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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 16:03

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Published on mai 10th, 2012 by Admin in Actualités

Le plan des marches revendicatives et des assemblées populaires organisées dans Madrid le 12 mai

 

Entre 1 500 et 2 000 agents devraient été déployés dans Madrid entre le samedi 12 et le mardi 15 mai à l’occasion du premier anniversaire des « indignés » espagnols, selon la presse. Cet effectif record témoigne de la tension avec laquelle les autorités attendent les célébrations de ce mouvement de contestation citoyen dont les images avaient fait le tour du monde l’an dernier.

« Il n’y aura pas de campements », a insisté mercredi 9 mai à plusieurs reprises la déléguée du gouvernement de Madrid, Cristina Cifuentes, en référence au « village » autogéré qui avait occupé la Puerta del Sol de Madrid durant un mois, avant de préciser que seront autorisées trente-cinq rassemblements durant quatre jours. En revanche, elle a refusé que les indignés se réunissent sur la place publique durant 96 heures de suite, comme ils entendent le faire.

Sur les réseaux sociaux, les indignés ont prévenu qu’ils ne respecteraient pas les ordonnances municipales et critiqué la décision du gouvernement madrilène de filmer les manifestants. Selon le mouvement du 15M (qui tire son nom de sa date de naissance le 15 mai), le gouvernement utilise la « stratégie de la peur » afin de décourager la participation des citoyens aux actions pacifiques qu’entendent conduire les indignés.

Mercredi, les indignés n’ont pas réussi à installer leur point d’information comme ils le souhaitaient et un groupe de retraités qui rassemblaient des signatures pour la défense des pensions s’est lui aussi fait déloger par la police.

 

Pénaliser la résistance passive

Déjà, en avril, peu de temps après la grève générale du 29 mars durant laquelle, à Barcelone, des groupes « anti-système » avaient provoqué des incidents, le ministre de l’intérieur avait annoncé une réforme du code pénal afin de punir de deux ans de prison ceux qui convoquent sur Internet une manifestation qui « altère gravement l’ordre public » et de faire de la résistance passive, caractéristique des manifestations convoquées par les « indignés », un délit.

Ce durcissement témoigne de la crainte qu’inspire le mouvement du 15M au gouvernement. Alors que ce dernier tente d’envoyer des messages de confiance à l’Europe et aux marchés, les images de manifestations monstres ne sont pas les bienvenues. D’autant plus que les « indignés » s’attaquent directement à la politique d’austérité du nouveau gouvernement conservateur.

Cinq raisons pour s’indigner

Le 15M donne « cinq raisons » pour s’indigner : « Pas un euro de plus pour sauver les banques, pour une éducation et un système de santé publics et de qualité, non à la précarité et la réforme du marché du travail, pour un logement digne et garanti, pour un revenu minimum universel. »

Le 12 mai, les indignés ont lancé un appel à une manifestation « globale« , comme celle du 15 octobre 2011. Selon le site de Démocratie réelle maintenant (DRY), trente-neuf pays ont répondu à l’appel.

La liste des activités prévue à Madrid, où les festivités se prolongeront jusqu’au mardi, est sans fin. Car l’enjeu est important. Par le biais d’une série d’assemblées populaires (logement, jeunesse, emploi, économie, culture…), de manifestations  (devant le ministère de la santé, dans les quartiers…) et d’actions en tous genres (cri muet le samedi à minuit à la Puerta del Sol, création d’un faux tribunal de justice citoyen pour juger les banquiers, poésie indignée, concert, pique-nique populaire…), le mouvement entend prouver qu’il n’est pas mort, un an après sa naissance.

 

Il y a un an…

C’était le 15 mai 2011, une semaine avant les élections locales et régionales. Une manifestation organisée à Madrid par une série de collectifs citoyens, en marge des syndicats et des associations traditionnelles, sous le slogan « Nous ne sommes pas des marchandises aux mains des banquiers et des politiciens », rassemblait des dizaines de milliers de personnes, alertées par les réseaux sociaux et le bouche-à-oreille.

Le soir, une poignée de manifestants occupait spontanément la place de la Puerta del Sol, bientôt rejoints par des dizaines d’autres campeurs, décidés à clamer leur colère contre le système, la dictature des marchés et la corruption politique. Rapidement, Puerta del Sol, une sorte de village autogéré, fonctionnant par le biais de l’échange de services, la gratuité, le partage et les dons des passants, surgissait dans le cœur de la capitale espagnole. Autour des centaines de tentes dépliées sur la place, on trouvait des cantines, une infirmerie, une bibliothèque, et même un atelier de réparation de bicyclettes et une halte-garderie. Et surtout de gigantesques assemblées populaires à l’air libre, théâtres de débats d’idées en tous genres, ouvertes à tous les « indignés » d’Espagne, foule d’anonymes qui saisissaient cette occasion pour expliquer leur mal-être, y chercher des solutions et clamer qu’un autre monde est possible. Le schéma s’était reproduit dans toutes les grandes villes du pays. Et durant un mois, ce mouvement neuf, frais, utopiste, était devenu la surprise majuscule de cette Espagne que l’on croyait endormie sous le poids de la crise.

Que s’est-il passé depuis ? Le 13 juin, le campement avait été démantelé par la police et le mouvement avait pris d’autres formes. Manifestations, comités de quartiers, assemblées thématiques hebdomadaires, événements ponctuels, mobilisations ciblées, occupations d’immeubles, création de coopératives, de banques du temps et lutte contre les expulsions, le 15M a continué de semer ses graines dans la société civile.

Aujourd’hui encore, à Madrid, pas un jour ne passe sans qu’une assemblée ne soit organisée sur un sujet précis. Sans parler des assemblées de quartier, hebdomadaires, où tous les sujets sont abordés. Pour les indignés, le plus important n’est pas le nombre de gens qui participent mais la qualité des échanges et le fait que depuis un an, des milliers de cerveaux sont reliés entre eux, sur Internet, pour chercher des solutions à la crise et dessiner les contours d’un autre monde, plus solidaire. Une utopie ? Sans doute. Mais aussi un rayon de lumière dans une Espagne désenchantée.

Sandrine Morel


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