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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 18:54

 

Source : www.reporterre.net

 

 

Ils ne croient plus à la politique des partis et des urnes

Emmanuel Daniel (Reporterre)

vendredi 3 octobre 2014

 

 

 

Ils sont anarchistes, socialistes, écologistes et même conservateurs… Leur point commun : ils ne croient pas que les politiciens sont en mesure de répondre à l’urgence écologique. Reporterre donne la parole à ceux dont les positions sont souvent ignorées bien qu’elles soient largement répandues.


Pour réfléchir avant la Rencontre de Reporterre du 6 octobre : L’écologie au cœur de la reconstruction politique.


Les pouvoirs publics ont-ils la capacité ou même la volonté de prendre les mesures nécessaires pour enrayer le changement climatique ? Beaucoup de personnes en doutent.

Pour comprendre les raisons qui expliquent cette défiance, je me suis d’abord tourné vers des citoyens impliqués dans des initiatives locales. J’avais bon espoir de trouver parmi eux des gens qui pensent que la prise en compte de l’urgence écologique ne viendrait pas d’en haut. Et je ne me suis pas trompé !

Des politiciens déconnectés

Pour Perrine, professeur au Lycée Autogéré de Paris, l’affaire est entendue. “Les politiciens vivent sur la même planète que nous mais c’est bien notre seul point commun. Ils fonctionnent à court terme, sont guidés par la logique électorale et les intérêts économiques qu’ils défendent. Ils ne réagiront que quand il sera trop tard et que nous aurons déjà les pieds dans l’eau”.

Hervé, membre de l’épicerie autogérée L’indépendante basée dans le 18e arrondissement de Paris enfonce le clou. “L’offre politique est réduite à deux partis, en cheville avec le pouvoir économique, qui se sont appropriés tous les pouvoirs et partagent la même vision de l’économie basée sur la croissance et la consommation. Ce modèle implique une dépense d’énergie et une pression intense sur les ressources, la biodiversité, le climat, les écosystèmes... Ils ne peuvent pas prendre en compte les considérations écologiques car elles vont à l’encontre du modèle qu’ils défendent”.


- Hervé, de l’épicerie L’Indépendante. -

Seuls les mouvements citoyens peuvent réveiller les consciences

Et quid de l’idée d’un parti véritablement écologiste remportant les élections ? Pour Boris, fondateur du label Etika Mondo et très impliqué dans les mouvements Occupy et des Indignés, un tel scénario serait souhaitable, mais peu probable.

"Un parti politique, pour se faire connaître, doit rentrer dans une logique d’entreprise par actions”, explique-t-il. Et il doute qu’un parti radicalement écologiste trouve les fonds nécessaires pour s’imposer dans les médias et les urnes. Et quand bien même il y parviendrait, il avance que ce parti pourrait certes prendre des mesures “favorables à la sauvegarde des écosystèmes mais ne pourrait pas prendre le temps de l’éducation car on apprend en faisant. Seul les mouvements citoyens peuvent réveiller les consciences en mettant chacun en situation de pédagogie active”.

Car pour lui, la réponse à l’urgence écologique passe par une modification profonde de notre mode de vie et notre rapport à la nature, chose qu’il est difficile d’imposer par loi ou décret.

Amélie, étudiante à l’IEP Bordeaux et membre du café autogéré Le Samovar pense également qu’une politique écologique allant à l’encontre de la volonté populaire est vouée à l’échec. Elle cite l’exemple de la redevance incitative, taxe censée encourager les citoyens au tri sélectif mais qui a débouché sur une augmentation des déchetteries sauvages dans plusieurs collectivités.

L’idée que les personnes au pouvoir puissent régler les problèmes qu’ils ont contribué à créer est une absurdité pour la plupart des personnes de sensibilité libertaire interrogées. Mais ils ne sont pas les seuls à avoir perdu espoir dans la politique institutionnelle.

Pas dans leur intérêt

Je l’ai réalisé en discutant avec ma sœur, qui n’a rien d’une anarchiste ni même d’une militante. Elle me faisait remarquer que malgré la multiplication des conférences internationales et études scientifiques sur le climat, la situation continue de s’empirer.

"Quand c’est dans leur intérêt, ils arrivent à faire passer des lois rapidement, là on voit bien que ce n’est pas le cas. S’ils devaient faire quelque chose, ils l’auraient déjà fait".

J’ai profité d’un trajet en covoiturage pour engager le débat du rôle des politiciens dans la transition écologique avec le conducteur. Cet électeur socialiste, employé d’une enseigne de grande distribution, qui dit « ne pas trop s’intéresser à la politique » m’a lui aussi fait part de sa profonde désillusion :

« Les politiciens subissent une double pression. Celle des lobbies qui n’ont aucun intérêt à ce que ça change et celle des citoyens qui pour le moment ne pensent pas à long terme. On pense à aujourd’hui et non pas à demain. Les gens vont gueuler parce qu’il y aura de nouvelles contraintes et les politiciens ne prendront pas le risque de se mettre leurs électeurs à dos ».

Une défiance largement partagée

Afin de voir si la position de ma sœur et de mon co-voitureur était partagée par d’autres, j’ai décidé de poursuivre mon enquête dans le centre-ville de Rouen, un lundi après-midi. J’ai interrogé des gens au hasard en leur posant cette question : « Pensez-vous que les hommes politiques peuvent prendre les mesures nécessaires pour sauver la planète ? ». Sur les 17 personnes ou groupes de personnes rencontrés, aucun n’a répondu positivement !

Nicole, retraitée qui a pris « un suppositoire dans le derrière en votant Mitterrand en 81 », répond sans hésiter : « Non, c’est des connards ! Ils ne pensent qu’à leur fric et à leur pouvoir. Ils prendront des mesures uniquement si ça ne touche pas à leurs acquis ». « Ils ne cherchent que leur intérêt, et leur intérêt ce n’est pas la planète », lâche Mohammed, la cinquantaine, assis sur un banc, smartphone à la main, dans un parc de la ville.

« Il leur manque de la poigne et du courage pour imposer des décisions difficiles qui ne plairont pas à la population. Ce n’est pas qu’ils ne peuvent pas, c’est qu’ils ne veulent pas. C’est ce qui est dramatique », ajoute Edith, installée sur un banc voisin et visiblement plus irritée par le « laxisme de la gauche » et les problèmes de graffitis que par le réchauffement climatique.

Je profite du crachin qui tombe sur la ville aux mille clochers pour interroger deux étudiants réfugiés sous une allée commerçante couverte. L’un d’eux pense que « si un gouvernement prenait des mesures écologistes, il ne serait plus compétitif par rapport aux autres pays ». Et son camarade d’ajouter : « L’économie prime sur l’écologie », pour expliquer l’inaction des gouvernants en la matière.

Je poursuis à la terrasse d’un pub où un groupe d’amis est réuni autour de quelques bières : « Ce ne sont que des pantins que l’on met en scène pour que les gens se défoulent dessus. Ce n’est pas eux qui tirent les ficelles », avance l’un d’eux, qui dénonce le pouvoir des lobbies.


- A la Ferme des Bouillons -

Le pouvoir pervertit les idées

Ma série d’interviews terminée, je prends la direction de la Ferme des Bouillons à Mont Saint-Aignan. Sacha, un des occupants, n’a pas plus d’espoir dans les élus que les personnes rencontrées dans les rues de Rouen. « Je continue à voter parce que mon père m’a inculqué les valeurs de la démocratie, m’explique-t-il. Pour autant, je ne crois pas que ça puisse venir d’en haut ».

Pour appuyer sa thèse, cet activiste engagé dans plusieurs luttes liées à l’agriculture illustre son propos en mentionnant le parcours de dirigeants Latino-Américains (Lula et Morales). Malgré leur passé de militants radicaux, ces hommes n’ont pas réussi à impulser, une fois élus, les changements auxquels ils aspiraient. « Une fois au pouvoir, ils ont dû faire face à des lobbies qui les ont menacés de ruiner le pays s’ils mettaient leurs mesures en place », raconte-t-il.

Pessimisme ambiant

Je suis sorti de ces entretiens empli d’émotions et de pensées contradictoires. D’un côté, la défiance envers les politiciens et leur capacité à mener une politique écologiste semble totale. Pour certains, les freins viennent de la structure même de notre système oligarchique, basé sur la quête du profit immédiat, qui barrerait la porte à toute considération écologique.

Pour d’autres, c’est la mauvaise volonté de la population, trop accrochée à son niveau de vie, qui empêcherait les politiciens d’agir. Quand on leur demande d’où pourrait venir le changement, qu’ils n’espèrent plus venir d’en haut, la majorité ne sait que répondre.

« Je suis très pessimiste », ai-je souvent entendu. On m’a à plusieurs reprises répété qu’il faudrait attendre une catastrophe ou du moins une aggravation de nos conditions de vie pour que la population se réveille. C’est peut-être ce sentiment d’impuissance et l’absence d’alternatives connues qui explique que la plupart de mes interlocuteurs continuent de voter alors même qu’ils n’attendent plus rien de ceux qu’ils élisent.


- Vandana Shiva et Boris, de Etika Mondo. -

D’indécrottables optimistes

Je suis néanmoins tombé sur d’indécrottables optimistes (voir encadrés) qui voient dans l’émergence d’initiatives citoyennes comme les jardins partagés, le covoiturage, les écovillages ou les Amap, le début d’une prise de conscience citoyenne.

Lydie, la quarantaine, croisée à la sortie de la préfecture, fait partie de ceux-là. Elle est persuadée que « sans pression populaire, les politiciens ne bougeront pas. C’est à nous de les obliger à changer de direction. Et pour cela, les élections ne suffiront pas. Il faut agir à notre échelle et dès maintenant ».

La biodiversité militante, salut de l’écologie

Boris, fondateur du label Etika Mondo, est convaincu que les hommes peuvent se gouverner sans appareil d’Etat. Même s’il ne croit pas au changement par en haut, il considère que le parti peut être “un outil intéressant d’échange, de communication et un bon indicateur pour mesurer l’évolution de l’opinion”. Il considère que dans le contexte actuel, il serait malvenu de jeter la pierre à ceux qui souhaitent s’engager sur le terrain politique pour faire avancer la cause écologique.

“Observons la nature. Elle s’adapte de manière plurielle, il n’y a pas une solution mais une multitude. Acceptons que nos réseaux militants aillent du zadiste au chercheur, de l’entrepreneur jusqu’à l’élu. Plus un ecosystème est diversifié, plus il est résilient”.

Il s’inspire de la confrontation entre Marx et Bakounine (penseur anarchiste) pour illustrer sa vision du changement. “On constate qu’aucune de leurs stratégies n’a abouti. Il aurait été intéressant qu’ils testent chacun de leur côté, se soutiennent mutuellement et voient au final quelle stratégie se révèle être la plus efficace”.


CHANGEMENT PAR LE BAS : LE FORMIDABLE EXEMPLE DE SAILLANS...

 

*Suite de l'article sur reporterre


 

Source : www.reporterre.net

 

 


 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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