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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 15:15

 

| Par Fabrice Arfi et Michaël Hajdenberg et Mathilde Mathieu

 

Le 26 mars 2008, à Brest, Ikea a ouvert les portes de son vingt-deuxième magasin en France, dans l’euphorie. « Ikea met Brest en transe », titrait Ouest France. Mais derrière l’enseigne reluisante se dissimulaient en réalité des pratiques scandaleuses. De septembre 2007 à septembre 2008, au fur et à mesure que le magasin embauchait, une officine privée a été chargée par le siège de fouiller les antécédents des personnes recrutées, pour repérer les sujets "à risques".

D’après des mails inédits que Mediapart s’est procurés, 190 noms au moins (pour un magasin d’environ 250 employés) ont ainsi été transmis par le responsable Sécurité d’Ikea France, Jean-François Paris, au détective Jean-Pierre Fourès. La mission de cet enquêteur privé : « dire ce qu’il en retourne », faire une « étude », « dire si OK ».

Les termes sont elliptiques, mais Jean-Pierre Fourès était vraisemblablement chargé de se procurer des données confidentielles issues du fichier policier « Stic », en théorie réservé aux officiers de police judiciaire, ainsi que Mediapart et Le Canard enchaîné l'ont déjà rapporté. La plupart des salariés brestois, pourtant, avaient déjà transmis un extrait de casier judiciaire lors de leur embauche. Mais Ikea voulait creuser au-delà.

Au moins une fois, cette vaste entreprise d’espionnage a porté ses "fruits" : le 27 décembre, Jean-François Paris avertit à la fois le directeur de Brest et la responsable locale des ressources humaines que l’une de leurs recrues, au département «Vente», pose problème. Elle « est connue pour usage de stupéfiants en 2006 à Quimper, écrit le responsable Sécurité d’Ikea France à John Menage et Nathalie Gosselin. Donc "?" ».

Sous-entendu : faut-il la garder ? « A votre disposition pour en parler », conclut Jean-François Paris.

 

 

Sollicités par l'intermédiaire du siège d'Ikea France, ni le directeur de Brest ni sa subordonnée n’ont souhaité répondre à nos questions. Quant à l'employé de «la ligne 33», retrouvé par Mediapart, il affirme n'avoir jamais fumé le moindre joint à Quimper.

L'exemple brestois répond ainsi à deux questions clef posées depuis l’éclatement de "l’affaire Ikea" : non, le "flicage" ne s'est pas limité à quelques cas de salariés sensibles, type militants syndicaux, agents de caisse ou de sécurité. Et non, Jean-François Paris n'a pas agi en solitaire : ici, les numéros 1 et 2 du magasin ont bénéficié de ses "trouvailles", et n'ont pu ignorer ses pratiques.

En tout, parmi la masse de courriels adressés par le responsable Sécurité d’Ikea France à des officines privées entre 2003 et 2009, Mediapart en a trouvé huit ayant le magasin de « Brest » pour objet. C'est le 10 septembre 2007 que Jean-François Paris sollicite pour la première fois son informateur sur un cas brestois, à six mois de l’ouverture du nouveau magasin : il s’agit d’enquêter sur Nicolas A., bientôt en poste au service « Ressources humaines ». « Merci de me dire », est-il demandé à « Monsieur Fourès ».

 

 

Onze jours plus tard, rebelote : « L’urgence concerne Christophe L. », qui sera embauché comme responsable du département « Caisse, services et relations clients ». La direction boucle alors le recrutement d’un noyau de cadres, avant de passer aux échelons inférieurs. Une fournée de dix noms suit le 22 octobre : « Pouvez-vous me dire ce qu’il en retourne ». Deux nouveaux cas partent le 5 novembre.

 

 

Parmi les mails en possession de Mediapart, aucune réponse de Jean-Pierre Fourès. Comme s'il s’interdisait de communiquer ses verdicts par internet. Il faut dire qu’en 2003 déjà, quand Jean-François Paris avait conclu un marché avec Sûreté international (une autre officine privée) pour des « consultations équivalentes à celles du Stic »« 80 euros » l’unité), il avait arrêté un modus operandi particulièrement strict, pour couvrir ses arrières : « Je souhaite vous envoyer (les) coordonnées des personnes à auditer par mail et souhaite un retour écrit à mon domicile. » Sans doute Jean-Pierre Fourès, cinq ans plus tard, suit-il les mêmes consignes.

 

 

En décembre 2007, en tout cas, Jean-François Paris fait de nouveau appel au détective Fourès pour un énorme listing brestois de 61 noms :

 

« Je tombe des nues »

 

 
© Reuters

C'est dans cette "fournée" qu'apparaît un salarié, ligne 33, « connu pour usage de stupéfiants en 2006 à Quimper ». Cette information confidentielle, communiquée à la direction du magasin, semble bel et bien tirée du « Stic », la gigantesque base de données policière, qui stocke des fiches sur toutes les personnes mises en cause un jour dans une procédure (6,5 millions de noms au 1er novembre 2011), mais aussi sur les victimes ou les témoins.

Ce fichier est aujourd’hui farci d’erreurs, provoquées par des homonymies, des fonctionnaires qui remplissent mal les cases, etc. Seulement « 20 % des fiches étaient rigoureusement exactes » en 2009, d’après un sondage effectué par la CNIL (la Commission nationale de l’informatique et des libertés). Jean-François Paris ne peut l’ignorer, mais fait tout de même circuler.

Le 14 janvier 2008, à deux mois de l’ouverture du magasin, il envoie derechef une salve de noms à son informateur : « Bonsoir Monsieur Fourès, Tous mes vœux pour 2008 !! En attachement une nouvelle liste. Merci de me dire si OK ». Dans le tableau joint au mail :  44 noms (des « monteurs meubles », « employés FOOD », « vendeurs », « agenceurs », etc.). Le 29 mai, Jean-François Paris sollicite encore une « étude » sur 28 personnes. La dernière "commande" connue sera passée le 5 septembre 2008, sur 46 noms.

 

 

« Je tombe des nues, réagit le délégué syndical CFDT du magasin de Brest, Claude Lepage, averti samedi par Mediapart. Si c’est avéré, c’est honteux. Du coup, je m’interroge : certaines personnes qui ont été remerciées, par le passé, était-ce à cause de ces contrôles ?»

Jusqu'ici, à Brest, la direction du magasin s'est contentée d'afficher un communiqué rassurant à l'attention des salariés, bien visible, juste à côté de la "badgeuse", affirmant que Jean-François Paris était mis en disponibilité par Ikea France. Sans doute devra-t-elle fournir, lundi, davantage d'explications.

Au niveau national, la justice s'est rapidement emparée de l'affaire. Une enquête préliminaire a été ouverte le 1er mars par le parquet de Versailles, après que l’Union Force ouvrière de Seine-Saint-Denis (département du magasin «Paris-Nord 2») a déposé plainte contre X... « pour délivrance, obtention et utilisations frauduleuses de données à caractère personnel ».

Défendus par les avocats Yassine Yakouti, Sofiane Hakiki et Christian Charrière-Bournazel (président du conseil national des barreaux), ces employés d’Ikea France, qui ont fourni une clef USB contenant une série de mails datés de 2003 à juillet 2009, demandent « que soient identifiés les auteurs des demandes formulées, les membres des officines intermédiaires qui sont allés à la recherche de ces informations confidentielles, et le cas échéant, l’identité des fonctionnaires, gardiens des fichiers officiels, qui auraient pu fournir ces données à caractère personnel ».

En parallèle, une « Association des victimes d’Ikea » a également été créée, à destination des personnels d’abord, mais aussi des prestataires ou clients de la société. Dans les mails, au moins 24 magasins (ou implantations) à travers la France sont cités.

 

 

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