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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 22:51

 

 

Marianne - Lundi 17 Décembre 2012 à 11:51

 

Par Hervé Nathan, Gérald Andrieu et Laurence Dequay

 

«Il n'y avait pas de repreneur crédible et ferme» pour Florange selon les propos rapportés par les membres du cabinet du premier ministre Jean-Marc Ayrault. La messe était dite. Non seulement le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui avait porté la solution d'une «nationalisation transitoire» des hauts-fourneaux et des laminoirs lorrains était carbonisé mais avec lui toute velléité de volontarisme industriel de la part du gouvernement ou de sa majorité.

 

Florange : la duperie de Jean-Marc Ayrault

Il y a des phrases qu'un Premier ministre ne s'abaisse pas à prononcer, mais qu'il laisse distiller par ses affidés. Ainsi, le soir du 30 novembre, les membres du cabinet de Jean-Marc Ayrault glissaient-ils à quelques journalistes présents à Matignon : «Il n'y avait pas de repreneur crédible et ferme» pour Florange. Et la messe était dite. Non seulement le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui avait porté la solution d'une «nationalisation transitoire» des hauts-fourneaux et des laminoirs lorrains du premier groupe sidérurgique mondial était carbonisé façon «résidu de mâchefer», mais avec lui toute velléité de volontarisme industriel de la part du gouvernement ou de sa majorité. Comme quoi d'une petite hypocrisie peut sortir un grand crime. Car, pour justifier son pacte avec le patron repoussoir, Lakshmi Mittal, l'entourage du Premier ministre avait besoin de délégitimer totalement «l'autre solution». Or il s'agissait bien d'un choix politique, pas d'opportunité économique.

L'Hôtel Matignon n'a pas découvert le projet de nationalisation partielle et éphémère du fougueux ministre dans les pages des Echos du lundi 26 novembre : Jean-Marc Ayrault était au courant du projet dès le vendredi 23, alors qu'Arnaud Montebourg déjeunait avec les journalistes des Echos. Son projet : une prise de contrôle publique non seulement des deux hauts-fourneaux et de la cokerie - dont Mittal veut se débarrasser -, mais aussi de la filière «aval», les forts rentables laminoirs qui fabriquent des tôles pour l'automobile et pour l'industrie agroalimentaire. Le ministre cherche tout simplement à rebattre les cartes : sortir de la position intenable de l'Etat faible face au groupe mondialisé. Il a trouvé un industriel lorrain prêt à relever le défi. Bernard Sérin n'est pas un perdreau de l'année.

Il a lui-même dirigé des filiales d'Usinor puis de Sacilor, et il dirige une entreprise belge de 3 400 personnes. Pour le Crédit agricole, banque qui a un mandat de prospection, il faut être en mesure d'injecter 400 millions d'euros. Alexei Mordachov, propriétaire du sidérurgiste russe Severstal, pourrait prendre une position minoritaire, aux côtés du Fonds d'investissement stratégique (organisme piloté par l'Etat pour financer des activités jugées prioritaires). Tout n'est pas bouclé. La solution «crédible» existe donc bel et bien - cela sera reconnu par la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, huit jours plus tard -, mais elle n'est effectivement pas encore «ferme».

Le mensonge de Matignon n'est donc qu'un demi-mensonge. Et c'est dans cette nuance, dans cet interstice, que va s'engouffrer le Premier ministre, qui n'a jamais voulu entrer dans le processus de nationalisation. Le 27 au soir, Jean-Marc Ayrault dînant avec le ministre de l'Emploi, Michel Sapin, celui des Finances, Pierre Moscovici, et Arnaud Montebourg recadre la mission, en se présentant comme l'interprète de la volonté du président qu'il a rencontré le matin même : «Eviter le plan social, conserver un avenir industriel à Florange.» Ambition limitée : on ne s'affronte donc pas au capitalisme mondialisé, on le corrige. Point barre. Selon lui, «l'expropriation par nécessité publique» ne peut être utilisée que pour «sauvegarder les intérêts supérieurs de la nation». Florange n'en fait pas partie. Jean-Marc Ayrault appartient à la génération de socialistes marqués au «fer rouge» par la restructuration de la sidérurgie dans les années 80 et ses 30 000 licenciements.

Le Premier ministre est très attentif aux avis des juristes, qui ont l'art de multiplier les obstacles : il faudrait de trois à cinq mois pour adopter une loi de nationalisation. Et l'on s'effraie de la position du Conseil constitutionnel face à une première que serait une nationalisation qui ne concernerait qu'une partie d'un groupe constitué (Mittal emploie 20 000 salariés sur 150 sites en France). Et puis il y a l'article 17 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 qui stipule qu'il faut «une indemnité juste et préalable». Combien ? On ne sait pas. Mais on chiffre l'opération globale à 1 milliard, dont 600 millions pour l'Etat. Peu ou prou les arguments développés par Laurence Parisot le 27 novembre, sur les ondes de RTL : «Toute notre société est construite sur un principe essentiel, celui du droit de propriété. Ebranler ce principe, comme ça, à la va-vite, c'est très grave, et en plus, ne l'oublions pas, c'est très coûteux...» Pour Matignon il s'agit donc de choisir entre l'ambition risquée à la Montebourg et l'assurance minimale d'un «zéro licenciement» avec Mittal. Ayrault a choisi...

Mais sa décision agit comme une bombe à fragmentation qui n'épargne personne sur son passage. A commencer par François Hollande lui-même, qui avait expliqué publiquement (mais y croyait-il vraiment ?) ne pas exclure le levier de la nationalisation... De quoi permettre à Olivier Besancenot d'avancer une thèse assassine puisqu'elle n'offre pas d'échappatoire à l'exécutif : «Soit le gouvernement dans son ensemble a menti, soit il a trahi.» Du côté des parlementaires socialistes, l'autorité de François Hollande en ressort en tout cas brusquement sapée. Car, après avoir entretenu le doute, il a laissé son Premier ministre enterrer le récit d'un début de reconquête politique sur l'avenir industriel français.

Quelle que soit leur tendance - et ils sont nombreux aujourd'hui à ne pas vouloir faire le distinguo dans ce dossier entre «l'incurie d'Ayrault» et «le manque de courage d'Hollande» et de sa «méthode», députés et sénateurs sont affligés par le tour qu'a pris l'affaire. «Il y a une crise de leadership. C'est impossible qu'il y ait trois stratégies différentes qui cohabitent à la tête de l'Etat ! Nous avons besoin d'un président qui préside la France et pas le Parti socialiste !» s'emporte ainsi un député pourtant hollandiste pur sucre !

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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