Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 18:58
Back in 2008 24/05/2012 à 13h03

Martin Untersinger | Journaliste Rue89 

 

Les défenseurs des libertés numériques s’inquiètent : au regard des nominations dans les ministères, rien ne semble changer.

 


Aurélie Filippetti, ministre de la Culture (Lionel Bonaventure/AFP)

 

La gauche est-elle en train d’imiter l’UMP sur la culture et les questions numériques, en réveillant le conflit violent qui, dès 2008, avait entouré la discussion puis l’adoption de la loi créant la Hadopi ?

En tout cas, l’inquiétude grandit au sein des opposants historiques au texte, qui voient d’un mauvais œil certaines nominations dans les cabinets de François Hollande et d’Aurélie Filippetti, nouvelle ministre de la Culture.

Quand soudain, Pierre Lescure

La mission de concertation sur l’avenir de la Hadopi, confiée à Pierre Lescure, ancen patron de Canal+, passe mal.

Proche du nouveau chef de l’Etat – il était invité à l’Elysée lors de la passation de pouvoir et animait une webradio pendant la campagne – c’est un « modéré » sur la question Hadopi. Il se vante par exemple d’avoir « contribué à la réflexion » de François Hollande « pour qu’il n’abroge pas [la Hadopi] sitôt élu ».

Sa nomination est, comme le note Le Figaro, un geste destiné à rassurer le monde de la culture, pour « désamorcer la crise naissante » entre les artistes et le ministère de la Culture. Lescure navigue entre le milieu de la télé, du cinéma mais aussi du théâtre (il dirige le théâtre Marigny).

Philippe Aigrain, chercheur et membre de la Quadrature du Net, fer de lance de l’opposition à la Hadopi, explique à Rue89 sa déception :

« Pour cette consultation, je souhaitais des personnes indépendantes des milieux culturels et des intermédiaires techniques. C’est le souhait inverse qui a été violemment exaucé. Quelles que soient les qualités personnelles de Pierre Lescure, c’est quand même un ancien de Canal+, de Vivendi !

C’est une vision centrée sur les industries culturelles traditionnelles, qui ne prend pas en compte la réalité de la création sur Internet et la pratique numérique des citoyens. On reste sur le point de vue très “économiciste” : les producteurs d’un côté, les consommateurs de l’autre. On n’affronte pas les vrais défis de la création numérique. »

Tout pour éviter le rapport de force

Plusieurs nominations au cabinet de la ministre de la Culture et de François Hollande font également lever des sourcils.

Ami d’Aurélie Filippetti (et blogueur sur Rue89) l’économiste Gilles Le Blanc devrait, selon une information du Bulletin quotidien, être nommé directeur adjoint de son cabinet. Il est le co-auteur en 2006 de l’ouvrage « Modem le maudit : enjeux économiques de la distribution des contenus », avec notamment Olivier Bomsel, son collaborateur aux Mines. Ce dernier faisait partie de la mission Olivennes, point de départ du processus aboutissant à la Hadopi.

Le ministère de la Culture n’était pas en mesure de confirmer cette nomination ce mercredi et l’intéressé n’a pas répondu à nos sollicitations.

David Kessler, directeur général des Inrocks, ancien du cabinet de Jospin à Matignon, conseillera François Hollande sur les sujets média/culture. Il est lui aussi hostile à une abrogation pure et simple de la Hadopi. « Il ne suffit pas de dire qu’on est “ contre ”, contre Hadopi par exemple, encore faut-il faire des propositions », déclarait-il au Journal des arts, en décembre dernier. Ce qui lui a valu d’être qualifié d’anti-anti Hadopi.

Plusieurs nominations illustrent aux yeux de certains un retour à de vieilles recettes :

  • Celle de Sylvie Hubac, un profil très culturel (présidente du Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique, qui a un rôle consultatif auprès du ministère de la Culture), à un poste – qui l’est beaucoup moinsde directrice de cabinet de François Hollande ;
  • Celle de Laurence Engel, directrice des affaires culturelles de Paris, à la direction du cabinet d’Aurélie Filippetti ;
  • Ou celle de Constance Rivière qui conseillera François Hollande sur les libertés Elle était la rapporteuse de la controversée « mission Zelnik » sur le développement de l’offre légale culturelle en ligne.

Philippe Aigrain voit en la nomination de David Kessler « un très mauvais signal, qui relève de la volonté d’encadrer le travail du gouvernement ».

Concernant Gilles Le Blanc, son avis est « plus nuancé » :

« Si je suis en désaccord intellectuel profond avec ce qu’il a écrit en 2006, je ne préjuge pas de son analyse, j’attends de voir. »

A gauche, un très bon connaisseur de ces questions, proche des milieux ministériels, décrypte :

« Vu le cap donné par [les nominations de, ndlr] Hubac et Kessler, Aurélie Filippetti a senti le vent tourner et compose ses équipes en fonction, dans un réflexe de préservation, de manière homogène par rapport à la volonté gouvernementale.

Elle ne voudra pas de rapport de force. Même pendant la campagne, elle a privilégié ses chances de devenir ministre à la confrontation. »

« Les lobbies pro-Hadopi ont fait main basse sur le pouvoir, le numérique n’a strictement rien à attendre de ces gens », tranche pour sa part un bon familier de ces dossiers, à droite de l’Assemblée.

Exit le conseiller anti-hadopi

Juan Branco était un très proche conseiller auprès d’Aurélie Filippetti pendant la campagne socialiste. Il est aussi, et surtout, un opposant notoire à la Hadopi (auteur notamment du livre « Réponses à Hadopi »).

Dimanche, sur son compte Twitter, il annonçait avoir été écarté. Il ne figurera pas dans le cabinet de celle qui, entre-temps, est devenue ministre de la Culture :

« Viré, et sans les formes. Visiblement la realpolitik, c’est maintenant. »

Pour lui, la raison de son éviction ne fait guère de doute, comme il l’explique au Monde :

« J’ai servi de faire-valoir “ouverture société civile” anti-Hadopi. Dans le même temps, je lui construisais une légitimité et un enracinement dans les milieux culturels engagés et méfiants.

Une fois “construite”, légitimée et ayant un programme de gouvernement, elle croit pouvoir se débarrasser sans frais de ceux qui inquiètent les lobbies. »

Hollande : « On est sollicités par tous les groupes »

Dans la culture, les lobbies sont puissants. Lors d’un déjeuner avec le journaliste Eric Dupin, chroniqueur sur Rue89, François Hollande, alors candidat, se plaignait de leur omniprésence :

« Le débat sur la culture est totalement phagocyté par Hadopi. Et il y a des lobbies tellement divers ! [...] On est sollicité par tous les groupes, par toutes les catégories. »

Pour Juan Branco, « culture et politique ont perdu leur lien organique » :

« La politique ne s’intéresse plus à la culture et inversement. Les seuls liens que les hommes politiques ont avec la culture, c’est par l’entremise des lobbies ou dans un contexte mondain.

Cela donne un point de vue purement corporatiste, très juridique, à l’origine de dérives de type Hadopi. Le ministère de la Culture ne fait pas de politique : il répond aux desiderata des organisations professionnelles. »

Pour Philippe Aigrain, les lobbies sont toujours puissants, même si il estime avoir évité « le pire » :

« On ne peut pas imaginer la force des groupes d’intérêt et des individus qui, à l’intérieur des partis, représentent ces groupes d’intérêt. Peut-être que nous les sous-estimions. »

Aurélie Filippetti « recadrée »

Lundi, sur France Inter, Aurélie Filippetti, juge que la Hadopi « n’a pas permis de dégager de l’argent » et qu’elle est « inefficace ».

« Il ne faut pas préjuger du résultat d’une concertation », réplique Pascal Rogard, président de la SACD (qui représente les auteurs-compositeurs dramatiques).

Le lendemain, à Cannes, dans la bouche de la ministre de la Culture, les mots sont différents, comme le relève la lettre d’information spécialisée dans les médias Satellifax :

« Filippetti a visiblement été recadrée après déclarations d’hier. Interrogée sur Hadopi ou RFI elle répond “respect des temps et concertation”. »

« Recadrée », mais par qui ?

Retour à 2008 ?

En est-on pour autant revenu à 2008, au moment des premiers travaux parlementaires sur la Hadopi ?

Pour Philippe Aigrain, les pratiques culturelles sur Internet (et leur acceptation) n’ont rien à voir avec ce qu’elles étaient il y a quatre ans :

« En 2008 on était encore dans une posture unique, “le téléchargement c’est un danger”. Il fallait se bagarrer pour que certains artistes se désolidarisent des lois répressives. Aujourd’hui la création vivante est hors de ces cercles là.

Les positions des groupes d’intérêts sont inchangées, mais en face le monde a beaucoup bougé. »

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Alertes- Ce que vous devriez savoir
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