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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 21:28

 

 

 

Fini les échanges de politesse et les touches à fleuret moucheté : le débat national sur la transition énergétique est entré dans sa phase de confrontation. Autant dire qu’il a enfin démarré.

Jeudi 25 avril, le conseil national du débat, qui regroupe les collèges de participants (syndicats, ONG et associations, élus locaux, parlementaires, État), présentera l’état provisoire de ses travaux. Le groupe de contact des entreprises y exposera ses douze propositions regroupées sous le titre « investir et produire en France pour réussir la transition énergétique ». Mediapart s’est procuré ce document, déjà cité par Les Échos la semaine dernière, et le publie ci-dessous.

Ce « groupe de contact » des entreprises s’est créé l’automne dernier pour répondre à l’inquiétude des groupes industriels qui craignaient de ne pas être assez représentés dans le débat. On y trouve les grands énergéticiens français (Areva, EDF, GDF-Suez), General Electric, Poweo Direct énergie et des poids lourds industriels : Alstom, ArcelorMittal, Lafarge, SNCF, Bolloré, EADS, Peugeot, Shell, entre autres, ainsi que le producteur d’énergie verte Enercoop et des syndicats professionnels des renouvelables. 

En réalité, les grands énergéticiens siègent aussi au conseil national, le parlement du débat, par le biais du Medef. Six des sept représentants patronaux travaillent ou ont travaillé dans le secteur de l’énergie. On y trouve Robert Durdilly, président de l’Union française de l’électricité (UFE), le lobby des électrons, et Jean-Louis Schilansky, le président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip). Sur cinq groupes de travail thématiques, quatre ont pour rapporteur un délégué du Medef. « La sur-représentation des entreprises est énorme », décrit le coordinateur d’une ONG, qui témoigne d’appels directs du Medef au secrétariat général du débat pour se plaindre de la tournure prise par certaines séances de travail. « Ça s’agite beaucoup dans les couloirs », confirme un organisateur. Et les grands groupes savent trouver l’entrée de Matignon ou de l’Élysée sans passer par le bureau du secrétaire général du débat.

link 

Dans le document que nous publions, *(voir "link"ci-dessus) on découvre des positions dans l’ensemble conservatrices et des réticences affichées aux objectifs de la transition vers un système énergétique plus sobre, plus efficace et plus renouvelable. Les entreprises réclament « la prolongation durable » de la durée de vie des centrales nucléaires, car elles constituent « un véritable socle de compétitivité ». Raccordées au réseau à partir de 1977 (Fessenheim), les plus anciennes installations françaises dépassent la trentaine d’années,  alors qu’aux États-Unis leur durée de vie théorique s’étend jusqu’à soixante ans, un exemple souvent mis en avant par les pro-nucléaire. « Les filières matures de production d’énergie ne doivent pas être déstabilisées », affirment-elles encore, en opposition claire à l’objectif de campagne de François Hollande de réduire à 50 % la part du nucléaire d’ici 2025.


Autre chiffon rouge agité par les entreprises malgré la doctrine présidentielle, les gaz de schiste : « Il convient d’évaluer le potentiel national des gaz de schiste et les modalités possibles de leur exploitation dans des conditions respectueuses de l’environnement », écrivent-elles, insistant en particulier sur le « bénéfice » qu’ils représenteraient pour les industries énergivores.  

Les énergies renouvelables trouvent grâce à leurs yeux, mais seulement « en complémentarité des filières historiques ». Elles sont un facteur de diversification de l’offre, mais pas un objectif en soi. Les lobbies exigent encore « la simplification des procédures administratives », notamment pour les infrastructures de réseaux.

Avec une insistance révélatrice, les entreprises du groupe de contact veulent soumettre les éventuels changements dans le mix national au critère de la compétitivité économique : « La compétitivité doit être le critère prioritaire de choix », décrivent-elles dans leur première proposition. « Donner la priorité à la compétitivité de l’offre énergétique est indispensable pour notre industrie, pour l’emploi et le pouvoir d’achat des ménages », détaillent-elles. En clair, elles veulent que les prix de l’énergie restent le plus bas possible, alors qu’« il y a un énorme consensus entre nous sur l’importance du signal prix pour enclencher la transition énergétique, décrit un membre du groupe des experts : hausse du prix unitaire de l’énergie, aides aux précaires et programmation d’investissements pour réduire les volumes consommés. C’est le sujet clé ».

 

Conférence de presse de lancement du débat, 24 janvier 2013 (Bernard Suard/MEDDE) 
Conférence de presse de lancement du débat, 24 janvier 2013 (Bernard Suard/MEDDE)

Défense des intérêts industriels immédiats contre investissements vers un nouveau modèle énergétique : dans ce bras de fer, la question des gaz de schiste occupe une place de choix. Elle est devenue symbolique du rapport de force que les industries cherchent à instaurer avec le pouvoir politique. Ancienne présidente d’Areva, et membre du comité de pilotage du débat, Anne Lauvergeon n’est pas étrangère à l’élaboration de cette position commune, d’après un organisateur.

 

« Un boxeur en panique qui tape dans le vide »

 

Bruno Rebelle (DR) 
Bruno Rebelle (DR)

En réalité, ce rapport de force est présent depuis le début. En octobre dernier, Bruno Rebelle, ancien directeur général de Greenpeace France et conseiller de Ségolène Royal pendant la campagne de 2007, s’apprête à prendre la tête de la cellule chargée d’organiser le débat sur la transition énergétique. Son équipe est déjà constituée quand il est brusquement écarté du poste, au profit d’un comité de pilotage où il siège au côté d’Anne Lauvergeon et de Pascal Colombani, ex-administrateur du commissariat à l’énergie atomique (CEA) – lequel s’effacera à son tour, sous le feu des critiques écologistes.

Questionnée sur cet épisode quelques semaines plus tard, l’ancienne présidente d’Areva répond que pour les partisans de l’atome, le débat ne pouvait pas être piloté par un anti-nucléaire, selon un témoin qui rapporte la scène à Mediapart. « Les entreprises sont globalement plus impliquées qu’au moment du Grenelle », analyse un responsable associatif. 

Parallèlement aux groupes de travail, le secrétariat général organise des auditions de personnalités : Henri Proglio le PDG d’EDF, Pierre Gadonneix du conseil mondial de l’énergie, Gérard Mestrallet de GDF-Suez, Luc Oursel d’Areva... La liste a fait tousser les ONG qui ont obtenu d’y ajouter deux sociologues. Nicolas Hulot, envoyé spécial de l’Élysée pour la protection de la planète, est programmé mais pour l’instant sans date fixe.

 

Action de Greenpeace pendant la campagne présidentielle en 2012. 
Action de Greenpeace pendant la campagne présidentielle en 2012.

Les lobbies sont-ils en train de noyer le débat sur l’énergie ? Ils sont en réalité plus désunis qu’ils n’en ont l’air. Le rapporteur d’un groupe de travail raconte : « GRDF nous a appelé pour savoir comment contribuer au débat avec leur scénario, ils n’arrivaient pas à le faire passer par le canal du Medef. »

En effet, le scénario de GRDF, le réseau de distribution de GDF-Suez, contient une petite bombe : à l’horizon 2050, il prévoit une baisse de la consommation d’énergie primaire de plus d’un tiers. C’est une version atténuée du scénario dit « facteur 4 », qui vise à diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre, et par deux la consommation d’énergie d’ici 2050. Inscrit dans la loi française depuis 2005, il est repris par les scénarios de l’Ademe et de Négawatt, ce réseau d’experts en maîtrise de l’énergie. Mais est rejeté en bloc par l’UFE, qui prévoit une hausse continue de la demande. Le lobby des électriciens en a même fait une cause symbolique. Au sein des groupes de travail, cette position est relayée par les représentants d’EDF et certains délégués syndicaux de la CGT et de la CFE-CGC, selon le témoignage de participants. 

Sauf que la méthode du débat pose plusieurs conditions à la discussion : respecter le facteur 4 et l’objectif européen des « 3×20 » : 20 % de baisse des rejets de gaz à effet de serre, 20 % de renouvelables et 20 % d’efficacité énergétique en 2020. Si bien que la contribution de l’UFE a été retoquée par le comité de pilotage « Il ne passait pas la barre, on leur a demandé de le refaire », confirme un organisateur. Idem pour le scénario Negatep de l’association Sauvons le climat. « La question des scénarios, c’est le cœur de la bataille aujourd’hui », résume un organisateur. 

L’UFE n’a pas caché sa mauvaise humeur. Début avril, elle accusait Négawatt et Global Chance, une association d’experts critiques du nucléaire, de « mettre en danger la société » dans un billet au ton virulent (voir ici). Pour l’union des électriciens, réduire la demande d’énergie revient à promouvoir la décroissance. Depuis, elle a fait savoir aux intéressés qu’elle ne les prendrait plus à partie en public. Un expert proche des ONG compare le lobby électricien à « un boxeur en panique qui tape dans le vide ». Il conserve tout de même de bonnes cartes en main : le rapporteur du groupe de travail sur l’offre d’énergie, très stratégique, n’est autre que... Robert Durdilly, le président de l’UFE. 

« En réalité les positions des entreprises sont hétéroclites : les pétroliers, les gaziers et les électriciens disent des choses différentes », analyse un organisateur. L’objectif de réduction de la demande d’énergie ne menace pas les bénéfices de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), qui les réalise pour la plupart à l’étranger. Et ne part donc pas en bataille, jusqu’ici, contre la transition. Quant à GDF-Suez, sa vision du système énergétique du futur est compatible avec ce que prévoient l’Ademe, Négawatt, la direction générale de l’énergie et du climat. Au bout du compte, ce sont les acteurs du nucléaire qui risquent de se retrouver isolés. 

Le débat fera-t-il émerger une alliance inattendue entre gaziers, Schneider et Saint-Gobain, acteurs industriels importants de l’efficacité énergétique, réseaux d’énergie, collectivités territoriales, la CFDT et les ONG autour de la réduction de la demande ? C’est à cette condition que le débat national trouvera une utilité. C'est peut-être sa seule chance de réussite.

 

 

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