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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 14:09

 

Bonnes feuilles 09/01/2012 à 10h53

Rue89

 

 

« La Voix de son maître » d'Augustin Scalbert (Nova)

 

Journaliste à Rue89, Augustin Scalbert publie le 11 janvier chez Nova éditions « La Voix de son maître », une enquête sur les rapports entre France Inter et le pouvoir politique depuis 1963.

Il y décrit notamment les rapports compliqués entre Nicolas Sarkozy et la station et revient sur la nomination de Philippe Val et l'éviction de l'humoriste Stéphane Guillon.

Le président de la République avait France Inter dans sa mire dès le début de la campagne pour la présidentielle de 2007. Nous publions ci-dessous un passage du livre d'Augustin, qui donne un bon aperçu des relations compliquées entre Sarkozy et la station.

Le contexte : le 9 octobre 2006, fraîchement nommé animateur de la tranche du matin, Nicolas Demorand interviewe le candidat Sarkozy. C'est pour lui un baptême du feu, et l'interview s'avère très rude : Sarkozy descend Demorand, faisant bizarrement allusion à ses diplômes (il est normalien) et l'opposant à la journaliste russe Anna Politkovskaïa, assassinée l'avant-veille.

« Vous êtes le contraire de cette journaliste russe courageuse qui voyait tout, donc vous ne voyez rien. »

Environ un mois plus tard, le ministre de l'Intérieur invite quelques personnes de la radio publique à déjeuner place Beauvau. Ici commence l'extrait que nous avons choisi. (Les intertitres et liens hypertextes sont de la rédaction de Rue89)

 »Patrice Bertin vient voir Nicolas Demorand, et lui dit qu'il est invité. Demorand refuse : « Je ne veux pas entrer dans ces trucs-là : tu rencontres quelqu'un hors contexte, et il va te taper sur l'épaule, te dire : “Machin, comment tu vas ? ” » Absent au déjeuner, Demorand va être omniprésent dans la conversation.

Il pleut à seaux quand la petite équipe de France Inter franchit la grille du ministère de l'Intérieur, en cette fin de matinée de novembre. Il y a là le directeur de la radio Frédéric Schlesinger, le directeur de la rédaction Patrice Bertin, le chef des informations Philippe Bardonnaud, la chef du service politique Hélène Jouan et le journaliste politique Jean-François Achilli, chargé de suivre la droite.

« Sarkozy était ivre de rage »

Hélène Jouan est une des bêtes noires de Sarkozy sur cette antenne depuis qu'elle a fait allusion, en 2005, à ses problèmes conjugaux. [...] « Sarkozy était ivre de rage », rapporte un journaliste politique d'Inter à l'époque. « Franck [Louvrier] et Jean-François [Achilli] ont essayé d'arrondir les angles, mais pour Sarkozy, c'est une sorte de péché originel. De là est née sa rancœur contre Hélène Jouan. » (Interrogé sur ce point, Franck Louvrier dément).

Après le changement de mode de nomination du PDG de Radio France et l'arrivée de Philippe Val à la direction de France Inter, personne ne donne très cher de la peau de celle que Frédéric Schlesinger a nommée entre-temps directrice de la rédaction d'Inter.

Un journaliste affirme que juste après l'arrivée de Philippe Val, celui-ci voulait limoger la patronne de la rédaction et lui proposer l'animation du 18-20. Face à la dégradation du climat, Hees et Val auraient renoncé. Hélène Jouan a finalement quitté son poste pour prendre la direction des magazines de la radio, en mai 2011, à sa demande.

Elle a été remplacée par un rédacteur en chef de France Info, Matthieu Aron. Hélène Jouan ne prendra pas trop la parole, pendant ce déjeuner de novembre 2006 place Beauvau. Pas plus que Jean-François Achilli, d'ailleurs. La petite troupe de France Inter patiente un peu dans un salon, puis Nicolas Sarkozy arrive. Plutôt sympa :

« Bonjour, bonjour… Pardon de vous avoir fait attendre. Comment ça va ? »

Dans la salle à manger, Sarkozy s'assied en face de Schlesinger, avec Bertin à sa droite. Jouan, Achilli, Bardonnaud et un conseiller du ministre complètent le tour de table. Les mets sont succulents, mais la première demi-heure est « pestilentielle », selon l'un des convives. Sarkozy attaque bille en tête sur « Christophe Hondelatte ». Ses invités le regardent avec des yeux ronds, puisque Hondelatte n'officie plus à France Inter depuis 2000. « Ça continue comme ça pendant tout le début du repas », relate un autre convive. « On aurait dit qu'il le faisait exprès. »

« Paraît qu'il est normalien ? »

Au bout d'un moment, Hélène Jouan interroge le ministre :

« Vous êtes sûr que vous parlez de Christophe Hondelatte ? Mais il n'est pas à France Inter.
– Oui, enfin, celui qui est intelligent, celui qui a fait Normale sup, c'est bien ça ?
– Ah non, c'est Nicolas Demorand.
– Eh bien il n'est pas au niveau, pas du tout au niveau de France Inter. Quand on entend des gens comme Elkabbach, ça, c'est des journalistes. Elkabbach, à 70 ans, il est meilleur que votre Demorand à 35. Paraît qu'il est normalien, mais il est pas au niveau, hein. »

Tour à tour, Schlesinger et Bertin défendent leur animateur :

« C'est normal, il pose des questions à l'américaine. Il a peut-être une marge de progression, mais il est brillant.
– Et vous êtes difficile à interviewer. »

Sarkozy continue, sur le même ton, à fustiger Demorand. Impossible de l'arrêter : un ton extrêmement méprisant, un mépris ironique, un feu nourri de critiques. Le déjeuner commence sur un mode tellement déplaisant que le patron de France Inter et celui de la rédaction s'interrogent du regard, l'air de dire :

« On s'en va ? Qu'est-ce qu'on fait ? »

Puis Schlesinger intervient à nouveau :

« Monsieur le ministre, tous les jours vous jugez vos collaborateurs, nous jugeons les nôtres. Nicolas Demorand est bon. Pour nous, c'était de la bonne radio. »

« De la bonne radio, peut-être »

Au total, une vingtaine de minutes sur Demorand. Puis, tout à coup, Sarkozy se détend :

« Après tout, vous avez peut-être raison. Oui, de la bonne radio, peut-être. »

Un coup de fil interrompt alors le ministre, qui s'absente pendant dix minutes. Selon ce qu'a appris par la suite un des journalistes présents, il s'agissait du président Chirac. Quand il revient, Sarkozy est un homme totalement différent, changé. Il est jovial :

« Bon, passons à autre chose. Et alors, les sondages, ça marche pas mal, non ? »

Et là, Nicolas Sarkozy dresse un tableau complet de l'état de la radio en France, avec une expertise et une précision qui bluffent ses invités. Décidément détendu, il pose sa main sur le bras de Patrice Bertin, lui donne du « Patrice », le tutoie. La conversation devient courtoise.

« On l'emmène partout, Jean-François »

Le ministre de l'Intérieur complimente Jean-François Achilli, avec qui il apprécie d'aller sur le terrain :

« On aime bien partir avec Jean-François, il est bien Jean-François, il ne dit jamais rien. On l'emmène partout, Jean-François. »

Ensuite, Sarkozy parle politique. De sa probable adversaire, Ségolène Royal, la reine des sondages à gauche. Puis, en précisant que c'est « off the record », il se lance sur l'affaire Clearstream, affirme que « les officines gaullistes ne sont pas mortes ». Il balance quelques phrases assassines sur Dominique de Villepin, sur Michèle Alliot-Marie et sur Patrick Ollier, son compagnon. « Sur MAM, c'était limite », raconte un des participants. « Le degré zéro de la politique. »

Le maître d'hôtel apporte le dessert. Un dessert léger, mais Sarkozy n'en prend pas : il mange un fromage blanc maigre. Dans la foulée, il avale une bonne dizaine de chocolats.

Au bout d'une heure trente, le ministre s'excuse : « Il faut que j'y aille. » Il raccompagne ses hôtes dans l'escalier. Amical, il leur tape sur l'épaule, et leur dit : « Ne m'en veuillez pas pour le début, hein. Chuis comme ça. »

En sortant, les cinq salariés de France Inter sont un peu sonnés. Dans la cour de Beauvau, la pluie bat toujours le pavé. Interrogé sur ce déjeuner, Franck Louvrier dit n'en avoir « aucun souvenir ». »

 

 

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