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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 22:42
Marianne - Panagiotis Grigoriou - Tribune | Mardi 13 Décembre 2011 à 18:01

 

Panagiotis Grigoriou, anthropologue grec, raconte son voyage de retour de Paris à Athènes. A Vingt mille lieues au dessus des dettes, il témoigne de ses conversations avec les concitoyens européens dans les transports, ses lectures de la presse française et étrangère, des réactions des Grecs à l'endettement du Parti socialiste ou au fait que l'Allemagne veuille créer des zones franches dans leur pays...



Grèce : le pire n'est pas passé
Survoler les nuages européens à 12 000 pieds d'altitude donne des ailes. Je me laisse même croire, que la sagesse finira par planer un jour sur notre continent. Laissant Paris de nuit comme un voleur, lui souhaitant sincèrement bonnes fêtes, drang nach süden. Il fait déjà jour, mais l'Italie demeure invisible. Cette Europe est décidément une nébuleuse. Pauvre Italie, derrière Monti, Draghi et les nuages, en effet c'est si triste, rien que d'y penser.

De cette nébuleuse il était encore question d'ordre et des sanctions à Bruxelles, lors du sommet. La presse grecque, fatiguée comme ses lecteurs, sujets de la colonie Merkozienne, en rapporte seulement l'essentiel. « Un trou dans l'eau [ce sommet] », d'ailleurs Athènes ne semble plus vraiment concernée par ces décisions, elle avale déjà sa pastille de Vichy de la Maréchale bismarkienne. Le président Sarkozy, quant à lui, il aurait tout juste ajusté l'emballage. La messe est dite… et vive la Republique.

N'en déplaise au « Monde », le pire n'est pas passé

Donc chez nous, il n'y a plus à épiloguer. Ni analyses édulcorées, ni règle d'or à n'en plus finir entre la chèvre et le choux, comme dans la presse française. « Angela Merkel a pris la clef de l'Europe » (titre du quotidien Elefterotypia 10/12/2011), laissant apparemment le porte-clés à Nicolas Sarkozy, un point c'est tout. La supposée décision collégiale entre 27 États-membres (26 après la scission assez souveraine de la Grande Bretagne), se résume en une discussion en tête-à-tête franco-allemand, pour aboutir finalement au seul diktat allemand.

N'en déplaise ainsi à l'envoyé spécial du Monde (10/12), le pire n'est pas passé car le chaos prometteur se passe de toute sanction automatique. L'histoire c'est de la boite manuelle, à croire sinon que les éditorialistes du Monde n'ont jamais lu Thucydide. Nos syndicalistes de la télévision publique sans doute l'ont-ils fait, car ils ont interrompu en direct la conférence de presse de Papadémos depuis Bruxelles, cela s'appelle dans le jargon de la Résistance, un acte de boycott.

Entre temps ; notre petite presse, encore libre, en rapporte plus sur la future organisation de la Griechische Kommandantur. L'Allemagne veut créer des zones franches en Grèce, dans le Péloponnèse par exemple. Mycènes zone franche, on aurait dû y penser plutôt, ceci nous aurait en plus évité la Guerre de Troie !

Le préfet de région (élu issu de la droite), Petros Tatoulis, « insiste sur ses fantasme néolibéraux à ce sujet, sous la bénédiction de Bruxelles, voudrait faire du Péloponnèse une colonie allemande, à la manière des zones franches en Chine », note Elefterotypia (www.enet.gr 10/12/2011).

Promesses

Aux repères géographiques de Brindisi, nous finissons par bien distinguer la botte Italienne d'en haut. À une telle altitude, on se dit presque prêt à oublier la botte allemande. En effet, nos ressentiments germanophobes ne doivent pas se faire mariner à toute sauce. Chaussée ainsi sa pointure géographique, l'Europe fait en tout cas oublier celle de sa géopolitique, paraissant bien plus calme et plus belle.

D'où ma promesse envers mon voisin de siège dans l'airbus, un retraité italien se rendant à Athènes : « J'y retournerai dans votre pays en voiture, goûter encore votre gastronomie, ainsi que nos discussions entre italiens et grecs, monsieur ». Voyager comme dans l'avant guerre économique, un verre de rouge à Bagno di Romagna ou un ristretto aux alentours de Bobbio. Difficile promesse à tenir pourtant. « Vous irez donc convertir vos drachmes en lires italiennes », a justement remarqué mon interlocuteur.

« Oui, et à condition qu'un jour on retrouve un vrai salaire chez nous ou une véritable retraite chez vous, n'est-ce pas ? Mais, ne soyons pas si alarmistes, à défaut, nous nous échangerons nos dettes souveraines et nos appartements pour l'été, invitant par la même occasion nos amis Espagnols et Portugais, tenez vous bien, bientôt les Français seront également partants, mais il ne faut pas le crier haut et fort en ce moment dans cet avion, les gens vont nous entendre, mais pas forcement d'une si bonne oreille ».

Vingt mille lieues au dessus des dettes

Qu'est-ce-qu'on rigole bien à Vingt mille lieues au dessus des dettes, c'est déjà cela d'acquis dans notre Europe. En effet, l'Europe existe certainement sans les banquiers et sans l'Union européenne, cette nouvelle prison des peuples et ses couloirs de la mort. Nous y sommes dans cette autre Europe, y compris nos amis Allemands, mais de l'Aufklärung précisément.

Un peu rêveurs ainsi, nous avons bu notre dernier café en survolant Corfou. Pas d'autre café, deux c'est assez, car la low cost facture tout à bord, comme le FMI sur terre. C'est la règle d'or, rien à dire sous le pilote automatique. Bientôt Athènes, ritorno al reale, remarque le retraité toscan, et je ne peux que confirmer. Nous avions laissé Paris dans sa frénésie des fêtes, la crise sous le tapis, selon les argumentaires de nos amis français, inquiets pour eux-mêmes et compatissants envers nous, propos en effet, maintes fois répétés.

Seule une anthropologue luxembourgeoise a exprimé de l'inquiétude quant aux licenciements possibles dans le secteur bancaire de son pays si nous, les cigales du sud de l'Europe, nous continuons dans le laxisme budgétaire, ayant de surcroit contaminer le Grand-Duché par nos bons du trésor, dignes des papiers russes d'autrefois. « Mademoiselle, chez nous, la moitié de la population active est au chômage, donc ce supposé déclin des banques, c'est le cadet de mes soucis, à ce propos, saluez-les solennellement de notre part, ainsi que vos sympathiques vaches …! »

Survol de Salamine désormais en basse altitude, puis demi-tour sur la mer Égée en vue de l'approche d'atterrissage. Un soleil radieux ce matin, nos Cyclades se baignant à 20 degrés Celsius. C'est aussi pour cette raison que Noël ne devrait pas signifier grande chose en terre d'Artémis. Entre temps, et, ayant lu le dernier papier sur Habermas (« Merci Monsieur Habermas » par Eric Conan dans Marianne 10-16/12), je préfère toujours Castoriadis. L'Europe des Lumières en somme, tu l'aimes et tu ne la quittes plus jamais !

Le PS grec est moqué pour son endettement

Grèce : le pire n'est pas passé
Je ramasse un exemplaire du quotidien pro-gouvernemental Kathimerini dans la rame du Proastiakos, notre RER monoligne. « Le Pasok (P.S.) se dirige tout droit vers la poubelle de l'histoire, si on tient compte des derniers sondages, on revient alors à ses pourcentages nous ramenant en 1974 (allant de 9% à 15%), ainsi cinq sur sept de ses députés verront aux prochaines élections leur carrière politique s'arreter définitivement », écrit l'éditorialiste Nikos Xydakis (Kathimerini, 10/12/2011).

Un peu plus tard dans le bus athénien, une étudiante crie sur son mobile les répercussions du dernier examen sur sa sociabilité estudiantine, elle est en faculté de quelque chose pour se faire une place dans quelque temps. J'ai remarqué que dans son vocabulaire en usage, un mot sur trois était anglais ou plutôt en américain. Un peu comme Papandréou je crois. En tout cas lui, il doit perdre vraiment son grec ce dernier temps.

Les radios athéniennes, à l'heure du repas, se moquent des dettes du P.S. grec. Plus d'une centaine de millions d'euros. Au siège du parti, permanents et cadres ne sont plus payés. Banqueroute alors ? L'ironie devient alors inévitable : « Alors le P.S. embrasse désormais la cause du mouvement “je ne paie plus”, pas mal... »

Métadémocratie

Plus sérieusement, Kazakis, l'analyste en économie de notre Souris (journal satirique To Pontiki), déjà à l'antenne de la Radio 9 (ce midi), donne son point de vue : « Le P.S., tout comme le parti de la droite Nea Dimokratia, sont dans le pétrin car ils ont emprunté auprès des banques avec un laxisme rare. Les banques créditrices se sont basées sur les résultats des élections législatives de 2009 et sur les sondages, pratiquement d'avant la Troïka, pour débloquer ces sommes, indexées sur le financement que l'État octroie aux formations politiques suivant leurs scores électoraux et les sondages. Les sondeurs sont également un cartel juteux et le système tourne en boucle. C'est du donnant – donnant. Donc on comprend alors mieux maintenant deux choses, d'abord, pourquoi ces partis n'en raffolent pas des élections en ce moment, puis, la formation d'un gouvernement sous le banquier Papadémos. À part le directoire Merkozien, cette solution arrange bien également les affaires des deux grands partis au pouvoir, aussi à cause de leurs dettes envers les banques, là Papadémos peut aussi se montrer utile ».

En tout cas, dans les derniers sondages, la gauche (pas le P.S. mais les autres formations) monte en flèche, tandis que l'extrême droite recule. Karatzaferis, le chef de l'extrême droite, explique aux journalistes que c'est parce que son parti participe déjà aux affaires, gérant sérieusement les problèmes graves de la partie ayant le sens de la responsabilité (sic).

Admettons que de ce point de vue, nous avons au moins une seule petite avance sur la France, nous ne sommes pas seulement une Papadémocratie, mais aussi une métadémocratie, pour l'instant sans avenir bien clarifié. Ce qui semble bien certain et acquis par contre : nos rythmes, nos vitrines et notre dette souveraine, n'égaliseront jamais celles de Paris.
Grèce : le pire n'est pas passé

 

Grèce : le pire n'est pas passé
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