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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 18:05

 

Incinérateur de Toulon : la justice enquête sur des soupçons de favoritisme

|  Par Mathilde Mathieu

 

 

 

D’après nos informations, une enquête préliminaire a été ouverte sur les conditions d’attribution au groupe Pizzorno du marché de l’incinérateur de Toulon. Montant du contrat : 470 millions d’euros sur dix-huit ans.

 

Pour le groupe Pizzorno, était-ce vraiment une divine surprise ? Fin 2012, cette société varoise, spécialisée dans le traitement de déchets, a décroché à la stupéfaction générale le marché de l'incinérateur de Toulon, au nez et à la barbe de géants du secteur, Suez environnement et Veolia. D’après nos informations, les conditions d’attribution de cette délégation de service public font aujourd’hui l’objet d’une enquête préliminaire ouverte dans la plus grande discrétion par le parquet de Toulon, sur des faits présumés de favoritisme notamment.

Début 2013, la justice a en effet reçu un courrier anonyme très circonstancié qui a jeté le soupçon sur la procédure d’appel d’offres, suggérant que le groupe Pizzorno aurait « fluidifié » les relations avec certains acteurs locaux pour s’assurer le contrat (remporté en association avec la société parisienne Idex).

 

L'incinérateur de Toulon, d'une capacité de 270 000 tonnes de déchets par an 
L'incinérateur de Toulon, d'une capacité de 270 000 tonnes de déchets par an© DR

Cet énorme marché de 470 millions d’euros sur dix-huit ans, qui a démarré au 1er janvier 2013, comporte l'exploitation et la modernisation de l'incinérateur (d'une capacité de 270 000 tonnes de déchets par an), ainsi que du réseau de chaleur induite qui alimente des milliers de logements.

Après des mois de négociations, le groupe Pizzorno a été retenu sur décision du Sittomat (le syndicat qui gère l’usine pour les 26 communes de l’agglomération), une structure présidée par Jean-Guy Di Giorgio, vice-président du conseil général et adjoint du maire UMP de Toulon, Hubert Falco.

Compte tenu de l’ampleur des irrégularités supposées, le parquet de la ville s’est dessaisi du dossier au printemps 2013 au profit du pôle financier spécialisé de Marseille.

Depuis, la police judiciaire s’efforce de tirer les fils et de saisir le drôle de fonctionnement de Pizzorno, petite entreprise familiale de Draguignan qui s’est muée, en 40 ans, en un groupe coté en bourse, capable de tailler des croupières à Suez et Veolia jusqu’à Lyon ou Paris, et implanté au Maroc ou en Mauritanie.

Interrogé sur l'affaire de l'incinérateur par l'intermédiaire de son chargé de communication, l'entreprise affirme que « toutes les étapes prévues par la procédure ont été respectées » (lire l'intégralité de la réponse sous l'onglet Prolonger). De son côté, Jean-Guy Di Giorgio fait répondre le directeur général du Sittomat, Jean-François Fogacci : « Nous ne sommes pas au courant de cette enquête. Pourquoi aurait-on privilégié un candidat l'un par rapport à l'autre ?! Nous avions pris un bureau d'études, qui a analysé les trois offres, fait une proposition, puis les élus ont fait leur choix. »

D'après nos informations, les enquêteurs auraient d’ores et déjà récupéré certains éléments suggérant l’existence d’une comptabilité truquée chez Pizzorno destinée à décaisser des espèces, qu'ils s'efforcent de vérifier.

Dans le Var, l'entreprise s'est certes bâti un quasi-monopole sur la collecte et le traitement des ordures, mais elle n'avait jamais exploité le moindre incinérateur jusqu’à présent – c’est d'ailleurs pour pallier cette inexpérience et crédibiliser son offre que le groupe varois s’est associé avec Idex, plus rodé en la matière. Afin de rassurer des représentants des salariés inquiets, lors d'un comité d'établissement de janvier 2013, un dirigeant de Pizzorno leur a d'ailleurs assené : « On va apprendre ! »

Si Francis Pizzorno, le fondateur de l’entreprise, a démarré sa carrière dans la roue d’un élu socialiste (le sulfureux sénateur et maire de Draguignan Édouard Soldani), il a surtout tissé son réseau à droite ces dernières années, recrutant par exemple François Léotard. L'entregent de l'ancien ministre de la défense, natif de Fréjus et administrateur du groupe depuis 2008 (pour 120 000 euros par an), semble d'ailleurs avoir accompli des miracles en Afrique – en 2011, les autorités tunisiennes l’ont cependant accusé d’avoir aidé le groupe à décrocher « de manière irrégulière » son contrat sur la décharge de Tunis, signé sous Ben Ali.

 

Francis Pizzorno, fondateur du groupe et PDG 
Francis Pizzorno, fondateur du groupe et PDG© DR

En 2007, en tout cas, Francis Pizzorno, un ancien parachutiste qui porte la cravate comme le blouson en cuir, avait tout misé sur Nicolas Sarkozy, au point d’adhérer au Premier cercle, le club des plus gros donateurs de l’UMP, en compagnie de sa directrice financière, de son directeur général, de son directeur juridique ou de son directeur propreté, qui ont tous signé un chèque de 3 000 euros minimum (lire nos révélations sur les donateurs du Premier cercle).

Plus qu’intriguée par ce tableau général, la filiale de Suez environnement qui a perdu l’appel d’offres déclare à Mediapart qu’elle a « déposé un recours » devant le tribunal administratif pour contester l'attribution du marché – fait rare dans un secteur où le silence est d’or. D’après nos informations, la préfecture du Var a fait de même dans une requête déposée en mai dernier, et toujours en cours d’instruction, estimant que la procédure était entachée de plusieurs irrégularités.

« Le président du Sittomat (Jean-Guy Di Giorgio) a publié le 16 novembre 2012 un avis d’intention de conclure (au bénéfice de Pizzorno), qui mentionnait la future décision du conseil du Sittomat du 30 novembre 2012, souligne-t-on à la préfecture. En clair, l’assemblée délibérante du syndicat n’a fait qu’entériner une décision déjà prise par le président. » Dit encore autrement : beaucoup de choses se sont jouées en coulisse.

La préfecture conteste également la compétence du Sittomat à déléguer l’exploitation du réseau de chaleur, en plus de l’incinérateur.

Au printemps 2013, Pizzorno avait déjà vu deux de ses filiales condamnées par la cour d’appel d’Aix-en-Provence pour le stockage sans autorisation de certains déchets sur sa décharge de Bagnols-en-Forêt, ainsi que pour des faux en écriture – le groupe s'est depuis pourvu en cassation. Il avait toutefois été relaxé du « délit de pollution ».

 

 

 

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