Partager l'article ! Fronde en Irlande contre la taxe d'habitation, sur fond de récession et d'austérité: LE MONDE | 03.04.2012 ...
LE MONDE | 03.04.2012 à 11h07 • Mis à jour le 03.04.2012 à 12h10
Par Marc Roche
Les Irlandais commencent à se lasser de la rigueur qui est devenue leur lot quotidien ces dernières
années. En guise de rébellion, la moitié des contribuables de la petite république ont décidé de ne pas payer la nouvelle taxe d'habitation dont les propriétaires étaient redevables au 31 mars. Un signal pour le gouvernement de Dublin à deux mois du référendum sur le nouveau traité
budgétaire européen.
Il s'agit de l'une des premières fissures dans l'application d'un programme de redressement qui jusque-là n'avait pas provoqué de mouvements sociaux d'envergure, à l'inverse de ce qui a pu se
passer dans les autres nations périphériques de la zone euro en crise.
En vertu de cet impôt imposé par le Fonds monétaire international (FMI) et l'Union
européenne dans le cadre du plan d'aide à l'Eire de 85 milliards d'euros conclu en 2010, un ouvrier paie la même taxe
d'habitation de 100 euros qu'un milliardaire. Si la somme est modeste, le manque d'équité de cet impôt local a scandalisé l'opinion au point que 80 0000 foyers dans le pays, soit la moitié des
assujettis, ont refusé de le payer.
Annoncée en juillet 2011, cette nouvelle ponction fiscale devait rapporter 160 millions d'euros.
Mais le gouvernement de centre droit dirigé par Enda Kenny a multiplié les maladresses. Tout d'abord, en imposant le paiement en ligne, l'équipe de la coalition Fine Gail-Labour s'est aliénée
la frange âgée de la population. Ensuite, des pénalités substantielles ont été imposées aux récalcitrants. Enfin, en l'absence d'un système digne de ce nom d'évaluation du parc immobilier, les autorités ont reconnu la difficulté d'imposer dès 2013 une taxe tenant compte de la valeur de l'habitation.
Aux affaires depuis le 9 mars 2011, le Taoiseach (premier ministre), Enda Kenny, a poursuivi la politique de rigueur engagée par son prédécesseur,
Brian Cowen : baisse des salaires dans la fonction publique, hausse des prélèvements obligatoires, augmentation de la TVA, privatisations... Parallèlement, le Taoiseach a multiplié les
incitations aux investissements étrangers, en particulier provenant des pays émergents comme la Chine. Il a aussi utilisé l'aide communautaire et du
FMI pour renflouer le système bancaire mis en déroute par l'explosion de la bulle
immobilière.
A LA VEILLE D'UN RÉFÉRENDUM
L'île Verte est sortie de la récession début 2010 et a renoué en 2011 avec une faible croissance pour la première fois depuis le début de la tourmente, en 2007. Or, comme l'atteste la contraction de l'économie au troisième et au quatrième trimestre 2011, le pays est retombé en récession à la fin 2011. En cause, la baisse des exportations de biens et de services ainsi que la crise de la zone euro. Et en février, le taux de chômage s'est élevé à 14,7 %.
L'ampleur de la protestation contre la taxe d'habitation risque de donner des munitions aux opposants du nouveau traité européen soumis à ratification lors d'un référendum le 31 mai. Si le "oui" est aujourd'hui donné gagnant, le nombre élevé d'indécis créé l'incertitude sur l'issue du scrutin.
Marc Roche
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