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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 16:26
| Par Fabrice Arfi et Michaël Hajdenberg et Mathilde Mathieu

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L’affaire Ikea prend de l’ampleur. Dans le cadre d’une vaste entreprise d’espionnage de ses salariés et de ses clients, la filiale française du géant mondial du meuble n’a pas seulement eu accès aux fichiers confidentiels « Stic », des immatriculations ou des permis de conduire, comme l’a rapporté mercredi Le Canard enchaîné. La multinationale a aussi recueilli des informations protégées sur les comptes bancaires personnels de certaines de ses « cibles », selon des documents internes au groupe, récupérés par Mediapart.

Ikea a également profité de fuites d’informations normalement couvertes par le secret de l'enquête, en marge d’une investigation judiciaire concernant son site de Paris Nord 2, selon un autre document en notre possession.

 

 

Ces récupérations de données confidentielles, dont l’utilisation est strictement encadrée par la loi, ont manifestement été rendues possibles grâce aux compromissions de plusieurs fonctionnaires, de police ou de gendarmerie. C’est ce qui ressort de plusieurs mails internes à Ikea, dont l’essentiel a été rédigé, entre 2003 et 2009, par Jean-François Paris, directeur de la «gestion du risque» à Ikea France – toujours en poste aujourd’hui.

Un échange de mails, déjà rapporté par Le Canard enchaîné, fait ainsi apparaître qu'Ikea a passé un accord, en décembre 2003, avec le représentant d’une officine de renseignements privés, Sûreté international, pour avoir accès au fichier Stic, réservé aux policiers, moyennant 80 euros par « consultation ». Cet accès privilégié au Stic, parfaitement illégal, aurait ainsi servi à mener d’innombrables enquêtes de "moralité" sur les salariés d'Ikea ou les responsables d’entreprises prestataires, ordonnées à un rythme quasi industriel.

Mais des mails inédits, réunis cette fois par Mediapart, montrent qu'Ikea a aussi fait travailler une officine dirigée par le détective privé Jean-Pierre Fourès dans la perspective d’autres missions, tout aussi délicates… et illégales. Ainsi, un mail du 3 juin 2003, envoyé à M. Fourès par le patron de la sécurité d’Ikea, démontre que l’entreprise s’intéressait également aux données bancaires des personnels espionnés.

 

 

Dans ce mail, Ikea passe commande auprès de ses prestataires en barbouzeries pour une enquête visant l’un des salariés du site de Vitrolles, Gérald G. La demande formulée est claire : «J’ai besoin de connaître l’état de son casier et surtout son train de vie. En effet, notre ami roule en BMW décapotable “neuve” et ce jeune homme aurait un train de vie bien supérieur à ses revenus (habit, sortie, etc.)», écrit Jean-François Paris. Qui n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien.

 

 

Un mail du 19 août 2003 semble attester que l’enquête a commencé à porter ses fruits, y compris d’un point de vue bancaire… «Concernant Gérald G., écrit M. Paris au détective privé, vous deviez me communiquer les infos concernant son autre compte bancaire. A ce jour, vous m’avez remis les infos CCP (compte courant postal - NDLR), mais vous aviez découvert l’existence d’un second compte.».

«Officiellement, je ne suis évidemment pas tenu d’avoir accès au dossier»

Contacté par Mediapart, la victime de l’espionnage d’Ikea, aujourd’hui employé à la Ville de Marseille, dit tomber des nues et ne pas se souvenir d’un différend particulier avec Ikea, où il a travaillé cinq ans. «J’avais une vingtaine d’années à l’époque. Je travaillais un jour par semaine pour me payer mes études de droit. Oui, je roulais parfois dans la BMW de mon père. Et alors ? Au nom de quoi, ils mènent des enquêtes sur mon train de vie. Je n’en reviens pas», a-t-il réagi.

Ikea ne s’est pas privé non plus, dans le cadre de ses enquêtes très spéciales, de s’intéresser aux « concubins » de ses cibles. Un mail du 19 août 2003, toujours de Jean-François Paris, l'atteste. Il relaie cette fois une demande d’enquête du «magasin de Toulouse» visant une femme de 43 ans, Viviane D., employée depuis 1997 chez Ikea. Avec cette précision qui en dit long sur l’état d’esprit des démarches occultes entreprises : «Le concubin serait a priori “gitans” et considéré comme dangereux.»


 

Retrouvée par Mediapart, la « concubine » réagit : «J’étais à la caisse du restaurant de la boutique suédoise puis à l’épicerie. Il y avait des repas où ils nous proposaient de venir avec nos concubins. Il est venu plusieurs fois pour le dîner de Noël. Mais ça ne se voyait pas qu’il était gitan. Je ne sais pas comment ils ont su. Je n’en parlais jamais, d’autant que dans le magasin, quand des gens du voyage entraient, il y avait un code. Quelqu’un disait au micro : “Madame Marty est demandée en magasin.” Et tous les responsables arrivaient immédiatement et se mettaient dans les pas des gitans, qui étaient personna non grata. Ça montre comment fonctionne l’entreprise.»

Son concubin de l'époque, Joseph B, se montre encore plus estomaqué : «Je ne sais pas si ce sont des préjugés ou si c'est parce que j'ai fait six mois de préventive pour une arnaque aux maisons de crédits à la fin des années 80. Mais de là à me considérer comme dangereux ! J'ai 67 ans. Je n'ai jamais agressé personne. Je ne sais pas où ils sont allés chercher ça.» Aujourd'hui, Joseph B., membre de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), dit vouloir porter plainte.

Un mail du 5 janvier 2004 montre que les investigations pouvaient aussi dépasser la frontière française. «Merci de faire une recherche France/Espagne», écrit ainsi M. Paris à son interlocuteur barbouze, au sujet de l’une des victimes de l’espionnage d’Ikea, Antonio D (recruté comme vendeur de tapis au magasin de Bordeaux-Lac en juin 2002 et parti de son propre chef en février 2004). Contacté par Mediapart, Antonio D. se dit «choqué». «A Ikea, j'ai défendu mes collègues qui étaient licenciés, d'abord comme simple salarié, puis comme délégué du personnel. J'ai eu un avertissement, une mise en garde. Je n'étais pas bien vu. Mais c'est incroyable qu'ils aient demandé une enquête internationale sur moi.»


 

Mais il y a plus grave encore. Il apparaît ainsi, dans un mail du 17 mai 2005, rédigé cette fois par un responsable sécurité du site Paris Nord 2 d’Ikea et adressé à plusieurs responsables du siège, que la société avait, grâce à quelques complicités bien placées, accès au contenu d’enquêtes judiciaires en cours. Dans le cas présent, il s’agit d’une affaire présumée de pression syndicale.

«Hier et avant hier, j’ai rencontré le commandant T., OPJ (officier de police judiciaire - ndlr) en charge de l’enquête du Resto», commence le cadre d’Ikea, un ancien gendarme, qui détaille ensuite toute la stratégie d’enquête de la juge en charge du dossier. Il affirme également avoir «lu» un procès-verbal d’audition… Le cadre d’Ikea semble avoir parfaitement conscience du caractère illégal de sa démarche, son mail se terminant par ces mots révélateurs : «Officiellement, je ne suis évidemment pas tenu d’avoir accès au dossier.»


 

« Vous pouvez le contacter aux RG »

Pour mener à bien toutes ces missions cachées, Ikea paraît avoir tissé un lien, par l’entremise des officines qu’elle fait travailler, avec plusieurs fonctionnaires de police. Un mail du 20 juin 2003, entre Jean-François Paris et le détective Jean-Pierre Fourès, évoque par exemple une prise de contact avec les Renseignements généraux du Raincy, en Seine-Saint-Denis, département dans lequel Ikea ne dispose pourtant d’aucun magasin.

«Malheureusement, C. vient d’être muté, peut-on lire dans ce mail. Le fonctionnaire désormais en charge du secteur se nomme Gaston K. ; si vous le souhaitez, vous pouvez le contacter aux RG du Raincy de ma part. Je vais le prévenir dès ce soir», conclut le détective Fourès à l’adresse de son interlocuteur d’Ikea.

 

 

Précision utile : les deux officines prestataires d’Ikea, citées dans les mails récupérés par Mediapart et Le Canard enchaîné, ont mis la clef sous la porte ces derniers mois. La première, Sûreté international, a été liquidée en décembre 2011 ; la seconde, Eirpace, dirigée par Jean-Pierre Fourès, a été liquidée en août 2011. L’ancien président de Sûreté international, Christophe Naudin, qui revendiquait sur son site internet des relations d’affaires avec la présidence de la République et le ministère de la défense, parle, pour se défendre, du « dérapage isolé » d’un ancien salarié licencié.

De son côté, Ikea fait savoir que «tout est mis en œuvre pour faire la lumière». «On s'avance vers l'utilisation d'un conseil extérieur à l'entreprise, d'une tierce partie, type cabinet d'audit, pour effectuer les vérifications», explique à Mediapart Pierre Deyries, directeur de la communication d'Ikea. Selon lui, Jean-François Paris «a été vu par la direction et mis en disponibilité» mercredi : «Il s'agit plus à ce stade de le protéger, de protéger sa personne, que de le clouer au pilori parce que tel ou tel mail est sorti dans la presse.» 

Le ministère de l’intérieur a expliqué pour sa part que si des plaintes de salariés victimes venaient à être déposées, comme cela a été annoncé, «l'enquête judiciaire devra déterminer si des fichiers comme celui du Stic, des immatriculations ou des permis de conduire ont été interrogés de manière illicite».

Ikea France, dont le chiffre d’affaires a dépassé les 2 milliards d’euros, fête cette année son trentième anniversaire. Son slogan : « 30 ans de vie commune, c'est un beau début ».

 

 

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