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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 14:35
Marianne - Jacques Sapir - économiste | Lundi 2 Janvier 2012 à 12:00

 

Quelques jours avant les fêtes, la chute des taux des emprunts à six mois de l'Italie a provoqué quelques soupirs de soulagement. En réalité, argumente Jacques Sapir, les besoins des quatre pays en difficulté pour 2012 vont se monter à quelques 900 milliards d'euros, très loin des 380 milliards de réserves du Fonds Européen de Stabilisation Financière.



Euro : pourquoi la sortie du tunnel est encore loin

En ces tout premiers jours de janvier, il est évident que la crise de l’Euro a atteint un point critique. Si nul ne peut prévoir combien de temps faudra-t-il pour que la monnaie unique explose en vol, il est désormais clair que les différentes mesures prises depuis août 2011 et jusqu’au « pacte intergouvernemental » du 5 décembre dernier sont restées sans effets. Les taux auxquels l’Italie emprunte à 10 ans n’ont guère baissé (la dernière adjudication s’est faite au taux de 6,98%) même si dans une adjudication précédente et faite à 6 mois les taux étaient revenus à des niveaux plus normaux (3,6%). Il faut noter que ceci est en dépit des effets d’annonces du gouvernement de Mario Monti et des largesses consenties aux banques par la Banque Centrale Européenne.
On sait qu’il y a normalement un décalage entre les taux les plus longs (qui sont les plus élevés) et les taux courts (qui sont les plus bas). L'écrasement de cet écart (constaté fin novembre) traduisait le manque de liquidité des banques, ce à quoi la BCE a répliqué en injectant massivement de l'argent par des prêts à 3 ans. D'où une structure des taux  qui est redevenue temporairement "normale"[[1]]url:#_ftn1 . Néanmoins, la tendance à l’accroissement de tous les taux est sensible depuis le mois de juillet dernier. Les taux italiens à 2 ans, qui étaient de 3% en juillet dernier, sont désormais à 5%. Il est donc clair que nous sommes toujours dans une phase aiguë de la crise.

Mais celle ci se complique du fait des conséquences sur les économies des différents plans d’austérité.

La récession, dans laquelle sont entrées la France, la Belgique, l’Italie et l’Espagne, après la Grèce et le Portugal, amplifie la crise de la dette souveraine et la rend insoluble. La mise en œuvre simultanée de plans d’austérité dans ces différents pays, décidés pour équilibrer les comptes publics et « sauver l’euro », ne pouvait que provoquer une contraction de l’économie. À ceci vient s’ajouter la politique des banques. Très exposées à la crise de la dette souveraine, toujours fragilisées par les conséquences de la crise des « subprimes » et les crédits dits « toxiques », elles ont fortement réduit le crédit interbancaire ainsi que les prêts aux particuliers et aux entreprises. La Banque Centrale Européenne a bien tenté de prévenir ce scénario, et elle a accordé d’importants crédits pour une durée de trois ans aux banques. Mais rien n’y a fait. Les banques ont utilisé cet argent pour le placer à très court terme (moins d’un an), et de plus elles ont apporté une partie de leurs créances à la Banque Centrale Européenne. Le mouvement de contraction des crédits n’a donc pas pu être arrêté. Nous avons donc aujourd’hui la conjonction d’une politique déflationniste menée par les États et d’une forte contraction du crédit, impulsée par le secteur bancaire. 

Fiscalement, la combinaison de la récession et de la montée du chômage va réduire à néant, ou peu s’en faut, les efforts consentis pour réduire la dette publique. Avec la baisse de la production intérieure ces pays vont connaître une baisse plus que proportionnelle de leurs recettes fiscales. Dans le même temps, les dépenses sociales vont augmenter mécaniquement en raison de l’accroissement du chômage. Le déficit public, que l’on avait cru combattre par ces plans d’austérité, réapparaîtra dès la fin du premier trimestre 2012, ce qui rendra nécessaires de nouveaux plans d’austérité, qui viendront ajouter leurs effets déflationnistes aux précédents. Il faut donc explorer les scenarii possibles d’aggravation à court terme de cette crise.

(I) Un défaut de la Grèce d’ici à la fin du premier trimestre. Cette hypothèse reste toujours d’actualité. Le FMI se fait aujourd’hui tirer l’oreille pour continuer à aider le pays, et la restructuration de la dette passe mal, que ce soit auprès des banques ou des fonds d’investissement. Dans une situation sociale qui se dégrade de jour en jour, où les impôts rentrent de plus en plus mal, on ne voit plus ce qui pourrait éviter le défaut. Ce ne sont pas les mises en garde catastrophistes de la Banque Centrale de Grèce qui promet « l’enfer » en cas de sortie de l’Euro qui y changeront grand chose. Il faut rappeler qu’en cas de défaut, la Grèce n’aurait pas intérêt à rester dans la zone Euro. En tout état de cause, un défaut grec aurait l’effet d’un détonateur et provoquerait immédiatement de grandes difficultés au Portugal et en Espagne.

(II) L’aggravation de la situation espagnole. Le nouveau gouvernement vient de reconnaître que le déficit pour 2011 serait de l’ordre de 8% du PIB au lieu des 6% annoncés antérieurement. Mais il y a bien plus grave dans un pays où le taux de chômage atteint désormais les 23% de la population active. Les autorités régionales et locales ont accumulé depuis la fin du mois de juin une dette aux entreprises sous la forme d’impayés. En décembre 2011, la somme totale atteignait 133 milliards d’Euros. La structuration de ces impayés indique qu’environ les deux tiers sont techniquement une dette des autorités publiques. Ceci représenterait alors 8% du PIB, et donnerait un déficit réel de 16% du PIB. Par ailleurs, le gouvernement envisage la création d’une caisse de défaisance (ce que l’on appelle une bad bank) pour recevoir les créances douteuses qui s’accumulent dans les comptes des banques régionales espagnoles. Cette mesure, inévitable par ailleurs, devrait se traduire par un besoin supplémentaire de financement des autorités publiques de 50 à 70 milliards d’Euros (soit de 4,5% à 6,5% du PIB). La prise en compte de la situation réelle du pays par les marchés financiers (et les agences de notation) devrait se traduire à court terme par une forte hausse des taux d’intérêts (aujourd’hui de 5% sur 10 ans). Le refinancement d’une dette globale qui devrait dépasser les 900 milliards d’Euros à la fin du premier semestre 2012, et qui techniquement devrait se monter à 250 milliards d’Euros pour 2012, se révèlera impossible sur les marchés.

(III) La poursuite de la détérioration de la situation Italienne. En dépit des efforts réalisés par le gouvernement Berlusconi et des proclamations grandiloquentes de son successeur Mario Monti, la situation se détériore rapidement. Le gouvernement tablait en octobre dernier sur une croissance nominale (soit la croissance réelle + la croissance de l’inflation) de 2,5% en 2012. Aujourd’hui, il est clair que le PIB italien va reculer entre -0,5% et -1% en termes réels. La croissance nominale devrait s’établir entre 1% et 1,5%. Par ailleurs, le taux d’intérêt implicite sur la dette va monter de 4% en 2011 à 5% (au minimum) en 2012. La charge des intérêts va donc être égale à 6% du PIB. Le solde primaire du budget (soit le résultat des recettes et des dépenses avant de payer les intérêts) en raison de la récession ne pourra être de +3,7% et devrait, au mieux, se situer vers les 2% du PIB. On devrait donc avoir un déficit global de -4% du PIB et, compte tenu de la plus faible hausse que prévue du PIB nominal (en raison de la baisse du PIB réel), le ratio Dette/PIB devrait continuer à monter et atteindre les 125%. Or, l’Italie a besoin de trouver environ 430 milliards d’Euros en 2012…Ici encore, on peut fortement douter que le pays puisse trouver sur les marchés l’argent nécessaire.

Il faut d’ailleurs noter que ces trois scenarii ne sont pas exclusifs l’un de l’autre. Mais ils ont chacun la potentialité de faire éclater la zone Euro. Le total des sommes qui seraient ainsi nécessaires pour 2012 atteint ainsi le total extravagant de 906 milliards d’Euros pour les 4 pays en difficulté (51 milliards pour la Grèce, 75 milliards pour le Portugal, 250 milliards pour l’Espagne et 430 milliards pour l’Italie). Or, il reste dans le Fonds Européen de Stabilisation Financière environ 230 milliards, et la zone Euro a négocié avec le Fonds Monétaire International un prêt de 150 milliards d’Euros. Ceci fait un total de 380 milliards d’Euros ; nous sommes loin, très loin, du compte.

Parmi les « bonnes nouvelles » en ce début d’année, on ne peut compter que sur la baisse du taux de change de l’Euro (actuellement aux environs de 1,30 dollars). Mais il faudrait une baisse bien plus importante, sans doute autour de 1 euro pour 1,05-1,10 dollars, pour redynamiser les économies en récession. Or l’Allemagne et la BCE se refusent à cette solution.

L’hiver 2011-2012 sera donc celui de la crise. Une crise terminale au sens où l’on ne voit plus d’issues possibles qui permettent de sauvegarder la zone Euro en l’état. À cette crise viendra s’ajouter la crise sociale issue des effets des politiques de déflation, et une aggravation de la crise économique mondiale induite par les conséquences de la récession provoquée par l’accumulation des plans d’austérité dans la zone Euro. La poursuite de ce qui est aujourd’hui une chimère – le sauvetage de l’Euro - ne sera évidemment pas sans conséquences sur les pays voisins, en Europe et hors de l’Europe.

La contraction du crédit dans la zone Euro va affecter de manière considérable les banques des pays de l’est de l’Europe, qui sont très dépendantes pour leur refinancement des banques Allemandes, Autrichiennes (Raffeissen et Volksbank) Françaises et Italiennes (Intesa et Unicredit). Les 6 pays concernés (Bulgarie, République Tchèque, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne et Roumanie) ont accumulé pour 652 milliards d’Euros de créances par rapport à l’ensemble des banques de la zone Euro. De plus, avec l’entrée en récession voire en dépression d’une grande partie de la zone Euro, les pays émergents exportateurs de produits manufacturés seront les plus pénalisés. En Europe, les pays les plus touchés seront la République Tchèque, la Hongrie, la Roumanie et la Pologne. En raison de leurs spécialisations industrielles, la Chine, la Corée du Sud, la Malaisie et la Thaïlande seront les pays d’Asie où l’impact sera le plus important.

Seules des mesures radicales et extrêmes pourraient encore éviter que l’on ajoute la crise à la crise, et que l’on prépare une année 2013 encore pire que ce que sera 2012. Mais il faudrait le courage de reconnaître que la défense de l’Euro est désormais une cause perdue.

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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