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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 15:18

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

En Egypte, le président al-Sissi revient aux pratiques de l'ère Moubarak

|  Par Assia Shihab

 

 

 


Prenant prétexte de la lutte contre les djihadistes du Sinaï, l'homme fort de l'Égypte, reçu par François Hollande à l'Élysée ce mercredi, mène la répression contre tous les opposants, et pas seulement les Frères musulmans. Pour ce faire, il a étendu l'autorité des tribunaux militaires.

De notre correspondante au Caire. Personne hors du Palais ne sait exactement combien de décrets ont été signés de la main présidentielle. Une centaine, peut-être, en six mois. Depuis son élection – et en l’absence de parlement –, Abdel Fattah al-Sissi joue au législateur en chef  avec une extrême diligence, au nom de la lutte contre le terrorisme. Son régime est aujourd’hui doté d’un arsenal juridique ultra-répressif, qui lui a permis de débarrasser la scène politique de tous ses opposants. C'est cet homme-là que François Hollande reçoit à l'Élysée ce mercredi 26 novembre 2014.

Après le coup d’État qui a réprimé dans le sang les sit-in des Frères musulmans en 2013, la confrérie a été classée terroriste et ses principaux chefs sont aujourd’hui en prison. Mais c’est tout le mouvement révolutionnaire qui est aujourd’hui laminé : ses principaux acteurs (activistes démocrates et gauchistes) sont derrière les barreaux. Le gros de la population n’en a cure, parce que l’armée a su mettre fin au « chaos » de l’après-Moubarak, et parce que la menace terroriste est réelle. Les djihadistes égyptiens, basés dans la péninsule du Sinaï et d’abord engagés contre l’armée sur place, ont désormais déplacé leurs attaques dans la vallée du Nil.

L’Égypte de Sissi ressemble ainsi de plus en plus à celle de Moubarak. L’état d’urgence qui a perduré tout au long du règne de l’ancien raïs réapparaît peu à peu sous une forme déguisée. L’un des derniers décrets présidentiels a étendu le mandat des tribunaux militaires. Depuis fin octobre, l’armée est chargée de sécuriser « tout bâtiment public vital » en coordination avec la police. Corollaire de cette disposition, toute atteinte à ces bâtiments relève désormais de la juridiction militaire.

L’auteur d’un acte de vandalisme contre une université ou du blocage d’une route sera déféré devant un tribunal militaire au même titre qu’un poseur de bombe sur un chemin de fer. « C’est un message aux étudiants qui continuent de manifester. Sissi veut en finir avec le chaos des universités qui sont le dernier bastion de contestation dans le pays », estime Negad el-Borai, avocat et défenseur des droits de l’homme. Une plateforme d’ONG égyptiennes dénonce « une loi martiale qui met en place un système de justice parallèle dans lequel des milliers de civils pourraient se retrouver devant des tribunaux militaires sans garantie de procès équitable ».

La loi sur les tribunaux militaires a été adoptée quelques jours après la mort de 30 soldats, tués dans une opération-suicide contre un check-point à Karm Al-Qawadis dans le nord du Sinaï où les djihadistes mènent une insurrection armée depuis plusieurs années. Cette attaque, la plus meurtrière de ces derniers mois, a choqué l’opinion. L’insurrection armée des islamistes dans la péninsule dure depuis des années mais elle s’est fortement intensifiée après le coup d’État, soutenu par la population, contre les Frères musulmans.

Dans la foulée, la rhétorique éradicatrice du gouvernement, qui assimile les  Frères musulmans aux djihadistes, s’est encore renforcée. Apparu à la télévision, le président-maréchal a promis une réponse implacable « à la menace existentielle que représentent les djihadistes ». La campagne militaire s’est intensifiée dans le nord du Sinaï, avec une multiplication des raids aériens. La spirale de violence paraît d’autant plus inexorable que le principal groupe djihadiste, Ansar Beit Al-Maqdis, vient de prêter allégeance à l’État islamique, implanté en Irak et en Syrie.

 

La police égyptienne devant des graffitis anti-militaristes, le 19 novembre 2014. 
La police égyptienne devant des graffitis anti-militaristes, le 19 novembre 2014. © Amr Dalsh/Reuters

Dans les faits, cela change – pour l’instant – peu de choses, mais le symbole est important, donnant l’image que l’Occident et l’Égypte font désormais face au même ennemi et soulignant que la lutte contre l’expansion de l’État islamique dans la région est devenue une priorité stratégique commune. Du coup, les critiques déjà peu audibles de la manière forte employée par le maréchal se font de plus en plus rares. Son gouvernement a ainsi pu procéder, sans provoquer de grande indignation, à la destruction de plus de 800 habitations à la frontière avec Gaza pour établir une zone tampon, après en avoir expulsé les familles.

Ces mesures d’exception, au même titre que l’extension de la juridiction des tribunaux militaires, sont largement approuvées par une opinion publique chauffée à blanc par des médias sous contrôle, qui donnent dans la surenchère vengeresse. Commentant l’attaque de Karm Al-Qawadis, les analystes ont demandé, avant même qu’elles ne soient annoncées, des mesures de sécurité plus strictes dans le pays !

La prime en la matière est allée à Ahmed Moussa, présentateur célèbre pour sa verve anti-islamiste (il s’était réjoui en direct de la condamnation à mort de 529 membres des Frères musulmans en mars dernier) : « Je ne veux plus un seul chien manifestant dans les campus ou ailleurs. Que ceux qui parlent de droits de l’homme soient brûlés ! Arrêtez de leur caresser le dos, nous demandons des procès militaires pour les leaders terroristes. Je ne veux pas de procès justes, je veux du sang et des corps en représailles contre ces terroristes. »

Bien que caricaturaux, ses propos reflètent l’état d’esprit d’une partie de l’opinion, qui ne distingue pas entre islamistes et étudiants opposés au nouvel ordre militaire. Qu’importe si parmi ces jeunes figurent aussi des opposants aux Frères musulmans. « Celui qui n’est pas avec nous est contre nous » est devenu le leitmotiv d’une grande partie des Égyptiens, ceux qui vouent aujourd’hui les révolutionnaires aux gémonies et les accusent d’avoir provoqué l’instabilité, avec l’aide de puissances étrangères comploteuses.

«Les gens ne font pas qu’approuver la répression contre les opposants, ils la demandent»

C’est dans ce contexte que le décret sur les tribunaux militaires a été appliqué pour la première fois, mi-novembre. Cinq étudiants ont été transférés devant un tribunal militaire, une cour criminelle du Caire ayant estimé qu’elle n’était pas compétente pour juger des chefs d’inculpation d’appartenance à un « groupe terroriste » et possession de cocktails Molotov. Si la loi devait être utilisée de façon rétroactive, ce sont des centaines d’étudiants actuellement en prison qui pourraient se retrouver devant la justice militaire.

Mais pour les activistes qui luttent depuis des années contre les procès militaires pour les civils, le nouveau décret n’est pas plus scandaleux que les dispositions existant dans la constitution actuelle, approuvée très largement en janvier. L’article 204 autorise ainsi le jugement de civils par des militaires en cas d’attaque directe contre un membre de l’armée, un équipement ou une institution militaire.

« Les autorités n’ont pas attendu cette loi pour présenter des civils devant des tribunaux militaires alors qu’ils n’ont rien à y faire », rappelle Mohamad Fouda du groupe No military trials for civilians. « Mais on sait qu’il y a eu une recrudescence énorme de ces pratiques, notamment dans le Sinai qui est totalement fermé aux observateurs indésirables. » Le tribunal militaire d’Ismaïlia, dont relève une partie du Sinaï, jugerait à lui seul entre 100 et 200 affaires chaque semaine selon des avocats.

La plupart des prévenus ont été torturés pendant leur détention, notamment pour les obliger à signer leurs confessions, rapportent leurs avocats. Les mauvais traitements sont en effet quasi généralisés dans les lieux de détention, y compris ceux de la police. Dans le cas des tribunaux militaires, les procès ont souvent lieu dans des établissements de haute sécurité, inaccessibles aux avocats de la défense et des familles, en l’absence totale de transparence.

 

Le président égyptien al-Sissi devant l'Assemblée générale des Nations unies en septembre 2014. 
Le président égyptien al-Sissi devant l'Assemblée générale des Nations unies en septembre 2014. © UN Photo/Cia Pak

Le récent procès d’une cellule d’Ansar Beit Al-Maqdis a révélé les failles de cette justice d’exception, comme le rapporte l’ONG Human Rights Watch. Le 21 octobre, un tribunal militaire a condamné à mort sept hommes, et deux autres à la perpétuité, pour une attaque qui a coûté la vie à neuf soldats en mars 2014. Âgés de moins de 30 ans, certains ont reconnu être allés combattre en Syrie, tout en réfutant leur appartenance à Ansar Beit Al-Maqdis. La police affirme avoir arrêté les jeunes djihadistes le 19 mars dans un entrepôt au nord du Caire. Mais leur avocat dit avoir été contacté par les familles des accusés en janvier, soit deux mois avant la date de l’attaque pour laquelle ils ont été condamnés. En attendant leur procès, ils ont été gardés au secret dans la prison d’El-Azouli, dans une base militaire d’Ismaïlia, où ils ont été torturés. Des centaines de civils auraient été emprisonnés dans cette prison secrète en toute illégalité, selon les témoignages recueillis par l’organisation.

Mohamad Fouda, du groupe contre les tribunaux militaires, se désole : « Au début de la révolution, nous avons mobilisé beaucoup de monde autour de notre cause, mais dans le climat nationaliste actuel, les procès militaires ne choquent plus. Dans l’esprit de beaucoup d’Égyptiens le président combat le terrorisme, et ses détracteurs veulent la destruction du pays, point. Aujourd’hui, on nous accuse d’essayer de déstabiliser l’armée, d’être des traîtres financés par des pays étrangers. Les gens ne font pas qu’approuver la répression contre les opposants, ils la demandent. »

La rue ne s’est donc pas émue de la loi interdisant les manifestations (votée par le gouvernement transitoire), ni de celle criminalisant les financements étrangers, et sans doute pas de celle en préparation sur les ONG. Les décrets présidentiels, malgré leur inconstitutionnalité avérée pour certains, donnent un vernis de légitimité à cette répression. Ils seront en outre « révisés dès que le prochain parlement sera élu », assure Negad al-Borai, l’un des défenseurs des droits de l’homme encore confiant dans le système.

Or les élections législatives, qui auraient dû initialement se tenir avant l’élection présidentielle de mai 2014, ne cessent d’être repoussées. Ce qui semble arranger autant les partis d’opposition, qui souffrent de désorganisation et d’un déficit de notoriété, que l’homme fort du pays. « Peut-être qu’il aime son pouvoir, et qu’il aime user de son autorité sans contrôle du parlement », concède Negad al-Borai. Un diplomate occidental précise : « Avec Sissi, on a une vision du pouvoir qui s’est débarrassée du  politique. Il décide de tout avec des avis d’experts, donc scientifiques, donc irréfutables. Toute discussion est pure perte de temps pour lui et ne peut mener qu’au chaos, à l’image des trois dernières années. »

Si la révolution du 25 janvier 2011 sert toujours de repoussoir aux uns, elle a insufflé une conscience démocratique incompressible à beaucoup d’autres, et aux plus jeunes notamment. Avec eux la logique répressive poussée à l’extrême risque de trouver ses limites. De plus, cette logique continue à être battue en brèche par les islamistes, au-delà des Frères musulmans. Un groupe réuni sous le nom de « Front salafiste » a appelé au « soulèvement de la jeunesse islamiste » en faveur de la charia le 28 novembre. Ce groupe extrémiste étant relativement marginal, et les islamistes égyptiens étant divisés, il est difficile de prédire l’ampleur de la mobilisation. Mais la mise en alerte des autorités, qui ont promis d’intervenir « avec des balles réelles si nécessaire », traduit une fébrilité qui n’est pas celle d’un régime omnipotent.

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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