique en tant que telle est affectée par la corruption des valeurs qui structuraient le vivre ensemble et légitimaient l'adhésion des gouvernés aux gouvernants et les déclinaisons partisanes n'y pourront rien. L'époque est révolue où il suffisait, pour mettre en garde les responsables politiques de tous bords, de les alerter sur la probable montée du Front national si leurs errements se poursuivaient. Cette facilité n'est plus d'aucun secours. Le politique n'a plus le moral parce que la politique est décriée pour avoir abandonné la morale. Retrouvons d'abord l'éthique égarée pour redonner peut-être du lustre à ce qui, sans elle, n'est que technique vide de sens.

Cette crise morale a commencé dès 2007 et elle est devenue paroxystique au cours de ces derniers mois. Elle est infiniment dangereuse parce que, contrairement aux crises économique et sociale qui, au moins en théorie, ne rendent pas inconcevable un redressement par des solutions adaptées et une confiance restaurée, la morale appelle, suscite, exige une révolution des esprits et des pratiques, un bouleversement qui ferait de notre démocratie de plus en plus vicieuse une République se souvenant de la vertu qu'on lui prêtait et acharnée à la faire revivre.

Pères et mères-la vertu

L'exemplarité dans un sale Etat
On comprend mieux pourquoi les projets, les programmes demeurent patiemment dans les tiroirs et que les généralités abondent. Comme si l'on gardait l'intelligence et l'inventivité au pied. Parce que le désastre moral emporte tout et qu'il n'est plus nécessaire de nous offrir des idées, des convictions mais des personnalités, de l'intégrité, de la décence, de la rigueur (pas seulement financière !) et de l'exemplarité.

On se moquait hier des « pères, mères-la vertu », on les jugeait ridicules, peu accordés à une société de mouvement et de débridement. Aujourd'hui, on les sollicite, on les attend. La demande d'éthique est trans-partis et sa satisfaction, sans doute aussi. Cela fait longtemps que François Bayrou a placé au coeur de son discours cette exigence de la morale publique et d'une gouvernance d'abord respectée parce que respectable. Ségolène Royal, qui a crevé l'écran de la télévision à C politique, a consacré une part importante de ses réponses à l'affirmation d'une révolution morale dans l'Etat et la pratique de celui-ci. Pour sa part, François Hollande, excellemment interrogé le même jour par Anne-Sophie Lapix sur Canal Plus, a fait apparaître à mon sens des faiblesses. Manifestement, il saura résister à la tentation de la sévérité et tout laisse craindre que le moment venu, il ne sache pas faire « le ménage », contrairement à son ancienne compagne. Son intelligence est trop vive, trop ironique pour être capable de la brutalité nécessaire demain. On estime le politique, on reste réservé devant l'homme. Quant à Nicolas Sarkozy, il nous a déjà déclaré que ces affaires relevaient de « clapotis dans un verre d'eau ». Pour peu qu'on renverse l'éthique avec le verre d'eau, que restera-t-il au citoyen nostalgique d'une République qui n'aura été irréprochable que le temps de la formulation du concept ?

Je fais un rêve : le jour où au sein de tous les partis, surtout ceux au service du pouvoir, on pourra compter sur le même dégoût, la même nausée devant ce sale Etat, on aura accompli un grand pas, une énorme avancée.

On n'a plus le droit de fermer les yeux, de se boucher le nez et de croire qu'ailleurs, c'est pire.

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