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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 21:51

Haqqi alayyi, les indignés de Beyrouth

Lettre du Proche-Orient | LEMONDE | 07.01.12 | 13h18

 
 

Sur les murs de Beyrouth, des affiches de couleur blanche et jaune portent un slogan percutant : "Haqqi alayyi". Un jeu de mots en dialecte libanais : les propos signifient à la fois "Mon droit dépend de moi" et "C'est ma faute".

 

Un appel à la responsabilité, promu par une vingtaine de jeunes Libanais âgés de 25 et 35 ans, artistes ou cadres pour la plupart, qui portent cette initiative. Leur but : "récupérer" les droits sociaux (comme l'accès à la santé pour tous, ou aux transports publics, inexistants) dont les Libanais sont privés, tout en dénonçant la corruption.

 

Et, par là, redessiner le rapport entre le citoyen et l'Etat - réduit à une peau de chagrin au fil des ans - pour mettre en place un nouveau système politique.

 

Vaste programme, sans aucun doute. "Notre but n'est pas réformiste, car le système n'est pas réformable. Nous voulons un changement radical, plaide Mohamad Hamdan, jeune ingénieur et l'un des piliers de Haqqi alayyi. Sur chaque dossier (santé, travail...), des solutions existent. Mais chacun est aux mains d'un petit groupe de décideurs politiques, qui verrouillent le débat et monopolisent les ressources économiques du pays pour servir leurs intérêts personnels."


Le mouvement est né dans la foulée des manifestations du printemps 2011 au Liban, où des milliers de personnes ont demandé la chute du régime confessionnel. Autrement dit, la fin du système qui régit le pays, octroyant ainsi sur une base confessionnelle les hautes charges de l'Etat et les postes dans l'administration. Les manifestations, faisant écho aux révolutions tunisienne et égyptienne, se sont rapidement essoufflées.

 

A Beyrouth, les observateurs se divisent, entre ceux qui croient, non sans fierté, que le "printemps arabe" a été nourri par le vent de révolte qui a soufflé sur le Liban en 2005, à la suite de l'assassinat de l'ancien premier ministre Rafic Hariri. Et ceux qui, amers, voient le train du changement leur échapper, tandis que la société libanaise semble engourdie dans un profond immobilisme.

 

"Peut-être n'étions-nous pas prêts pour notre révolution, suggère Myriam Mehanna, membre de Haqqi alayyi, revenant sur les manifestations de 2011 auxquelles elle a participé. En tout cas, nous n'étions pas d'accord sur l'alternative au confessionnalisme."


Aux autocongratulations et aux regrets, les jeunes de Haqqi alayyi préfèrent le travail de fourmi, tenace, dans la durée, pour poursuivre le désir de changement, par un projet politique qu'ils bâtissent pas à pas. Début décembre, ils remplissaient un théâtre de Beyrouth, le temps d'un après-midi, autour d'experts en droit ou en économie. Objectif : construire leur discours, de manière participative.

 

Plus tard dans le mois, ils se sont rassemblés devant le ministère de la santé, en disposant sur le sol des cadavres de chiffon et de papier. Des cadavres symbolisant la mort de ces Libanais décédés, faute de n'avoir été pris en charge par les hôpitaux parce qu'ils ne disposaient pas d'une couverture médicale.

 

Dans une société polarisée depuis 2005, le débat a été confisqué, selon les sympathisants de Haqqi alayyi, par la polémique politique, reléguant aux oubliettes les préoccupations quotidiennes des Libanais (accès à l'électricité, cherté de la vie...). Et entérinant des clivages qui n'ont fait que calcifier la société.

 

Eux refusent tout camp politique : ni "8 mars" (actuelle majorité, coalition du Hezbollah), ni "14 mars" (opposition, alliance menée par Saad Hariri). Autre spécificité de leur initiative : vouloir sortir des cercles militants pour créer une plateforme citoyenne plus large.

 

Pour rompre avec le désarroi ambiant, il convient, croient-ils, de repartir sur des dossiers concrets, en "demandant des comptes", explique Myriam Mehanna. "On loue toujours l'extraordinaire capacité des Libanais à s'adapter aux situations de conflit, de manque. Moi, je veux que l'on ne s'adapte plus, c'est-à-dire que l'on obtienne des droits", poursuit la jeune femme. Ces droits sont aussi, pour Haqqi alayyi, l'un des moyens de combattre le clientélisme favorisé par le jeu communautaire, où le zaïm (leader) fournit à son groupe des services.

 

Les membres de Haqqi alayyi savent la difficulté à mobiliser au Liban, dominé par une classe politique qui semble immuable depuis les années de conflit (1975-1990). Le maintien au pouvoir des anciens seigneurs de guerre participe largement au désenchantement.

 

Pour l'heure, le mouvement souhaite avant tout sensibiliser. "Combattre le sentiment de désespoir qui prévaut, comme si la situation misérable dans laquelle évolue le pays était notre destinée. Et convaincre qu'un changement du système serait bénéfique à tous", soutient Mohamad Hamdan.

 

Face à leurs concitoyens, qui, désabusés, les taxent de doux rêveurs ou jugent leur initiative isolée, les jeunes d'Haqqi alayyi ont en tête l'exemple égyptien. "Pendant des années, de jeunes activistes ont préparé le changement. Quand ils ont appelé à la manifestation du 25 janvier, combien d'Egyptiens étaient sceptiques ! Et pourtant, cela a pris !", lance Myriam

 

Mehanna.

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Les indignés d'ici et d'ailleurs
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