Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 15:16

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

Expérimentations 15/08/2014 à 10h55

Facebook : vous n’avez pas fini de servir de cobayes

Philippe Vion-Dury | Journaliste Rue89

 

 

 


Facebook sur un téléphone (Maria Elena/Flickr/CC)

En juillet, le fondateur du site de rencontre OK Cupid révélait qu’il s’était amusé, à l’insu de tous, à manipuler les scores de « compatibilité » de ses membres pour évaluer leur confiance dans l’algorithme du site.

« Peut-être que cela fonctionne simplement parce que nous disons aux gens que cela fonctionne. Peut-être que les gens s’apprécient parce qu’ils pensent qu’ils sont supposés le faire. »

Un mois plus tôt, Facebook publiait une étude détaillant une expérience menée sur 700 000 utilisateurs du réseau social en janvier 2012. L’entreprise révélait comment elle avait modifié le contenu du fil d’actualité de ses « cobayes » pour analyser la propagation des émotions entre les utilisateurs.

Dans les deux cas, de nombreux internautes s’étaient révoltés à l’idée d’avoir été les sujets d’expérimentations sans en être prévenu, certains s’estimant violés dans leur intimité, d’autres préférant le qualificatif de manipulation.

Organiser un « gigantesque débat sociétal »

Facebook a dû s’excuser en public en promettant que l’expérience avait été menée en toute ingénuité, pour le bénéfice de tous. De son côté, le fondateur de OkCupid, plus revêche, avait expliqué que son seul objectif était l’amélioration du service au profit des abonnés, et n’a pas hésité à prendre de haut les rebelles :

« Devinez quoi : sur Internet, vous êtes les sujets de centaines d’expériences à chaque instant, sur chaque site. C’est ainsi que fonctionnent les sites Internet. »

On aurait pu penser que, comme pour l’affaire Snowden, la polémique se serait éteinte plus ou moins d’elle-même, avec des conséquences bien en-dessous des enjeux. Mais surprise : les choses ne devraient pas en rester là.

Le professeur Jeffrey T. Hancock, co-auteur de l’étude controversée publiée par Facebook, a donné une interview au New York Times où il annonce vouloir poser (et mener) le débat sur la légitimité de ce genre d’expérimentations.

« Pour progresser sur ce sujet, nous devons tous collaborer. Nous devons mener un gigantesque débat sociétal. »

Une position que soutient Edith Ramirez, présidente de la Federal Trade Commission (FTC), en charge des questions relatives à la vie privée :

« Les consommateurs devraient être à la place du conducteur lorsqu’on en vient à leurs données. Ils ne veulent pas être laissés dans le noir et ils ne veulent pas non plus être surpris par la manière dont elles sont utilisées. »

De grosses inquiétudes éthiques

Nous avions évoqué dans un précédent article les problèmes éthiques que posaient de ce type d’expérimentations. Certains observateurs s’inquiétaient que de telles techniques pavent la voie à des manipulations d’opinion ou un affaiblissement de la liberté d’expression.

D’autres notaient que nous conférions aux technologies et aux entreprises qui les maîtrisent un nouveau pouvoir de persuasion et d’influence, capable de nous pousser à agir de telle ou telle manière.

Cette concertation multilatérale ambitionne donc d’établir certaines lignes directrices et limites éthiques dans la recherche comportementale. Ou plutôt, trouver un équilibre entre intérêts corporatistes, recherche et vie privée, comme le résume le professeur Aral du MIT au New York Times :

« Nous devons comprendre comment garder en tête ces règles sans geler la recherche qui porte la promesse de nous propulser à des kilomètres de là où nous en sommes aujourd’hui dans la connaissance des populations humaines. »

Le professeur Hancock propose lui une procédure de consentement au préalable pour les personnes lorsque les projets induisent un changement important dans « l’expérience utilisateur », et une notification a posteriori pour les plus petites expériences.

Où sont les défenseurs des libertés ?

A quoi ressemblerait donc cette grande assemblée ? Des universitaires, des chercheurs du privé et des agences gouvernementales comme la National Science Foundation (l’équivalent du CNRS français) sont évoqués. Le tout mené par le même Professeur Hancock de l’université de Cornell.

C’est peut-être là que l’initiative, pourtant bien huilée, grippe : aucune des parties ne semble objective sur le sujet, et encore moins premièrement soucieuse des individus. D’ailleurs, ni l’Electronic Frontier Foundation, ni aucune association de défense de la vie privée, n’est mentionnée.

Comme le note le New York Times en introduction de son article, les universitaires sont particulièrement euphoriques à l’idée de pouvoir mettre la main sur d’immenses quantités de données et d’expérimenter en toute liberté, sans se préoccuper d’organiser l’expérience et de rencontrer les cobayes. Les chercheurs du privé, eux, répondent avant tout à une hiérarchie et les intérêts qui l’animent.

Mais qui est Jeffrey T. Hancock ?

Spécialiste des interactions sociales entre individus via les nouvelles technologies de communication, et créateur d’algorithmes de détection du mensonge et de l’ironie, Jeffrey T. Hancock fait quant à lui clairement partie des enthousiastes de la science comportementale.

Mais ce n’est pas tout. Une autre étude [PDF] menée par ce chercheur au sein de l’Université Cornell, baptisée « Social language processing », est financée par l’Institut de recherche de l’armée et le département de la sécurité intérieure américain.


Logo de l’initiative Minerva (Capture)

En 2008, le Pentagone lançait le projet Minerva, quelques mois après le début de la crise, pour étudier les risques de soulèvements civils et les moyens de les provoquer ou de les avorter en analysant leur schémas de propagation. Sur leur site, on trouve une nouvelle étude financée en 2009 par Minerva, menée par Jeffrey T. Hancock et l’université Cornell.

Le Pentagone derrière Facebook ?

Et l’étude menée par ce professeur et Facebook ? Plusieurs journalistes avaient soupçonné qu’elle était elle aussi orchestrée à la demande du Pentagone. En cause, la présentation des conclusions de l’étude publiée par l’université sur son site qui se termine ainsi :

« Correction : une version précédente de cette histoire rapportait que l’étude était fondée en partie par la Fondation James S. McDonnell et le Bureau de recherche de l’armée. En réalité, l’étude n’a reçu aucun financement externe. »

De quoi rendre soupçonneux. Il est peu probable pourtant que l’expérience menée par Facebook ait été financée par l’armée. Seuls les données et les résultats auraient été communiquées à Jeffrey T. Hancock, la collecte et l’analyse ayant été opérées en interne.

Peu réjouissant toutefois de voir confié le pilotage du débat sur les « grandes lignes » éthiques de la science comportementale à des chercheurs et institutions collaborant étroitement avec le Pentagone.

Ne manquait que les transhumanistes

Dernier rempart : les agences gouvernementales. Seule la National Science Foundation est citée, mais en tant que référence, on serait tenté de s’y fier. Pourtant, là encore, le doute est permis.

Ce sont des chercheurs de cette même NSF qui, en 2002, remettaient un rapport [PDF] à la Maison Blanche intitulé « Technologies convergentes pour améliorer les performances humaines ».

Les 457 pages qui forment le document s’apparentent globalement à une éloge panégyrique du transhumanisme, où l’avenir du genre humain est perçu par le prisme d’une convergence entre biologie, nanotechnologies et technologies de l’information.

Un des « projets visionnaires » qui y est présenté, baptisé « Socio-Tech », explique comment la science comportementale, grâce au data et aux algorithmes, permettra de prédire les comportements du commun des mortels.

« Cela nous permettra d’interdire des comportement indésirables avant qu’ils ne causent de dommages significatifs aux autres, et de supporter et encourager des comportements menant à l’amélioration du bien commun. »

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Alertes- Ce que vous devriez savoir
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • : Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
  • Contact

Texte Libre

INFO IMPORTANTE

 

DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

OVERBLOG NOUS IMPOSE ET PLACE DES PUBS

SUR NOTRE BLOG

CELA VA A L'ENCONTRE DE NOTRE ETHIQUE ET DE NOS CHOIX


NE CLIQUEZ PAS SUR CES PUBS !

Recherche

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



  Th-o indign-(1)

55

9b22