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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 15:27

 

Source : rue89.nouvelobs.com


 

Vie de bureau 24/02/2014 à 11h59

Faire ses 35 heures sur quatre jours, c’est possible (et c’est bien !)

Anne-Laure Pineau | Journaliste

 

 


Des brochettes dans un barbecue (Pixabay/CC)

 

Tous les mercredis, Sébastien Antonio reste chez lui. Une journée « sacrée » pour se reposer, profiter de ses enfants et faire les courses. Ce père modèle, ancien serveur, est responsable du site d’exploitation rémois d’Yprema, une société de valorisation de déchets du BTP. Il ne travaille pas à temps partiel. Il fait ses 35 heures en quatre jours. Comme 80% de ses collègues.

Yprema a été créée il y a 24 ans. L’entreprise s’inscrit dans une politique de développement durable et fait 22 millions d’euros de chiffre d’affaire. Elle emploie 90 salariés et se déploie sur une petite dizaine de sites en France.

En 1997, devançant les 35 heures de Martine Aubry, le PDG de la société, Claude Prigent, décide de profiter de la loi Robien sur le partage du temps de travail (voir encadré). Tomber de 39 à 35 heures lui permet d’embaucher quatorze CDI en un an, et de passer de 42 à 90 salariés en une dizaine d’années.

« Moi je suis pour travailler moins »

Les exonérations de charges qu’offrait ce dispositif ont été selon lui le moyen d’oser appliquer cette politique. « Moi je suis pour travailler moins », nous dit-il :

« Mon entreprise œuvre pour le développement durable. Tout en développant l’entreprise, je trouve normal de lutter contre la pénibilité au travail. »

La loi Robien
Dès 1993, l’industriel Antoine Riboud, fondateur de Danone, déclarait au Monde : « Il faut descendre à 32 heures [...], cela obligera toutes les entreprises à créer des emplois ». Cet avis, le membre de l’UDI Gilles de Robien, alors vice-président de l’Assemblée Nationale, le partage. Il fait voter en 1996 la loi facultative de partage du temps de travail, dite Loi Robien. Cette formule, c’est un troc : en échange d’une exonération de charges sociales, l’entreprise doit réduire le temps de travail et recruter 10% de sa masse salariale en plus, et en CDI. Des centaines d’entreprises, de la TPE au grand groupe, ont fait ce pari : parmi elles, Télérama, Mamie Nova, la Macif ou encore les Brioches Pasquier. A.L.P.

Aujourd’hui, les salariés sont tous sous le régime des 35 heures et la règle des quatre jours travaillés est appliquée pour 80% d’entre eux. Ce jour de repos supplémentaire, les salariés le choisissent en grande majorité : Sébastien a par exemple opté pour le mercredi, Jean [le prénom a été changé], comptable au siège depuis cinq ans, a préféré le lundi, une journée proposée dès la signature de son contrat.

Par contre, certains n’ont pas eu le même choix : « Les lundis, mercredis et vendredis, sont les jours les plus demandés », nous confie Susana Mendez, DRH de la société, qui poursuit :

« On ne peut pas répondre oui à tous. Donc on a imposé à certains les mardis et les jeudis, parce qu’il faut bien que ce soit fixe, sinon c’est ingérable. »

La cadre l’assure, si « nouvelles contingences personnelles » il y a, alors la journée peut être modifiée en cours d’année.

Dans les ateliers, pas le temps de souffler

Bien sûr, 35 heures sur quatre jours, il faut le dire, ce sont aussi des journées sans temps morts, 8h30-18h15, avec une pause d’une heure comme en témoigne Sébastien Antonio :

« Parfois c’est dur, car tout est concentré, et dans les ateliers les cadences peuvent être rudes, pas le temps de souffler, mais quand je sais que c’est pour passer une journée de plus chez moi, ça me va. »

Les 20% de salariés restants, qui travaillent 35 heures ou plus (avec des RTT) sur cinq jours, sont les cadres dirigeants, les commerciaux et les agents d’accueil.

Pour ces derniers, le poste a été divisé en deux, le premier effectuant l’ouverture, l’autre la fermeture. Cela a permis en outre d’élargir les horaires d’ouverture de l’accueil : au siège social d’Yprema, à Chennevière-sur-Marne par exemple, les bureaux sont ouverts de 7h à 19h.

Pour Ornella Champion, embauchée début janvier à l’accueil, de 11h à 19h, c’est un rythme tout à fait convenable. Et pour ce qui est de la politique des quatre jours, même si elle concerne ses collègues, elle n’y voit que du positif :

« Pour les seniors et les parents surtout, c’est très pratique. Et ça participe du bien-être en entreprise. »

Le casse-tête des jours fériés et des ponts

La mise en place de la semaine de quatre jours a pourtant connu quelques couacs lors de sa mise en place. Pour la gestion des jours fériés et les ponts, en particulier. Un « casse-tête » comme la qualifie Susana Mendez :

« Certains petits malins se débrouillaient pour placer leurs RTT avant ou après leur jour de congé : ils pouvaient avoir quasiment une semaine sans aller au travail. Les plannings d’exploitation étaient pleins de trous, c’était impossible. »

En accord avec les syndicats, un avenant a donc été signé pour changer de facto les jours fériés en RTT. Une pilule pas trop difficile à avaler pour Sébastien :

« Pour les jours fériés, c’est vrai, on a fait une concession. Mais il ne faut pas oublier qu’on est là pour bosser, pas pour partir en week-end. »

« Comme il pleut, j’ai pris du poulet »

Pour Yprema, il existe d’autres avantages, moins évident que le confort des salariés, à la semaine de quatre jours. Les dizaines de postes créés grâce à la Loi Robien ont facilité un système de turn-over dans tous les services : ainsi, les contrats de 35h sur quatre jours ne coûtent pas plus cher à l’employeur.

Pour combler les absences de postes en postes, l’entreprise a opté pour des postes polyvalents, qui comblent les trous, sur ses sites d’exploitation. Victor Lopez fut le premier employé de ce type sur le site de Lagny-sur-Marne :

« Quand j’ai commencé j’étais pilote d’installation : je surveillais les tapis, le tri du mâchefer. Puis on m’a proposé le poste polyvalent : ça m’a tout chamboulé. En tant qu’adjoint du chef, je me suis servi d’un ordi, ce qui n’est pas du tout mon truc, mais j’ai aussi été initié au chargement de la camelote dans les camions ou au nettoyage des machines... »

Cet ancien cuisinier, qui avait quitté la profession à cause de ses horaires impossibles, s’occupe même du barbecue hebdomadaire :

« Ce jeudi, comme il pleut, j’ai pris du poulet. »

Obligés de « travailler ensemble »

Dans les bureaux par contre, pas de poste polyvalent : le fonctionnement a été repensé en binômes et en trinômes. Chaque membre remplace l’autre, si besoin, pendant sa journée de congés. Le comptable, Jean Dupont, analyse :

« Comme ça, quoi qu’il arrive, notre interlocuteur a les réponses qu’il cherche auprès de notre binôme ou de notre chef de service. »

Selon Susana Mendez, ce fonctionnement a contribué à changer le « travailler ensemble » :

« Ça a encouragé la communication entre les salariés et, parce que chacun apprend de l’autre, ça a aussi favorisé la promotion en interne. »

Beaucoup de cadres de l’entreprise, comme Sébastien Antonio ont profité de cet ascenseur social. Ils le reconnaissent volontiers.

« On est un petit Google du recyclage »

Côté bénéfices, l’entreprise y a aussi gagné. Grâce au système de turn-over, les machines tournent 44 heures, contre 39 auparavant. Soit cinq heures de plus par semaines. « Ça nous a fait gagner en moyenne un mois de production par an, c’est énorme », estime Claude Prigent l’heureux PDG qui ne reviendrait sur sa décision pour rien au monde :

« On est un petit Google du recyclage : nos salariés, plus reposés, sont plus efficaces et donc on y gagne. On est la preuve que ça marche ! »

Même si Pierre Larrouturou, économiste de gauche et fervent avocat de la semaine à 32h, est convaincu que la réduction du temps de travail est la solution à une baisse durable du chômage, il n’en reste pas moins qu’elle est très rarement appliquée dans les entreprises, et encore moins dans les PME.

Un mystère pour le PDG d’Yprema :

« Moi, je suis prêt à payer une étude pour rencontrer toutes les entreprises qui utilisent les quatre jours, et montrer aux sceptiques que tout est possible. »

Avis aux amateurs.

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

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