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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 13:00

 

forez-info.com

 

Une dizaine de personnes auront participé à cette oeuvre amusante et revendicative de détournement publicitaire. Elles étaient réunies dans un collectif stéphanois baptisé "The Caca-Collage Company". Enregistrant actuellement plusieurs départs, il n'est pas certain que celui-ci puisse poursuivre ses activités (NDFI).

La Company par elle-même

Ce collectif aux allitérations en [k] a failli s'appeler La Coloc, toujours avec la même allitération. En effet, en 2011 naissait à Saint-Etienne une ambiance artistique dans une colocation multiculturelle et cosmopolite. Le terme de « colocataire » prenait chaque fois un sens toujours un peu plus élargi, au gré des participations de chacun aux multiples activités de ladite coloc.

La Coloc aurait été un nom un peu trop usurpateur : tout le monde qui a participé n'aurait pas pu se sentir autant reconnu dans la paternité des oeuvres. Et pourtant, La Coloc s'appelle toujours ainsi dans le langage courant : les proches disent qu'ils vont « faire des affiches à la coloc. » Il fallait trouver un nom, un nom qui comprît aussi ces participants d'un soir, un nom paradoxalement à la fois subversif et fédérateur.
Le choix du nom

Quelle marque est la plus connue au monde ? Eh bien, peut-être la marque au soda. Tout le monde sait ce qu'est un coca. Le Petit Robert signale que c'est vers 1945 que l'usage courant a fait un nom commun à partir de la marque bien connue (marque créée en 1886). Tout le monde connaît ? Tout le monde ? Non, selon un film humoristique qui a fait grand bruit : Les dieux sont tombés sur la tête (The Gods Must Be Crazy pour le titre original), du réalisateur Jamie Uys (1980). Le collectif s'est vite rendu compte que leur humour facile était un peu facilement scatologique. Le « Caca » est donc venu naturellement (signe de bonne santé, diront les gastro-entérologues !). Le « Collage » est venu de ce que les ciseaux et la colle sont les amis du collectif : à aucun moment, il n'est fait usage de l'informatique dans la conception des affiches. C'est à l'ancienne que sont réalisés les « trucages », les détournements publicitaires. La « Company » rappelle avec ironie l'aspect collectif du travail mené par ce collectif (sic) ; ironie, car c'est dans une logique anti-commerciale que le collectif pense son art et c'est ainsi aussi que l'art a souvent été pensé.

« Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. » (Patrick Le Lay, ancien PDG de TF1.)

Le détournement publicitaire

En décembre 2012, le collectif commençait ses activités de détournement publicitaire. Le collectif n'est cependant pas le premier à faire cela. Le détournement publicitaire est en fait, dans l'optique du collectif, un détournement du mobilier urbain publicitaire. Comme le dit un artiste parisien sur un 4x3m, "un espace pour la création vaut mieux qu'une pub à la con !" Le constat de départ est que la pollution visuelle des publicités est bien maigre par rapport à la pollution mentale qu'elle laisse insidieusement : ce que nos yeux voient ne sont donc que la partie visible de l'iceberg et nos esprits sont la partie cachée de l'iceberg. Le mobilier urbain est dans l'espace public : c'est dans la droite ligne de l'art urbain que s'inscrit le détournement publicitaire. Ainsi, dans l'espace public, la réappropriation d'une hygiène mentale se fera avec humour et création populaire. Oui, la publicité est une activité bigrement créative. Mais oui aussi, elle veut enfermer les esprits. Fort conscient de ce paradoxe, le collectif fait de son activité de détournement publicitaire une résistance récréative et re-créatrice. Le détournement est pleinement utilisé dès les années 1960 par les situationnistes (l'Internationale Situationniste, Guy Debord, etc.). Le collectif croit à la force du détournement dans un processus de libération mentale et de recul critique nécessaire face à la publicité. Les affiches (même les inchangées) ont d'ailleurs toutes un titre donné par le collectif : ainsi, le collectif ne partage pas le dessein des publicitaires.

Adbusters : les penseurs

Le mot Adbusters est anglo-saxon : il est composé de « ad », abréviation anglaise courante pour « advertising » (publicité) et « buster », mot polysémantique mais ici donné dans le sens de « destructeur, casseur, éliminateur ». En français de France le terme « casseurs de pub » est une traduction correcte.

La lutte contre les effets négatifs de la pub est menée par les Adbusters aux Etats-Unis. Adbusters (fondé en 1989) est à la fois un magazine (Adbusters magazine) et une fondation (Adbusters Media Foundation). La philosophie de ce mouvement est anti-consumériste. En France, le mouvement s'est organisé dans les années 90. Casseurs de Pub est une association à but non lucratif qui publie annuellement son magazine éponyme (et donc sans pub !) : une de ses revendications est la « Rentrée sans marques », par exemple. « Résistance à l'Agression publicitaire » (R.A.P.) est une association de loi 1901 et compte parmi ses fondateurs le professeur et écrivain François Brune, ancien diplômé de HEC. Des publications plus régulières s'inscrivent aussi dans la lutte contre la publicité, parmi lesquelles Le Publiphobe (mensuel) et La Décroissance (mensuel).

Source : Wikipédia (articles : « antipub », « adbusters », « Résistance à l'Agression Publicitaire », « Casseurs de Pub »)

Adbusting : les acteurs dans l'espace public

Les mouvements qui organisent une pensée pour se libérer des fers de la publicité ne doivent pas occulter les mouvements qui agissent dans la cité (au sens historico-politique du terme). En effet, l'action peut être très artistique ou très militante, entraîner la dégradation du mobilier ou bien être non dégradante pour ce mobilier. Les pratiques diffèrent donc. Un site internet recense toutes les actions, et met au courant des évolutions législatives ainsi que des décisions judiciaires en la matière : c'est le site de la Brigade Anti-Pub.

L'association « Paysages de France » agit sur un plan juridique afin de faire respecter les lois en termes de respect du paysage. Les Reposeurs ont agi fin 2012 sur Paris à grande échelle : ils collaient des papillons adhésifs (pour ne pas faire de pub à cette marque aux papiers jaunes que l'on colle en pense-bête) ou des grandes bandes de papier marron (pour ne pas faire de pub à une autre marque) sur lesquels ils écrivaient des slogans appelant au repos vis-à-vis de la publicité. Les Déboulonneurs agissent différemment, parfois en barbouillant ou en cassant les supports publicitaires, et des procès ont régulièrement lieu ; dernièrement (mars 2013), le tribunal de Paris en a relaxé six d'entre eux en leur reconnaissant l'état de nécessité (en citant l'article 11 de la DDHC) :

« Article 11. - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ».
(Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.)

Sources : DDHC, site internet de Brigade Anti-Pub.

La cible : le mobilier urbain dans l'espace public

Malgré l'exposition prolongée à la publicité que subissent les usagers des médias (internet, télévision, presse gratuite, voire presse payante telle que les magazines), les mouvements antipub ne ciblent pas forcément tous ces médias dans leurs agissements. C'est aussi le choix du collectif (dont tous les membres vivent pourtant sans télé) : la voix est à reconquérir dans l'espace public car c'est là que l'invasion publicitaire n'a vraiment pas d'arguments pour elle. Elle s'impose au passant qui ne choisit pas de passer devant, mais qui y passe de fait (alors que l'on peut choisir, parfois pour son plus grand bien, d'éteindre un écran). Qui attend à un feu rouge se fait agresser visuellement (et surtout mentalement) par un 4x3m lui disant que la voiture vantée par la publicité est celle d'un gagnant, insinuant que la sienne est mauvaise. La publicité crée de la frustration: dans l'espace public, le collectif The Caca-Collage Company ne peut pas l'accepter. C'est pourquoi, après avoir retravaillé les affiches, il s'efforce de les reposer sur les supports publicitaires où elles ont été momentanément empruntées: la vitre de la « sucette » publicitaire est soulevée et l'affiche modifiée y est remise.

La destinée des affiches dans l'espace public

Une fois sous la vitre d'une sucette publicitaire, une oeuvre de détournement a une espérance de vie incertaine : en effet, c'est un peu le jeu du chat et de la souris, l'intérêt de la société publicitaire étant de remplacer au plus vite les productions des artistes. Le collectif The Caca-Collage Company récupère de temps à autre ses productions après une ou plusieurs journées passées sous vitrine, dans l'espace public. D'autres fois, les affiches du collectif sont retirées par la société publicitaire en moins de vingt-quatre heures.


Soyez « in » avec mon slip.
Déchirage-collage et écriture au marqueur, à partir d'un slip déchiré et d'une affiche au format « raisin » vantant la « une » d'un tabloïd, décembre 2012.


Le Petit Prince prend un malin plaisir à prendre son temps.
Découpage et collage de lettres, à partir d'une affiche publicitaire et d'une bande rose annonçant les soldes, décembre 2012.


Charlotte a fait caca.
Découpage et collage, à partir de deux affiches identiques, janvier 2013.


Le diesel, ça pue (ou l'affiche qui fait mouche), découpage et collage, à partir de deux affiches identiques, février 2013.



Nucléaire : unlimited
Collaboration Ladamenrouge + The Caca-Collage Company, découpage et collage, à partir de deux affiches identiques,  avril 2013



Le casse-couille est mauvais pour votre santé.

Les égéries, de nos jours, ne savent plus se tenir. Découpage et collage à partir de deux affiches de deux produits différents, février 2013.

Impératif : consomme ! Découpage et collage, à partir de deux affiches identiques, février 2013.

Mythique DTC. Découpage et collage, à partir d'une affiche et d'une feuille A4 de papier blanc, février 2013.

 

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