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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 22:16

 

 

 Marianne - Vendredi 25 Janvier 2013 à 12:43

 

Bertrand Rothé

 

Interview exclusive de Frédéric Lordon. À propos du " Grand Retournement".

Exclusif

 

Rédigé par Bertrand Rothé le Jeudi 24 Janvier 2013 à 22:22

 

Le Grand retournement, est dans les salles depuis hier. Gérard Mordillat l'a réalisé à partir du livre de Frédéric Lordon « D’un retournement l’autre ». L'auteur du livre a bien voulu nous accorder un entretien.

 

affiche du Grand Retournement
affiche du Grand Retournement

Pourquoi avoir choisi de traiter de la crise en alexandrins ? N’est-ce pas suffisamment compliqué de faire comprendre la crise pour avoir besoin de rajouter cette contrainte ? 

 

Frédéric Lordon  : À l’origine il ne s’agissait pas tant de faire comprendre la crise que de la faire sentir – par une sorte de sensation de l’intellect s’entend car, la crise, les gens la sentent bien, il faudrait même dire : ils la sentent passer ! Mais il fallait en quelque sorte enrichir la conscience analytique, et partant politique, qu’ils peuvent en former, c’est-à-dire donner aux idées critiques le supplément de force qui contribue éventuellement à déterminer des mouvements de refus, et peut-être même de révolte. D’où l’idée du théâtre avec sa force sensible.

Et des alexandrins pour jouer des contrastes entre la langue grand siècle et les misérables bassesses de la finance contemporaine, pour restituer à la fois le comique et le tragique de toute cette affaire, et finalement pour produire un effet d’étonnement qui permet peut-être de capter l’attention d’une manière inattendue. Inattendu pour inattendu d’ailleurs, je me suis entendu dire que l’alexandrin avait la propriété de clarifier l’exposition des mécanismes macroéconomiques ! Pour le coup l’effet est assez inintentionnel, mais s’il est avéré, c’est tant mieux !

 

Pensez-vous qu’un OUvroir de LIttérature POlitique a du sens trente ans après la mort de Pérec ?

 

Frédéric Lordon : Disons que l’enjeu serait de faire passer le « po » de l’Oulipo de « potentielle » à « politique » – puisqu’à l’origine l’Oulipo ne visait qu’à déployer les potentiels de la littérature. Ou alors de créer un Oulipopo ! un Ouvroir de Littérature Politique Potentielle. En fait, j’ai le sentiment que, longtemps catatonique, cette littérature politique est en train de se réveiller. De plus en plus le roman et le théâtre s’emparent de thèmes politiques directement liés au néolibéralisme et à sa crise – mais en fait ce sont bien tous les secteurs de l’art qui quittent enfin leur Aventin pour entreprendre de dire quelque chose du monde actuel.

Or il nous faut bien toutes les machines affectantes de l’art pour produire la conversion collective du regard seule capable de renvoyer le néolibéralisme aux poubelles de l’Histoire – où la crise historique que nous vivons aurait dû suffire à l’expédier. Comme vous savez, l’échec monumental du capitalisme néolibéral et l’effondrement dans lequel il précipite les populations n’a nullement conduit à sa disqualification doctrinale et morale comme l’aurait voulu un monde réglé par des normes minimales de décence intellectuelle et politique. Il faut donc envisager d’autres moyens, et sans doute ce « passage au théâtre » procède-t-il de la maxime qui devrait nous servir de viatique politique pour une époque obscène : faire flèche de tout bois.

 

Frédéric Lordon, le film donne l’impression que la crise est uniquement financière. Jusque là dans le Monde Diplomatique vous avez répété à l’envi que la crise était due au système et non au dévoiement de quelques banquiers. Avez-vous changé votre fusil d’épaule ? 

 

Frédéric Lordon : C’est une pièce, pas une thèse ! On pouvait difficilement tout y mettre… Cependant, pour tout vous dire, l’actuel premier acte aurait dû être le deuxième, et je le voulais précédé d’un acte introductif où aurait été montré comment ce sont en fait les structures mêmes du capitalisme néolibéral qui ont produit ce désastre, et que la crise proprement financière n’en est que l’épiphénomène. Je voulais y montrer le contentement de soi d’une classe oligarchique, mêlant banquiers, experts et journalistes, tout à la satisfaction de l’ordre du monde qu’ils ont indéfectiblement promu… à la veille de son explosion. Mais le texte était déjà trop long…

 

La chute du film est surprenante. La révolution fait fuir un président qui ressemble beaucoup à Sarkozy. Estimez-vous comme Emmanuel Todd que François Hollande va se transformer en un chef révolutionnaire en plein milieu de son quinquennat ?   

 

Frédéric Lordon : Vous avez raison de noter que là où les personnages de banquiers sont réduits – délibérément – à des archétypes impersonnels, le président de la République (le premier ministre aussi) nous rappelle furieusement quelqu’un… Il faut dire qu’on avait là un spécimen dont les particularités caractérielles sont si épicées que ça aurait été dommage de se passer de son potentiel tragicomique. Mais il ne faut pas s’y tromper : le président de la République aurait lui aussi pu être transformé en personnage générique… comme en témoigne dramatiquement, dans la réalité, la consternante continuité de politique économique par delà la chose qu’on nomme par charité « alternance ». Les occupants se succèdent, mais c’est toujours le même qui remplace le même.

On reste proprement sidéré de la reconduction à l’identique des stratégies d’austérité et d’approfondissement du néolibéralisme, sous couleur de compétitivité, au travers d’une élection ayant proclamé que le changement était maintenant.
 

Dans ces accablantes conditions, la question de savoir si François Hollande va se transformer en chef révolutionnaire n’a même pas lieu d’être. Révolutionnaire il l’est déjà : avoir entraîné le parti « socialiste » aussi loin et surtout aussi explicitement à droite, c’est en soi une petite révolution idéologique ! sans doute très prévisible, mais tout de même… Évidemment toute autre sorte de révolution attendue de François Hollande ne pouvait qu’être le produit d’une imagination fertile ou bien d’un rêve éveillé. J’entends bien que ma propre pièce se termine sur une insurrection qui vient pour de bon et chasse un président failli, au risque de me faire paraître prendre mon désir pour la réalité. Mais c’est que c’est une œuvre de fiction…

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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